CHAPITRE IX
Relations de madame de la Ferté-Imbault avec madame de Pompadour. — Madame Poisson et sa fille dans le salon de la rue Saint-IIonoré. — Dernier entretien de madame de la Ferté- Imbault avec la favorite. — Le prince de Condé et la princesse de Monaco. — La mésaventure du prince de Conti.
« Ma liaison avec M. de Maiirepas et la confiance que me lémoignait le cardinal de Bernis, écrit quelque part madame de la Ferté-Imbault, m'ont mise à même de connaître tous les secrets de l'Etat. » On peut sourire de cette prétention un peu naïvement exprimée, et il serait sans doute excessif de prendre l'assertion au pied de la lettre. IXéanmoins, il est certain que les nombreuses relations de la marquise, les facilités qu'elle avait, chez elle et chez sa mère, pour entretenir des inteUigences dans les camps les plus opposés, la plaçaient dans des conditions favorables pour être bien renseignée ; et elle en usait largement. La curiosité en effet est son péché mignon, curiosité
qui s'étend aux objets les plus variés, mais spécialement aux nouvelles politiques, dont elle est insatiable. On ne saurait imaginer ce que ses notes renferment de « révélations » en tous genres, dont au reste elle s'exagère souvent l'importance, de récits et d'anecdotes sur les faits historiques ou les personnages célèbres, de conversations tenues ou entendues par elle, et où elle croit trouver « la clef » des grands événements de son temps. Elle écrit tout cela pour ellemême,, au hasard, sans ordre et sans contrôle, tantôt sous forme de souvenirs, tantôt de lettres adressées à des amis supposés ; et l'on pourrait extraire de cet amas de griffonnages tout une « chronique » du règne de Louis XV, malheureusement plus pittoresque que scrupuleusement exacte, car, avec sa bonne foi naturelle, elle accepte comme véridiqucs toutes les informations qu'elle recueille, et il en est dans le nombre de terriblement hasardées.
Ce qu'il y a de remarquable et ce qui lui fait honneur, c'est qu'avec ce goût déterminé pour les jeux dangereux de la politique, elle n'y chercha jamais qu'un plaisir de dilettante, sans éprouver l'envie, en un siècle où tant de femmes se mêlaient do gouverner l'Etat, de quitter sa place au parterre pour prendre un rôle, si mince qu'il fût, dans la pièce qui se jouait sous ses yeux. Ce désintéressement est d'autant plus méritoire, que les occasions ne lui firent pas défaut. Son nom, son rang et sa bonne réputation