‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 147 sur 764 · Syn. Aq. Il, procemium, (UL, t. II, ji. liûG · texte numérisé non relu

Syn. Aq. Il, procemium, (UL, t. II, ji. liûG

l^. D'après Gfikkkkh, t. I, p. 352, ou les évè(pies neuslriens assistaient au concile sans l'assentiment de leur souverain, ou, ce (pu est plus probable, Charles les avait autorisés sous main à venir. Le but de ce prince aurait été de confirmer Lothaire dans sa sécurité, et de le laisser ainsi s'entpcjer dans la voie (pii le mènerait à sa ruine.

5. Syn. Aq. Il, prod'inium, C(^., l. II, |). Ifii'u Si.uiukhs estime (pie Lothaire avait besoin, poiu' divorcer, de l'assenliment de ses parents (o/>. laiid., p. i8a). D'après .MCiu.u.vv.nvAK, la (pieslion du divorce ne pouvait (Mre résoliu- (pu* par im concile (p'néral ; et les rois de France et de (îermanie y avaient donne leur assenlimeid, (piand .Vdvcuce alla trouver Hincmar {l>. U. h'., p. 5o8).

HINCMAR CONVOQUÉ AU DEUXIEME CONCILE d'aIX. iSq

aucune façon, et en déléguant deux de ses évéques, il s'assurait le moyen d'être bien renseigné sur l'affaire de Theutberge. Y eut-il à ce moment une entrevue entre Lothaire et son oncle ? Peut-être, car on trouve le premier de ces deux rois à Valenciennes le 2G janvier'. Valencienaes était situé à la limite des deux royaumes, et c'est dans cette ville qu'en 853 Lothaire I"" et Charles le Chauve s'étaient rencontrés. Nous n'avons de cette époque aucun diplôme rendu par le roi de France et nous ne connaissons pas son itinéraire. Les Annales bertiniennes parlent de négociations qu'il entama vers ce temps avec les Normands de la Somme ^: elles ont pu amener Charles à Valenciennes. S'il n'y est pas venu lui-même, il y a dirigé des envoyés, parmi lesquels sans aucun doute ce dignitaire de Saint-Denis, qui obtint de Lothaire un diplôme en faveur de son abbaye. Mais, quelque précieuse que fût la présence au concile de Wénilon de Rouen et d'Hildegaire de Meaux, elle ne compensait pas l'absence de l'archevêque de Reims, Hincmar. Métropolitain d'une dos plus importantes provinces ecclésiastiques du royaume de l'ouest, importante par son étendue, importante aussi parce qu'elle ne comprenait que des territoires francs, Hincmar rehaussait encore l'éclat de cette haute .situation par de grandes qualités et de profondes connaissances théologiques. Très estimé de ses collègues pour son savoir, il n'était pas tenu en moins grande considération par son roi, à qui il était toujours resté fidèle, et qui trouvait en lui un conseiller sage autant que dévoué. Avec cela opiniâtre, vindicatif, de mauvaise foi, et peu scrupuleux, quand il voulait atteindre un but, sur le choix des moyens?. Toutefois, en 8G0, il n'avait pas encore laissé voir les vilains côtés de son caractère ; ils ne se montreront que plus tard.

Vu l'importance que l'on attachait en Lorraine à la venue d'Hincmar, on députa à l'archevêque un envoyé spécial, l'évêque de Metz Advence, à qui l'unissaient des liens d'ancienne date. Advence se présenta à Hincmar comme délégué des rois et des évéques, et le pria de venir lui-même au concile, ou, s'il ne le pouvait pas, de s'y faire représenter par un de ses suffragants. Pour être plus sûr d'emporter l'adhésion du métropolitain de la seconde Relgique, Advence avait prié le neveu de ce dernier, Hincmar le Jeune, évêque de Laon, de l'accompagner. Les deux prélats insistèrent vivement auprès de l'archevêque pour qu'il acceptât l'invitation dont ils étaient chargés, mais, chose curieuse, Advence s'abstint de lui dire que le concile, auquel on voulait qu'il assitât, devait examiner plus particulièrement l'affaire du divorce de Lothaire II et de Theutberge,

