Ann. Sert. 858, p. 5o
4. Sur les motifs qu'avait Lothaire de céder à l'empereur la rcqion comprise er.tre le .lura et les Alpes, voir Leiumz, Ann. inip. occ, t. 1, p. 589, Gfrœreh, t. I, p. 3o6, Wenck, p. 337, DCmmler, t. H, p. 9. Les Annales Bertiniani ([ualilienl en celte circonstance Louis II de « rex Italonim » ; Gfrœukk, t. I, p. 3o6, a supposé que Prudkxok avait reproduit le terme cpii était employé dans le traité conclu à cette occasion par les deux frères, et que c'était Lothaire ([ui avait ohliijé Louis à se contenter du titre de roi ; le hut de Lothaire, en ce faisant, aurait été d'empêcher Louis de prétendre désorniais à exercer en tant qu'empereur aucune autorité sur la Lorraine, et à le ramener à la condition d'un simple roi, condition qui était celle de Lothaire lui-même. Ce sont là des fantaisies (jui ne méritent même pas l'honneur d'une réfutation. Pruue.nce emploie d'ailleurs à plusieurs reprises l'expression de « rex Italiii; », même après Sâo, pour désigner le lils aîné de Lothaire I'"' {Ann. liert. 853, 8.56, pp. /j3 et A»)).
5. Ann. liert. 8.5y, p. 53. — Sur le comitatus Pipincensis, voir Schœpfi.in, Alsatia illttstrata, t. I, pp. ()59-r)()o, (pii tire le nom de ce territoire de IJipp (Suisse, canton tle Berne, district de Wauqen), Esc.iier, Die Theilungen îles frienkisclien lleichs in Heriehunt/ aiif (lie Scinoeie dans le Schiveiser .\tu.ieiim Jiïr historische W'issenscfinft, t. 11, pp. /ig-.'io, 57 et fio, n. ao, Waitz, Ann. liert. 8.59, p. 53, n. a, MOiiluachkr, lieij. Kiir., p. li5o, et DCmmi.er, t. Il, p. 9, ([ui s* prononcent en faveur île Huinplitz (Suisse, canton et
LOTHAIRE MÉDIATEUR ENTRE SES DEUX ONCLES (859-860). l35
L'union se trouvait donc rétablie entre les trois fils de Lothaire I", et à l'entrevue de Coblenz en 860 Lothaire II put parler au nom de ses frères absents. Après s'être réconcilié avec l'empereur, le jeune roi reprit le chemin de la Francia, trop tard pour être présent au congrès de Bâle : pourquoi ne s'était-il pas arrangé de manière à y assister ? L'a-t-il fait avec intention, est-ce négligence de sa part, ou des empêchements imprévus l'ont-ils retenu ? Nous ne savons. Revenu dans son royaume, Lothaire se partagea entre la reprise de ses agissements contre Theutberge et les négociations qui avait pour but le rétablissement de la paix entre ses deux oncles. Mais au cours de celles-ci son attitude se modifia. En 869 il était retourné à l'alliance de Charles le Chauve, et c'est Charles qu'il soutint ; il n'en fut plus de même l'année suivante. 11 servait de médiateur entre les deux adversaires, et les propositions d'accommodement passèrent par son intermédiaire, si même il n'en prit pas l'initiative. Les premières ouvertures qu'il fit au nom de Louis le Germanique furent de telle nature,
district de Berne). Ce serait Wippingen (ou Vuippens, Suisse, canton de Fribourg, district de Gruyères), qui aurait donné son nom au c. Pipincensis d'après Gisi, Pagus Aventlcensis dans YAnseiger fur schweizerische Geschichte, neue Folçje, t. IV, pp. 235-253. Suivant Gisi, le c. Pipincensis aurait compris les pngi minores de Biel (Bienne), à'Ofgoiue ou Uffgowe et de Siselgowe, et il aurait correspondu en grande partie au comitatus Bargensis, mentionné dès le x" siècle. Gisi pense que c'était pour garder une route donnant accès au Grand Saint-Bernard, qu'il s'était réservé, que Lothaire avait conservé le c. Pipincensis. Il y avait une voie plus directe, celle qui passait par Orbe, Lausanne, Saint-Maurice, mais s'il avait voulu la garder pour lui, le territoire qu'il cédait à son frère aurait été coupé en deux, et la valeur du cadeau qu'il faisait à Louis aurait été de beaucoup diminuée.
