I. Correspondance de Diderot
labricant de toiles d'Epinay-sur-Orge. Sans s'allacher à suivre le métier de son père, il enlra de bonne heure dans l'industrie des « glaces à miroir » , dont la fabrication, longtemps monopolisée à Venise, commençait à se répandre en France vers le milieu du xvii" siècle, avec l'encouragement et l'appui de Colbert. Employé consciencieux, d'une probité scrupuleuse, et d'un grand sens pratique, il fit assez vite son chemin ; et en lôgS. lors de la constitution de la quatrième Compagnie des glaces, connue sous le nom de Société Plaslrier '. il fut promu au rang de caissier général. Cette société, peu habilement dirigée, ne fit pas de brillantes affaires, et dut au bout de sept ans se liquider, en laissant un déficit de près de deux millions. Mais François Geoffrin sut tirer à propos son épingle du jeu; et quand une compagnie plus riche et plus puissante se constitua à Saint-Gobain. en 1708, avec privilège du Roi, il passa de l'ancienne société dans la nouvelle, avec les mémos fonctions, et aux appointements fixes de deux mille livres par an. Ce n'était pas encore la fortune ; mais elle lui vint par un autre chemin. Bien qu'au moral comme au physique il n'eût assurément rien d'un héros de roman, il fit vers cette époque la conquête d'une « vieille fille », plus âgée que lui, mais de bonne ftmiille et fort riche, qui fut « si frappée de ses vertus, qu'elle l'épousa, certaine d'être heureuse avec
I. Voir l'Histoire de la mannfurturc des glaces de Sainl-Gohain, par AI. A. Cocliin.
Lli KO Y AU M K D F. LA R C IC S A 1 N T - H O N O U É . j3
lui *. » Elle ne fui pas trompée dans ses espérances, car François Geoffrin était véritablement un excellent homme ; et elle lui témoigna sa reconnaissance de la façon la plus délicate, attendu qu'elle mourut au boul de peu d'années, en lui léguant tous ses biens.
François Geoffrin qui, dans le poste de confiance où il était placé, avait pu apprécier la solidité de la nouvelle Compagnie des glaces et le développement que ne pouvait manquer de prendre cette industrie naissante, eut le bon esprit d'employer la majeure partie de son héritage à acquérir des parts — ou, comme l'on disait, des sols — de la manufacture de Saint-Gobain ; et il augmenta ainsi son capital dans des proportions importantes ^. Si bien qu'en 171 2 il résigna ses fonctions de caissier, fit nommer à sa place son neveu, Louis Geoffrin ^, et reçut le titre d'administrateur de la Compagnie. C'est dans le courant de l'année suivante qu'il tomba amoureux de mademoiselle Rodet, dont il connaissait déjà quelque peu la famille par relations de voisinage *, et qu'il la rechercha en mariage.
Cette union, comme le dit justement madame de la