3. Sur Hincmar, consulter les biographies, déjà citées, de Noorden et de Schrœrs, qui sont tous deux, mais surtout le dernier, favorables à Hincmar. Schkœrs a résumé et reproduit les opinions des écrivains fraiiijjvs sur l'archevêque de Reims : p. 47^, n. 82, celles qui lui sont favorables; p. 47A, »• 84 et 80, celles qui lui sont hostiles; p. 474, "• 80, les juqemcnts partagés. Voir encore Binterim, Pragiiiatisclie Geschichte der deaischen Concilien, t. ni, p. 81, et Wattenbach, D. GQ., t. I, p. 296, qui accusent Hincmar d'avoir falsidc ou fabriqué des documents.

ll»(> LE REGNE DE LOTHAIRE II (Sôfi-SOy).

et (|ue c'était mchne à cause de cette aflairo (|iie l'on désirait sa présence. De sDii cAté, Hiiicniar garda la même réserve, (juoiqu'il se doutât bien au fond du motif pour le((uel on le réclamait. L'entretien des trois prélats tomba pourtant sur la question du divorce, qui faisait l'objet de toutes les conversations, et si Hincmar n'avait pas été au courant de ce ([ui s'était passé à Aix quinze jours auparavant, Advence put lui donner les renseignements les plus exacts et les plus précis. Sans avoir l'air de savoir tpie le concile s'occuperait de Theutbcrge, rarchevè([ne déclara que l'allaire du divorce était trop importante pour être résolue par quelques évèques ; seul un concile général pourrait la juger. Hincmar ajouta qu'il ne pouvait ni assister en personne au concile projeté, vu le mauvais état de sa santé, ni s'y faire représenter par quelques-uns de ses sulîragants : le temps lui manquait en effet pour convoquer ces derniers à une réunion où seraient désignés ceux d'entre eux qu'il conviendrait d'envoyer à Aix-la-Chapelle, et, d'autre part, il ne se reconnaissait pas le droit de choisir de sa propre autorité les délégués de la province ecclésiastique qu'il gouvernait.

Non content d'avoir donné de vive voix k Advence ces explications et ces excuses, Hincmar les lui renouvela le lendemain dans une lettre que nous possédons ; il se défendait d'ailleurs de tout mauvais vouloir. Revenant à l'affaix-e de Theutberge, il déclarait qu'il ne se permettrait de donner aucun avis, tant qu'il n'aurait pas étudié la question ; il se gardait de désapprouver ou de dénigrer à l'avance la sentence que les évèques devaient prononcer. La lettre se terminait par des conseils de prudence empruntés à une lettre du pape (saint) Léon (l"), et par l'invitation adressée à Advence de la lire au concile'.

Ainsi Hincmar ne doutait pas qu'on allait à Aix-la-Chapelle instruire le procès de Theutberge. Cette affaire lui semblait louche et il ne se souciait pas de s'y compromettre, c'était là le motif qui l'empêchait d'accepter l'invitation que lui avait apportée Advence ; les raisons qu'il avait alléguées n'étaient que des prétextes. Il est probable ([u'Advence sut démêler à travers les réticences et les excuses de l'archevêque le fond de sa pensée et les mobiles qui le faisaient agir.

Le refus d'Hincmar d'assister au concile dut jeter Lothaire et ses conseillers dans une grande perplexité ; il n'en fallait pas davantage pour faire avorter l'entreprise. L'absence d'Hincmar donnerait déjà à ses collègues lieu de penser qu'il désaprouvait le divorce ; la lecture de la lettre que l'archevêque de Reims avait écrite à Advence, lecture qu'il avait formellement invité ce dernier à faire, achèverait de confirmer les évêques dans cette manière de voir. Ils n'oseraient certainement pas aller à rencontre de l'opinion qu'ils supposaient îi un aussi grand théologien que l'archevêque de Reims.

