‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 209 sur 221 · PORTRAITS DE MADAME GEOFFRIN · texte numérisé non relu

PORTRAITS DE MADAME GEOFFRIN

Des poiirails que l'on connaît de madame GeolTiin, le plus ancien en date est sans contredit celui de Natticr. Cette œuvre admirable, que l'on peut voir reproduite en tête de ce volume, a été composée par le peintre en 1788. Le tableau appartient actuellement à M. le comte d'Estampes, et fait pendant au portrait non moins beau de madame de la Fcrté-Imbault, également peint par Nattier vers la même époque, où la marquise est représentée en domino, tenant vin masque à la main.

Il existe au musée de Montpellier un autre grand portrait de madame Geofîrin, par Chardin. Elle est assise dans un fauteuil, presque de face, auprès d'un métier à tapisserie; la main droite tient un lorgnon; la tête est couverte d'une sorte de cape bordée de dentelles. Le visage accuse une soixantaine d'années ; les joues sont un peu pleines, les traits fermes et ai-rêtés, les lèvres serrées et minces, les yeux noirs et perçants ; la physionomie est

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empreinte à la fois de malice et d'énergie. C'est, bien probablement, le plus ressemblant des portraits de madame Geoffrin; c'est en tout cas celui qui répond le mieux à l'idée que l'on se fait de son aspect et de son caractère. Ce cbef-d'œuvre a été exposé à Paris en 1878, au Palais du Trocadéro.

On trouve encore dans les galeries du second étage du musée de Versailles, sous le numéro 3777, un assez médiocre portrait de madame Geoffrin, par madame Cordellier-Delanoue, médaillon ovale de 0,82 sur 0,64- C'est une femine de cinquante ans environ, présentée de face ; la figure est mince, les yeux durs ; une coiffe de soie et de dentelles couvre le haut de la tête ; le col découvert est orné d'un collier de perles.

M. le baron de Bernon possède un curieux tableau, dont l'auteur est inconnu, mais qui fut composé certainement vers le milieu du siècle dernier, et qui représente le salon de madame Geoffrin, pendant une séance de mvisique. Un trio d'exécutants — pianiste, joueur de violon et violoncelliste — occupe le centre de la pièce; madame Geoffrin est assise à gauche, tenant un petit chien sur ses genoux, tandis qu'une jeune femme lui sert une tasse de thé. Le visage rappelle d'une manière frappante celui du portrait de Chardin, avec, semble-t-il, quelques années en moins.

Mais les plus précieux documents artistiques qui subsistent sur madame Geoffrin sont la série de compositions, dues au pinceau d'Hubert-Robert, qui se trouvent au château de Raray, dans l'Oise, propriété de M. le comte de La Bédoyèi-e. Ces intéressantes peintures, commaiidées à l'artiste par madame Geoffrin et mentionnées dans ses carnets en regard du prix dont elle les lui paya, figurent diverses scènes de son existence intime, et la révèlent en

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ses alliludcs familières, dépouillée de la raideur de commande des portraits ofliciels.

C'est d'abord une toile de 0,8 1 sur 0,78, dont les deux personnages sont madame GeoflVin et le peintre lui-même. Hubert-Robert présente à son modèle l'esquisse qu'il vient de terminer, et elle examine celte œuvre d'un œil défiant et sévère, où la critique s'exprime plus que l'approbation.

Dans un cadre de même dimension et qui fait pendant au précédent, on voit madame GeofTrin dans sa chambre à coucher, en train de déguster une tasse de chocolat. Un de ses domestiques, le plumeau sous le bras, lui lit la Gazelle, qu'elle écoute d'une oreille attentive.

Un troisième tableau, de proportions plus importantes (i m. 18 sur 0,98), nous montre la célèbre bourgeoise occupée à écrire sur une grande table-bureau.

Enfin trois grands panneaux décoratifs rappellent les séjours qu'elle avait coutume de faire, dans les derniers temps de sa vie, à l'Abbaye de Saint- Antoine de Paris, où elle avait loué, afin d'y faire parfois une sorte de retraite, l'appartement de madame de Beauvau, son amie. Dans l'un de ces panneaux, elle déjeune avec les religieuses. Dans un autre, elle joue aux cartes en la même compagnie. Une toile ovale, d'un mètre dix sur un mètre quarante-cinq, la montre velue d'une robe grise, donnant le bras à l'abbesse, madame de Beauvau, et se promenant dans les jardins du cloître avec mesdames de Wandorp * et de Lhorme. Dans le lointain sont trois religieuses, dont l'une est madame de Mailly, mère de l'abbesse de Poissy''.

I. Quatre fois veuve de AIM. Wandorp, de Batteville, Le Tourneur, et de Virieu de Beauvoir,

3. Renseignements communiqués par madame la comtesse de La Bédoyère.

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Mentionnons, pour terminer celte nomenclature, le beau portrait gravé de madame Geoffrin, par Robineau, qui la représente en son extrême vieillesse. Elle est coiffée d'un bonnet, dont les brides sont nouées sous le cou; l'expression du visage est sereine, bienveillante, presque douce ; les traits sont alourdis et comme affaissés ; et les yeux seuls, restés vifs et pénétrants, rappellent encore un peu la physionomie d'autrefois.

Je ne cite que pour mémoire la gravure de Debucourt, d'après le tableau de Lemonnier, gravure connue sous le nom de : Une soirée chez madame Geoffrin, et popularisée par sa reproduction, en i89/i,dans le Figaro illustré. Cette composition, en effet, exécutée quarante ans après la mort de madame Geoffrin, ne saurait offrir aucun intérêt historique; et la fantaisie de l'artiste y a groupé, autour de la figure principale, des personuiXges c[ui n'ont jamais pu se rencontrer ensemble dans le salon de la rue Saint-Honoré, comme Fontenelle, mort en 1767, et mademoiselle de Lespinasse, qui y fit sa première apparition en 1764-

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