Anri. licrt. Wm, p
ADALARD, ABBE LVÏC DE QUATRE ABBAYES LORRAINES, l85
le Pieux'. Postérieurement au traité de Verdun, on ignore en quelle année et pour quels motifs Adalard se retira dans les Etats de Lothaire l", qui l'accueillit bien, en fît son fidèle et l'accabla des marques de sa faveur^. Nous l'avons déjà dit, le domaine royal était trop exigu, trop appauvri pour pouvoir suffire aux largesses des souverains, surtout à celles de Lothaire I"", qui avait eu a dédommager après la paix de nombreux fidèles, privés des bénéfices qu'ils détenaient dans des contrées devenues le lot de Louis ou de Charles. C'étaient donc les terres de l'Eglise qui fournissaient à l'empereur les moyens de se montrer généreux'. Souvent il se contentait de céder en précaire un domaine d'un évéché ou d'une abbaye. Quelquefois pourtant, quand il s'agissait d'un puissant personnage, Lothaire lui donnait une abbaye entière. Le laïc revêtu de la charge d'abbé n'en exerçait, bien entendu, que les fonctions temporelles ; au spirituel, il était suppléé par un prévôt ou par un prieur. Indifférent à la prospérité morale et matérielle du monastère, l'abbé laïc ne songeait le plus souvent qu'à s'enrichir à ses dépens : appauvrissement et ruine de la discipline ecclésiastique, telles sont les conséquences de ce régime pour les abbayes qui ont le malheur d'y être soumises ; il leur arrivait même d'être transformées en collégiales de chanoines. L'institution des abbés séculiers n'est assurément pas la cause unique de ces changements ni de cette décadence, mais elle y a contribué pour une grande part : les invasions normandes ne feront que généraliser et accélérer le mouvement. La réaction viendra, mais seulement au cours de la première moitié du x* siècle, sous l'influence
1. Ann. Bert. 842, p. 29 ; Nithard, liv. II, ch. 3 et 10, liv. III, ch. 2 et 3, liv. IV, ch. 3 et 6, pp. i5, 29, 3i, 33, 48 et 53-54. Sur la famille d'Adalard, voir Vignier, La véritable origine, etc., p. 3, Schœpflin, Alsatia illustrata, t. I, p. 780, qui tous deux font de ce personnage un frère d'Ermengarde, femme de Lothaire I'"' ; Wenck, pp. 279 et 35o, Kalcksteix, Abt Hugo (F. D. G., t. XIV, p. 4o, n. 4)> et Dlm.mler, t. I, p. 427, n. 4) lui admettent une parenté entre l'oncle d'Ermentrude et son homonyme, le fils d'Unroch, abbé de Saint-Bertin. Steix, Kœnig Konrad I, pp. 5i et suiv., n'admet ni cette dernière hypothèse, ni celle de Vignier et de Schœpflin. Pour lui, .\dalard est comme Gebhard, le beau-frère d'Ernest, originaire de la Moseilane. Il n'a pris aucune part à la révolte des grands de la France en 858, comme le dit à tort Wenck, p. 279, attendu que depuis le traité de Verdun, on perd sa trace dans les États de son neveu par alliance et qu'il est allé vivre dans ceux de Lothaire, où se trouvent la plupart de ses domaines.
2. Nous allons parler des abbaj^es qui lui furent accordées. On le trouve en outre intercesseur dans un diplôme pour son vassal Sigfrid, à qui l'empereur fait une donation Iq 3 juillet 853 ; le même jour, Lothaire octroie à Heriric, autre vassal d'Adalard, divcs domaines à la prière de Louis le Germanique (B. M. ii25 et 1226). Il intervient sous Lothaire II en faveur d'Olbert, vassal du comte Matfrid, et pour l'abbaj'e de Lorsch (B. M. 1245 et 1257). Il assiste enfin au congrès de Coblenz, en 860.
3. Il l'avait fait en Italie, lorsqu'il se fut retiré dans ce pays après 833, comme le prouvent les restitutions accordées le 17 août 839 à l'église de Reggio et le 3 janvier 848 à Saint-Denis (B. M. 1029 et 1098). Il continua après 84o et 843 de recourir aux biens de l'Eglise pour dédommager ses fidèles ou les récompenser ; c'est ce que prouvent le diplôme du 29 août 842, rendant l'abbaye de Metlach à l'église de Trêves et celui de Lothaire II, du 6 août 858, qui, pour se conformer aux dernières volontés de son père, restitua l'abbaye Saint-Evre à révè([ue de Toul (B. M. io58 et laSo). Nithard, liv. IV, ch. 3, p. 48, nous fait connaître les plaintes (ju'éleva Lothaire en 842 à la suite du projet de partage élaboré par Conrad, Adalard et Cobbon ; sa part, disait-il, était trop petite pour qu'il pût y trouver de quoi dédommager ses fidèles des bénéfices qu'ils perdraient.