Aussi, pour éviter un échec, résolul-e)M d'abord de tenir cachée la ma-

I. Sur la mission (l'Advdicc il Reims, voir Hi.m'.mau, De dii<. Hlolh., iiilorr. III*, Mui.NK, t. CXX\', coll. G45-O48. Cf. SoiiALKK, o/j. latul., pp. 80 et suiv.

LE DEUXIÈME CONCILE d'aIX-LA-CIIAPELLE (860). 161

encontreuse missive, et Ton avança hardiment qu'Hincmar avait remis à Advence, pour le concile et pour le pape, des lettres où il approuvait le procès intenté à Theutberge. Comme deux évèques français, Wénilon et Hildegaire, avaient promis d'assister au concile, on fît courir le bruit qu'ils étaient les représentants de l'archevêque de Reims, empêché de venir lui-même à Aix-la-Chapelle'. Peut-être eut-on en outre l'idée de recourir au pape, nous ne savons pas d'ailleurs dans quel but. Une seconde lettre écrite par Hincmar à Advence nous apprend qu'il avait été question en Lorraine d'envoyer a Rome l'évêque de Metz ; Hincmar lui donne à ce propos des conseils sur la façon dont il devra se conduire. Cette lettre n'est pas datée ; mais elle ne peut se placer qu'en 860, attendu que l'archevêque de Reims l'a insérée dans son mémoire sur le divorce de Lothaire. Comme elle ne contient aucune allusion au deuxième concile d'Aix, il pouiTait se faire qu'elle y fût antérieure^. C'est donc presque immédiatement après son voyage de Reims qu'Advence aurait été député à Nicolas P"", ou que l'on aurait songé à lui donner cette mission. Il ne semble pas d'ailleurs qu'il l'ait remplie jusqu'au bout, quoiqu'il l'ait peut-être entreprise. Il est à remarquer en effet qu'il n'assista pas au deuxième concile d'Aix. Peut-être son absence s'expliquerait-elle par un autre motif : en ne venant pas à Aix, Advence était dispensé de lire à ses collègues la lettre d'Hincmar et de leur donner des explications embarrassantes sur son voyage de Reims. Ne serait-ce même pas pour ce motif qu'on l'aurait fait partir pour Rome un peu avant l'ouverture du concile, en lui recommandant d'ailleurs de s'arrêter en route 3 ?

Enfin, le i5 février 860, le concile s'ouvrit à Aix-la-Chapelle; il était accompagné d'une assemblée générale des grands de Lothaire II +. Peu d'évêques étaient venus : de ceux qui avaient assisté à la première réunion d'Aix, nous retrouvons Gunther, Theutgaud et Francon. Advence, nous l'avons dit, était absent, mais il y avait là en plus l'évêque de Verdun Hatton et trois prélats étrangers, Wénilon, archevêque de Rouen, Hildegaire, évêque de Meaux, et Halduin, évêque d'Avignon. Aucun des évêques de Louis le Germanique ni de Louis II n'avait répondu à l'appel. Beaucoup de questions furent traitées dans ce concile, mais nous ignorons lesquelles, Hincmar ne nous ayant conservé des actes de l'assemblée que les articles 16 à 18 et le commencement du ig"^. Voici ce qu'ils

1. Hincmar, De div. Hloth., interr. I» et III», Migne, t. CXXV, coll. 63o et 6^5.

2. Hincmar, ihid., colL 646-647. Schrœrs, op. laud., p. 670, n. 58, place entre le 26 janvier et le i5 février 860 la deuxième lettre d'Hincmar à l'évêque de Metz.

3. Sdralek, op. laud., pp. 84-86, reproche vivement à Advence d'avoir induit le synode en erreur sur les vrais sentiments d'Hincmar en ne lui lisant pas la lettre de ce dernier. D'après Schrœrs, op. laud., p. 187, n. 5o, Advence s'est mis en route pour Rome, et c'est pour cela qu'il n'assistait pas au deuxième concile d'Aix, mais il n'a pas du aller jusqu'au bout.

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