GI^•GI^•s-LA-SARRA, Mémoires pour servir à l'histoire de Provence et de Bourgogne Jurane, t. I, p. 3i, n. 43, a soutenu que la donation de Lothaire à l'empereur n'avait été suivie d'aucun elfel. Il en trouvait la preuve dans une charte de Hartmann, évèque de Lausanne, datée de la iS" année du règne du roi Lothaire (Cartulaire de Lausanne, p. 2o3), et dans les diplômes de Lothaire pour sa femme Theutberge des 17 janvier 866 et 24 novembre 868 (B. M. 1274 et 1284), oîi ce prince fait donation de villx situées dans les pogi de Genève et de Lausanne. A l'objection tirée du fait que le traité de Meerssen ne parle pas de ces trois pagi, Gingins répond que Rodolphe, fils de Conrad, qui les gouvernait, s'était déclaré pour Louis II. — En admettant qu'il en ait été ainsi, que Rodolphe, à la mort de Lothaire, ait reconnu l'empereur pour souverain légitime, cela aurait-il empêché Louis le Germanique et Charles le Chauve de disposer des territoires compris entre les Alpes et le Jura? Nous ne le pensons pas. Gingins-la-Sarra oublie d'ailleurs que Conrad, qui battit près d'Orbe Hubert dans un combat où ce dernier perdit la vie, était l'homme, le fidèle de l'empereur (voir ci-dessous). Les diplômes de Lothaire pour Theutberge ne prouvent rien, le roi ayant pu, tout en cédant à son frère les cités de Genève et de Lausanne, v conserver des domaines dont il avait la pleine jouissance. Reste, il est vrai, la charte de l'évêque Hartmann, qui est beaucoup plus embarrassante. D'après les Annales Lausannenses (SS., t. XXIV, p. 779), Hartmann aurait été consacré le dimanche 6 mars 85i.En 85i, le 6 mars ne tonibe pas un dimanche, et si l'indication du jour est exacte, c'est en 862, que Hartmann aurait été consacré. Comme la treizième année du règne de Lothaire I^' ne commence que le 20 ou le 21 juin 852, postérieurement à l'avènement de Hartmann, c'est peut-être sous le règne de ce prince et non sous celui de son fils et homonyme que cette charte aura été rendue. On rencontre d'autres documents où Lothaire I®' est qualifié de roi et non d'empereur, les chartes de Werden par exemple, et il est possible que la même erreur ait été commise à Lausanne. En datant l'adjudication des dîmes de Bulle par Hartmann à Teutland de 852-853 au lieu de 867-868, on supprime la seule difficulté sérieuse qui empêche de faire admettre comme réelle la cession de 859. Nous croyons donc qu'il n'en a pas été de la donation de Genève, de Lausanne, de Sion et de leurs territoires comme de celle faite par Lothaire de l'Alsace à Louis le Germanique en 860 : cette dernière n'a pas été effective, tandis que l'autre l'a été.
l36 . LE RÈGNE DE LOTIIAIHE II C855-86y).
que Charles le Chauve dut les décliner'. Lothairo les modifia, et cette fois elles furent acceptées par le roi de l^^raucc. Il semMe pourtant qu'au nionieat où les trois rois se réunirent, toutes les questions de l'accord n'étaient pas réglées?.
Le revlrciment de Lothaire fut provoqué [tnv l'attitude hostile que prit l.lincmar de Reims, lo prélat le plus influent et le conseiller le plus écouté de Charles le Chauve, dans l'afFaire du divorce. Nous ne savons si le roi de France avait, lui aussi, manifesté une opinion défavorable aux projets de son neveu, mais il était permis à ce dernier de penser que la conduite d'Hincmar avait reçu l'approbation du prince dont il était le sujet. Il n'en fallait pas davantage pour que Lothaire considérât sou allié connue un ennemi, et cherchât dans Louis le Germanique un protecteur moins scrupuleux sur les questions de morale, et plus disposé à, lui permettre d'agir au gré de ses passions 3.
Les négociations, nous l'avons dit, ne marchèrent qu'avec lenteur. Louis passa à Ratisbonne, en Bavière, la plus grande partie de l'hiver et du printemps 4; l'affaire du divorce absorbait Lothaire >, tandis que Charles était occupé à combattre les Normands*. Enfin, tout étant k peu près arrangé, on décida que les trois souverains et leurs principaux conseillers se réuniraient le i*"" juin k Coblenz pour conclure la paix. C'était encore dans les Etats de Lothaire qu'avait lieu le congrès. La chose se comprenait d'elle-même, vu la situation centrale de ce royaume et le rôle de médiateur qu'avait joué Lothaire?.
Une nombreuse suite accompagnait chacun des trois princes. A côté
1. Conventns npiid Conjïuentes, Adn. d"' Karou (CC, t. II, p. i54).