■l86 LE RÈGNK DE LOTHAIKE II (855-8()<j).
d'Adalbéron 1", évoque do Metz, suiuoniiné le père des moines, et de saint Gérard, abbé de Brogne '.
Lothaire I" ne donna pas moins de quatre abbayes à Adalard, et elles comptaient toutes quatre parmi les plus importantes de son royaume, (^'étaient celles d'Echternach, qu'Adalard posséda de 849 à 85G et où il remplaça les moines par des chanoines- ; de Saint-IMaximin de Trêves, où nous le trouvons en 853 et 855 5 ; de Stavelot, qu'il occupait en 857 ^; enfin, de Saint-\'aast d'Arras, que le traité de Verdun avait cédée à Lo-
I. Nous roviendroiis avec plus de détails sur cette question.
•2. D'après deux catalogues des abbés d'Echternach, SS., t. XIII, pp. 788 et 748; cf. t. XXIII, pp. 3i et 33. C'est Hatton, évèipie de Verdun, qui lui succéda.
3. Le i»' avril 853, Adalard est présent à la donation importante cpie fait à Saint- Maximin Erkanfrida, veuve de -Xilhad (MR. UB., t. I, n» 83). Cette année ou la suivante, cette niènie Erkaal'rida le désitjne comme un de ses exécuteurs testamentaires (charte éditée d'abord dans les F. D. G., t. XVIII, p. 18A, puis dans la B. E. G., t. LU, p. 673. Sur ce document consulter les iniportaiits mémoires publiés j)ar Sauerland, dans le Juhrhuch i/er Gesellscfittft J'iir lotlirinijiscke Geschicfi/e, tt. VI et VllI, i^e partie, années i8(j4 et i8y(j, sous le litre Das Testament der luthri/ujiscfien Gnejtn Erkunfrida). Enfin, le 18 juin 85."), Adalard conclut, conmie abbé de Saint-Maximin, un échange avec Eigil, abbé de Prum {MR. UB., t. I, n» 65; Beyer indique à tort 838; cf. MR. UB., t. Il, Reyesten, n" ii4, et Gœrz, MR. Reg., t. I, u9 599).
4. Les Séries abbatam Stnbalensiain (SS., t. XIII, p. 293) donnent à Adalard douze ans d'abbatiat et le font succéder à Hartgaire, évèque de Liège (84o-855), qui en aurait eu dix. Hartgaire n'eut très probablement l'abbaye qu'en 845 et la conserva jusqu'à sa mort. Nous trouvons en elîet, le 27 juin 84a, un certain Hartvin à la tète de Stavelot (RiTz, A7?. UB., n° 8), et les Séries abbatum Stabulensiiiin nous apprennent qu'entre cet abbé (qu'elles appellent Harnid ou Harind) qui garda quatre ans sa dignité, et Hartgaire, se placent Ebbon (l'archevècpie déposé de Reims) avec un an d'abbatiat, et Ebbon le Jeune (probablement l'évèque de Grenoble) avec deux mois et dix jours. Ainsi Adalard n'aurait reçu Stavelot qu'en 855, à la mort de Hartgaire, et il l'aurait conservée jusqu'en 8G7, c'est-à-dire six ans après sa disgrâce. Mais les chiffres indicpiés par les Séries sontils exacts ? Remarquons qu'ils ne concordent pas toujours entre eux ; ainsi, tandis que d'après le premier catalogue, Hildebald, successeur d'Adalard, aurait dirigé Stavelot pendant treize ans, le second lui accorde vingt-deux ans d'abbatiat. Pourtant le chiffre donné à Hartgaire paraît exact. Ebbon, l'ancien archevètjue de Reims, détint l'abbaye pendant une année, et la perdit lorsqu'il fut disgracié en 844 ou 845 (voir ci-dessus, p. 3o, n. 6); Ebbon son neveu, ne resta abbé de Stavelot qu'un peu plus de deux mois. C'est donc en 845 (jue commencerait l'abbatiat de Hartgaire, et comme le prélat est mort en 855, c'est bien pendant dix ans, comme l'indiiiuent les Séries, qu'il aurait eu Stavelot en son pouvoir. On trouve le nom d'Adalard comte et abbé au bas d'une charte de Stavelot dont nous venons de parler, c'est une concession en [jrccaire faite à Hertakl i>ar Hartvin, abbé de Stavelot, cpii est nommé en tète de l'acte. Voici la fin de ce document : • Facta est autem bec precaria publiée in monasterio Stabulaus V kal. julii, aimo III régnante domno Karolo rege. — Sigmun domni abbatis cjui banc precariam tieri rogavit. S. Absalonis prepositi, etc. — Ego Hartgarius Tungrensis ecclesi;v e|)iscopus banc prestariam recognovi etconsensi. — Ego Ilernerius jussu ilomni Harnidi abbatis scripsi et snbscripsi. — lll kal. decembris, aimo 111 régnante Lothario glorioso rege juniore, ego .\ilelarilus cornes et abba prestariam fieri rogavi et maim pro]>ria lirmavi cum consensu fratrum. Siguum .\gilgarii, etc. » Celui cpii a transcrit cette charte dans le cartulaire ajoute : u Propter vetustatem, priera et secpienlia légère non potuimns. » Cet acte, rendu il'aboril le 27 juin 84a (on remanpiera (ju'elle est datée de la troisième année du règne de Charles. Ce prince avait donc eu Stavelot dans son lot lors du partage ([u'il lit avec son frère Louis au début de 84:i), puis confirmé par Hartgaire, nous jic savons en quelle année, le fut en ilernier lieu jiar .\dalard, le a8 novembre 857. Nous croyons en effet que la seconde date, au lie» de se rattacher à la souscription du notaire, connue le croit à tort Rixz, doit se rajiporler au contraire à la conlirmatiou il'.Vdalard. Hernier est le scribe ou le moine i\m a rédige l'acte eu Hli'A, pnis(|u'il dit avoir écrit cl contresigné le docuuu-iit sur l'ordre de l'abbc
