‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 117 sur 764 · ALLIANCE DE LOTHAIRE AVEC CHARLES LE CHAUVE (857). I I "J · texte numérisé non relu

ALLIANCE DE LOTHAIRE AVEC CHARLES LE CHAUVE (857). I I "J

les instances des deux rois et de tous les évêques présents, il aurait fini par répondre que, si le pape donnait son consentement, il s'inclinerait devant sa volonté. Toutefois, il est permis d'avoir des doutes sur l'exactitude de ce dernier renseignement, car l'envoi au pape Nicolas I" de Salomon, évêque de Constance, que Rimbert place immédiatement après l'entrevue de Worms (de Coblenz en réalité), n'eut lieu qu'en SG/j. Il n'y a sans doute aucun lien entre les deux faits. Gunther a dû à Coblenz acquiescer aux désirs, sinon aux ordres de Lothaire, qui n'osa pas opposer un refus à son oncle, et il n'a vraisemblablement mis à reconnaître le fait accompli ni conditions, ni restrictions d'aucune sorte. La déposition de Gunther par le pape, en 8G3, parut sans doute à Louis le Germanique infirmer la valeur de l'adhésion qu'avait donnée l'ancien archevêque de Cologne à l'installation d'Ansger sur le siège de Brème, et il jugea plus sûr d'obtenir du pape une bulle confirmant l'union des deux évêchés. Voilà très probablement comment les choses se sont passées '.

On peut supposer que si Gunther avait cédé de mauvaise grâce, Lothaire ne l'y avait déterminé qu'à contre-cœur. Le jeune roi n'était pas de ceux qui savent dire non à plus fort qu'eux. Il avait donc obtempéré aux injonctions de Louis le Germanique, mais bien résolu au fond du cœur à ne pas rester plus longtemps l'allié d'un homme qui exigeait des sacrifices de son neveu sans lui rendre de services. On s'explique ainsi la brusque volte-face exécutée par Lothaire. A peine avait-il quitté Louis, qu'il sollicita de Charles le Chauve une entrevue qui lui fut accordée. Dès que Charles en eut fini avec l'assemblée générale qu'il avait convoquée à Quierz3'-sur-0ise^, il se rendit à Saint-Quentin où les deux rois devaient se rencontrer. C'était la première fois qu'ils se voyaient, et Charles s'excusa de n'avoir pu s'entretenir plus tôt avec son neveu, imputant à une maladie, aux incursions des Normands, ainsi qu'à divers événements survenus dans son royaume, le retard apporté à cette conférence 3. Nous possédons sous forme d' adniintiationes les dispositions aiTêtées par les deux princes. Quelques-unes ont un caractère général : ainsi Lothaire s'engage à respecter les mesures concertées à Meerssen par son père et ses oncles en faveur de l'Eglise, des fidèles et du bien de l'empire franc. La promesse qu'il fait d'extrader les malfaiteurs venus du royaume de Charles est une répétition de promesses antérieures''. Mais ce qui donne à l'entrevue de Saint-Quentin sa vraie signification, ce sont les articles relatifs soit à l'engagement que prend Lothaire de rester fidèle aux stipulations des traités que son père avait conclus avec Charles, soit à l'aide que les deux rois devront se prêter en cas d'attaque de leurs royaumes 5.

1. C'est l'opinion qu'a émise Koppmann, op. cit., pp. 33-34, et nous nous y sommes rallié.

2. Capit. Caris., ch. i ; Allocuiio missi cujusdain Diuionensis ; Conv. ap. S. Q., (II') Adn. Kar. {CC, t. II, pp. 289, 291 et 294).

3. Conv. ap. S. Q., (I») Adn. Kar., ch. 2 {CC, t. II, p. 293).

4. Conv. ap. S. Q., (II») Adn. Loïh., ch. i et 2 {CC, t. II, pp. 294-295).

5. Conv. ap. S. Q., (I») Adn. Kar., ch. 3-5, (I») Adn. Loth. {CC, t. II, p. 294).

Il8 LE RKGNE DE LOTII.VIUE II (855-86.j).

