‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 140 sur 764 · LOTHAIRE ROMPT AVEC THEUTBERGE · texte numérisé non relu

LOTHAIRE ROMPT AVEC THEUTBERGE

aux juges laïcs, d'après le droit civil, tandis que l'Eglise la revendiquait de son côté '.

C'est l'annulation de son mariage que Lothaire va poursuivre, et, pour l'obtenir, il fera valoir successivement deux motifs. Il commencera par accuser Theutberge d'inceste avec son frère Hubert ; plus tard, il prétendra que son père l'avait marié à Waldrade, et que, par suite, l'union qu'il a contractée après avec Theutberge n'est pas valable.

Jusqu'en 860 au moins, Lothaire ne parla pas de son mariage avec Waldrade, il invoqua uniquement l'inceste de Theutberge, pour faire prononcer le divorce. A ce moment, il espérait pouvoir arranger l'affaire avec ses évèques et ses grands, et s'il jugeait possible de leur faire accepter l'histoire de l'inceste, car il s'agissait d'un fait qui, naturellement, n'avait eu aucun témoin, il trouvait sans doute plus difficile de prouver qu'avant la mort de son père il avait épousé Waldrade ; il lui aurait fallu produire les gens qui avaient assisté à la cérémonie. Lothaire n'osait pas encore, même devant un auditoire servile, avancer un fait notoirement faux. Il n'en usa pas de même avec le pape Nicolas I", espérant sans doute que celui-ci n'irait pas au fond des choses et accepterait, sans se livrer à une enquête minutieuse, la version arrangée des événements qu'on lui présenterait. Si telle avait été son attente, elle fut cruellement déçue.

La première tentative de Lothaire contre Theutberge remonte à l'année 857 : il y avait à peine deux ans qu'ils étaient mariés, car le fait est antérieur au i5 septembre^. D'après les confidences de Lothaire lui-même aux évêques du deuxième concile d'Aix-la-Chapelle, le bruit lui serait venu que Theutberge avait été souillée par son frère. Cette nouvelle l'aurait vivement peiné et l'aurait déterminé à rompre ses relations avec sa femme 3. Qu'y a-t-il de fondé dans ce bruit? Theutberge en 860 s'avouera coupable, mais en 858 elle s'y était refusée, et plus tard, redevenue libre, réfugiée dans le royaume de Charles le Chauve, elle rétractera sa confession, la déclarant arrachée par la violence^. Remarquons que Lothaire, s'il a convoqué Hubert à plusieurs reprises, ne lui a jamais accordé les garanties que celui-ci réclamait pour sa sûreté personnelle. Aussi Hubert

1. Voir, sur ces questions du mariage et du divorce, Sdralek, Hincknuirs kanonisiisches Gutachten, pp. gS-gS et 108-iig; Schroehs, Hinkmar von Reims, pp. ig3-ig6 et Ag9-5o3 ; Hauck, KiTchengeschichte Deutchlands, t. II, p. 607 ; surtout Esmein, Le yJ/a/*/a^e en droit canonique, t. I, ](p. i6-i!5, t. II, pp. 4Ô-71. C'est dans cet important travail que nous avons puisé les éléments du résumé que nous venons de donner. La théorie d'Hincmar sur les droits respectifs de la juridiction séculière et de la juridiction ecclésiasti(iue ne se dégage pas toujours avec une clarté suffisante ; aussi, Sdralek et Schrœrs ne sont-ils pas d'accord sur l'opinion qu'il convient d'attribuer à l'archevêque de Reims. Nous le verrons en analysant le traité De divortio Hlotharii II.

2. L'éloignement de Theutberge par son mari est raconté par les Ann. Bert. 867, p. 47, avant un orage ([ui éclata à Cologne, et ce dernier événement, d'après les Ann. Fald. Sôy, p. 48, eut lieu le i5 septembre.

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