LOTHAIRE DISGRACIE ET EXILE ADALARD (86i). 187
thaire I*""'. L'empereur l'avait donnée d'abord à Matfrid, probablement le fils du feu comte d'Orléans, puis, sans doute à la mort de ce seigneur, il en gratifia Adalard, dont il est fait mention comme abbé à la date de 852^. Adalard figure comme intercesseur dans plusieurs diplômes de Lothaire et de son second fils ; en 860, il assiste au congrès de Coblenz, et quelques mois plus tard il est encore en faveur auprès de Lothaire II, car c'est à sa prière que ce prince fait le i3 septembre une donation à l'abbaye de Lorscli 3. Mais la disgrâce approchait ; il ne semble pas d'ailleurs qu'Adalard ait rien fait pour la mériter. Il subit le contre-coup de celle qui avait atteint des membres de sa famille, l'abbé Waldon et les comtes Bérenger et Uton, fils de Gebhard, comte du pagus Logenahe •♦.
Harnid, qui n'est autre que Hartvin. Il peut sembler extraordinaire que la confirmation de Hartgaire s'intercale entre la souscription de l'abbé Harnid ou Hartvin et celle du scribe Hernier. Peut-èlre sur l'acte original 3' avait-il entre ces deux souscriptions un large espace, dont l'évèque aura profité pour y inscrire son approbation.
2. Miracula S. Vedasti, ch. i et 8 {SS., t. XV, pp. 3(J9 et t\oo). Il aurait distribué à ses vassaux les terres de l'abbaye.
3. Voir ci-dessus, p. i85, n. 2, pour les diplômes où figure Adalard. A propos de Lorscli, Adalard n'en a pas été abbé laïc, comme le dit Dijmmler, t. II, p. 2i3 (cf. n. 2, où il reconnaît pourtant que c'est Samuel, évèque de Worms, qui était alors abbé de ce monastère). Voici le début de la charte qui a donné lieu à l'erreur de Dûmmler : (i In Ghristi Domine complacuit atque convenit inter venerabilem Samuelem episcopum abbatemque monasterii sancti Nazarii, ut res suas inter se pro oporlunitate locorum commutarent. Dédit igitur Adelardus cornes provisor monasterii sancti Nazarii {sic) praedicto episcopo et abbati in pago Wormatiensi in Hagenheimer marca quidquid ad sanctum Maximinum ibidem pertinere visum est, etc. « {Codex Laureshamensis dip/omaticus, t. II, 1768, p. 33i, n" 1922.) L'acte est du 18 juillet 854. Remarquons d'abord qu'il y a dans la première phrase une lacune, due sans doute à la négligence du copiste qui a transcrit l'acte dans le cartulaire. On annonce un échange, on nomme une des parties contractantes, mais on oublie de mentionner l'autre. La phrase suivante nous apprend que c'est le comte Adalard, qualifié de « provisor sancti Nazarii ». Eh bien, le scribe a commis ici une nouvelle erreur, il a par étourderie écrit « Nazarii » au lieu de « Maximini » ; c'est bien certainement ce dernier mot qu'il faut lire. Adalard agit ici connue abbé de Saint-Maximin. Ce qui le prouve, c'est d'abord ([ue les terres ([u'il donne appartiennent à ce monastère, l'acte le dit expressément, c'est ensuite que celles qu'il reçoit en échange à Gaulsheim, à Wa'llstein et à Volxheim (Hesse rhénane) sont mentionnées plus tard comme dépendant de Saint- Maximin, ou du moins différents actes nous montrent cette abbaye propriétaire dans les deux premières de ces localités. Si le diplôme d'Otton de 962 est faux (0'44ai DD., t. I, p. 596), par contre les diplômes authentiques d'Henri II, du 3o novembre io23, de Conrad II, du II janvier 1026, d'Henri III du 20 juillet io44) et enfin un polyptyque de Saint- Maximin, du début du xm" siècle nous apprennent que cette abbaye possédait des domaines à Gaulsheim et à Wœllstein {MR. UB., t. I, n"^ 3oo, 3oi et32i, t. H, supplément, n» 16). Adalard, en cette circonstance, agissait donc au nom de l'abbaye Saint-Maximin, et le titre « provisor S. Nazarii » doit se lire « provisor S. Maximini ».
