‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 148 sur 764 · Syn. Aq. II, proœmium, CC, t. II, p · texte numérisé non relu

Syn. Aq. II, proœmium, CC, t. II, p

5. Hincmar, De div. Hloth., interr. I', a donné le préambule, les chapitres i5 à 18 et le début du ig" à la suite l'un de l'autre, puis, après quelques commentaires, vers la fin de i'interr. I*, il a cité un passaqe ou du chapitre ig", ou d'un suivant. Ce fragment n'a pas été reproduit par les éditeurs des conciles, non plus que par Krause, dans les CC, t. II.

iCa LE RÈGNK DE LOTIIAIUE II (Rf^t-BOy).

nous apiMtMHU'nt, après avoir rappela cpie la reine avait déjà confessé sa faute au roi il'abortl, ensuite à plusieurs évèques ainsi qu'à des laïcs : Theutbercje est introduite dans la salle des séances, où se trouvaient, en outre des prélats, un certain nombre de grands ; elle remet à Lothaire un parchemin sur lequel sa confession était écrite et en même temps elle déclare à haute voix qu'elle désire faire pénitence, n'étant plus digne de continuer la vie conjugale. Elle lit ensuite ou fait lire le texte de sa confession : il contenait l'aveu des relations contre nature qu'elle avait eues avec son frère Hubert, mais ne parlait ni de conception ni d'avortement. Theutberge terminait en proclamant que sa confession était sincère et qu'elle l'avait faite librement , sans y avoir été contrainte '.

Les évèques, tout en admettant la possibilité du fait dont ils avaient écouté le récit, pénétrés d'horreur et de douleur, les évèques, qui craignaient que des artifices ou des menaces n'eussent induit la reine à mentir, supplièrent Lothaire de dire s'il ne l'avait pas invitée ou contrainte à se charger d'une accusation fausse. Lothaire jura qu'il ne l'avait exhortée qu'à dire la vérité et que dans cette affaire il n'avait comploté aucune machination ténébreuse. Il rappelait quelle douleur l'avait frappé lorsqu'il avait appris, à n'en pas douter, le fatal secret, quels efforts il avait tentés pour le tenir caché, comment il avait, pour que l'on crût le fait faux, prêté les mains à une comédie de jugement, comment enfin, voyant lors de son voyage en Bourgogne et en Italie que la chose était universellement connue, il s'était décidé à prendre l'avis des évèques. Le fait lui avait été affirmé par beaucoup de gens de ce royaume -. Les évèques, pourtant, conservaient encore des doutes. Prenant la reine à part, ils l'interrogèrent en présence de laïcs, l'adjurèrent de ne pas porter contre elle une accusation fausse, la menaçant, si elle le faisait, des châtiments éternels ; ils la pressèrent de dire si elle n'avait pas été engagée ni forcée à se charger d'un crime qu'elle n'avait pas commis, lui promettant leur assistance contre les embûches ou les violences de qui que ce fût. Theutberge soutint qu'elle avait confessé la vérité, et pria qu'on accédât à sa demande de prendre le voile. Pour l'éprouver d'une autre façon, les évèques lui posèrent une nouvelle question : ne réclamerait-elle pas, ne soulèverait-elle pas des complications, dans le cas où on lui donnerait satisfaction ? Les prélats avertirent Theutberge que probablement leur sentence serait irrévocable, et ils l'invitèrent à bien rélléchir ; il était temps encore, si elle le pouvait en conscience, d'échapper aux liens qui allaient la tenir pour toujours. Des laïcs, des amis de la reine l'exhortaient ii ne pas se tromper elle-même. Mais elle restii inébranlable et maintint ses aveux 3.

Les évèques ne doutèrent plus alors de la réalité du crime. 11 conve-

I. Sijn. Aq. Il, rh. i5, CC, t. II, pp. /i(>(i-/(<J7. a. Sijn. Aq. II, cli. iC, CC, t. H, p. 4C7. 3. Syn. A(j. Il, cli. lO, CC, l. II, p. 4O7.

THEUTBERGE CONDAMNÉE A UNE PENITENCE, PUIS ENFERMEE. l63

nait de le punir, de crainte qu'il ne se renouvelât'. Il fut décidé que Theutberge expierait sa faute par une pénitence publique ^. Après des citations tirées de l'Ecriture et des Pères destinées à justifier les mesures qu'ils avaient prises a l'égard de la reine, les évéques, s'adressant à leurs collègues absents, leur demandaient un avis sincère sur ce que le roi devait faire : il ne fallait pas que sa jeunesse fragile et son incontinence fussent une cause de scandale pour ses sujets '.

On remarquera que les actes du concile parlent des évêques en général, sans indiquer quelle a été l'attitude de chacun d'eux, sans dire s'il y a eu des divergences de vues, des discussions. Les évéques français, par exemple, qui avaient les coudées plus franches que leurs collègues lorrains, ont-ils joué au concile un rôle muet? N'ont-ils été que les spectateurs du drame qui se jouait sous leurs yeux? Peut-être est-ce sur leur initiative que Theutberge a été sommée de ne pas mentir, et invitée à se rétracter si la crainte lui avait arraché précédemment des aveux. Comment, d'autre part, n'ont-ils pas fait remarquer qu'avant de croire Theutberge il était nécessaire d'entendre son frère, le véritable auteur du crime ? D'après les actes, il n'aurait pas été question d'Hubert ; personne n'aurait songé à réclamer sa confrontation avec Theutberge ■♦.

Nous avons vu que le concile avait admis la réalité de l'inceste et condamné de ce chef la reine à une pénitence publique. Hincmar ne nous a malheureusement pas conservé la sentence complète qu'ont rendue les évêques, car bien certainement ils ne se sont pas contentés de prononcer une peine. Theutberge a été ensuite renfermée dans un monastère î ; le concile avait dû décider la chose, et au préalable interdire les relations conjugales à Lothaire et à Theutberge. Pourtant, les évêques n'étaient pas allés jusqu'à annuler le mariage du roi, encore moins avaient-ils autorisé ce prince à en contracter un autre. Ce qui le prouve, c'est la phrase rapportée plus haut, où les membres du concile prient leurs collègues de leur donner un avis sur le parti qu'il convenait de prendre

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