C'est lii une alliance défensive contre Louis le Germanique '. On se garde bien d'ailleurs de le dire, de montrer la moindre défiance h. l'égard de ce prince ; tout au contraire, on a soin de parler de lui en termes flatteurs. (Iharlcs rappelle l'aide que Louis lui a donnée après la mort do leur père, plus loin le bon accueil (jue Lothaire a re<;u tout récemment (ii Goblenz) de son oncle de Germanie ^. II n'y avait pas dans les articles de Saint-Quentin un seul mot blessant pour ce prince, mais il n'en comprit pas moins le sens caché de ces déclarations en apparence inoU'ensives. L'allusion faite aux traités de \'alencieanes et de Liège, que l'on ne nommail pas, mais que l'on désignait avec une clarté suflisante, ne pouvait lui laisser aucun doute sur les intentions véritables de son frère et de sou neveu : ceux-ci se méfiaient de lui et se concertaient en vue d'une défense commune contre ses attaques. Prudence parle formellement d'une alliance entre Charles et Lothaire, Charles lui-même de l'aide que son neveu lui avait promise par serment ; entîn, l'alliance conclue un peu plus tard entre Louis le Germanique et l'empereur Louis montre que le roi des Francs orientaux ne s'était pas trompé sur le sens véritable des clauses du traité de Saint-Quentin '.

Lequel des deux fît des avances a l'autre, de l'oncle ou du neveu ? Au fond, le roi de Germanie ne pouvait pas sérieusement redouter une attaque de la part de Charles ni de Lothaire : ces deux princes, au contraire, nourrissaient à son égard des craintes très justifiées. Chez l'empereur, au mécontentement de n'avoir obtenu malgré ses réclamations aucun territoire de l'autre côté des Alpes, pouvait bien se joindre l'irritation causée par les incursions d'Hubert en Italie. Mais il n'avait pas d'ailleurs, lui non plus, d'invasion véritable à craindre de son second frère, ni à plus forte raison de Charles le Chauve, dont il n'était pas le voisin. D'autre part, le péril sarrasin était trop grand, trop menaçant, pour que Louis II songeât à venir guerroyer contre Lothaire. II était bon gré mal gré retenu en Italie ; aussi, que le roi de Germanie prît l'offensive ou qu'il eût à repousser une attaque, il n'avait pas à compter sur l'assistance de son neveu d'Italie. La ligue de Charles le Chauve et de Lothaire avait sa raison d'être, vu les projets ambitieux que l'on était en droit de prêter au souverain allemand. Charles avait besoin d'un allié, et Lothaire, sans être directement menacé par Louis le Germanique, comprenait peut-être quels dangers il courrait, si le royaume de l'ouest se trouvait un jour uni à celui de la France orientale. A tout prix il devait empêcher que Charles

1. C'est au traité ilc Saint-Oiieiiliii qxw l'ont allusion les An/i. liert. 857, p. A? : « Karlus rc.x. et Lotliarius, nepos ejus, sacramenlis vicissiui exhibitis lu'deraulur. » Voir encore le Libellas proclamiitionis (i(h>ersus Wenilonem, cli. 7 {CC, t. Il, \>. /lôa), où C'.liarles parie de l'aide que Lothaire lui avait promise par scnnenl.

2. Conn. np. S. Q., (I») Afin. Kar., ch. i el 3 (^7^;., t. II, pp. a(j3 et atj/i). Voir DOmmi.Eii, t. I, p. 4i8, el MiiiiLBAciiKK, û. G. K., p. /jyo.

3. A la suite ilc la phrase ipie nous avons re|>ro(hiile dans une noie précj'dente, l'uu- DK.wr.E ajoute : « Siniililer (r<ederanliirj Lniloicns rex Geruiania' cl Ludoicus iniperalor Italia; >.

Page 1