4. Ann. Fuld. 861, p. 55; Anri. Bert. 861, p. 55. Sur Gebhard et sa famille, voir EcHKART, Commenta rii de rehus Franciie orientalis, t. II, pp. 481-482, Kremer, Origines Nassoiae, t. Il, pp. 36 et suiv. ; Stein, Kœnig Konrad, pp. 28 et suiv. ; Dummler, t. I, pp. 92 et 100, t. II, p. 21. Gebhard était comte du pagus Logenahe. Comment Adalard était-il parent de Gebhard, c'est ce qu'aucun document ne nous fait savoir. On s'est livré à plusieurs hypothèses relativement à l'abbaye dont Waldon était le chef. Suivant Ma- BiLLox, Ann. O. S. B., t. III, pp. 92 et i5G, Kre.meh, Orig. Nassoiae, et Stein, Kœnig Konrad, pp. 5i, 61 et 62, le fils de Gebhard a été abbé de Saint-Maximin et candidat au siège archiépiscopal de Trêves en 870. Dummler, t. II, p. 292, n. 4, tout en reconnaissant qu'il y a eu un abbé de Saint-Maximin nommé Waldon, ne croit pas que ce soit le fils de
l88 LE RKCi.NK DE LOTIIAIKE II (8r)r)-8r)(j).
(]es trois persoanatjes furent .soupçonnés ou convaincus d'être les complices de leur oncle, le comte Ernest, beau-père de Garloman, fils aîné (le Louis le Cermanique. Ernest et son gendre avaient conspiré contre le roi. Louis dépouilla le comte de ses bénéfices et bannit de ses États les trois frères Waldon, Bérenyer et Uton. Adalard était-il entré dans le coni|)lot de ses cousins? Louis le Germani(|ue eut-il des preuves de sa culpabilité ? Les annalistes ne le disent pas. Toujours est-il qu'à l'invitation de son oncle Lothaire bannit Adalard de son royaume'. Les quatre <'xilés se rendirent auprî's de Charles le Chauve, qui, malgré les engagements pris h Meerssen, renouvelés récemment à Coblenz^, les accueillit, comme il l'avait déjà fait pour Hubert, et leur donna des bénéfices. Adalard ne tarda pas à être nommé le gouverneur de Louis, fils aîné de Charles le Chauve : il fut élevé à cette charge lorsque le roi partit pour son expédition contre Charles de Provence >,
Cette protection accordée à des rebelles montre k quel point la situation était tendue entre Charles le Chauve d'une part, Louis le Germanique et Lothaire II d'autre part. La guerre pourtant n'éclata pas. Le roi de France ne pouvait songer à une attaque contre Lothaire, car il aurait eu dans ce cas affaire au roi de Germanie, et d'habitude, il n'aimait pas s'en prendre k plus fort que lui. N'osant pas risquer une partie dangereuse, il se tourna contre le petit roi de Provence. Ce prince ne lui avait donné aucun sujet de plainte. Pour justifier l'agression de son maître, Hincmar, dans ses Annales, dit que Charles le Chauve avait été appelé en Provence par des sujets de son neveu, mécontents d'avoir un souverain incapable de faire son métier'». Qu'y a-t-il de vrai dans cette allégation? Gérard de Roussillon était, nous l'avons vu, le tuteur du jeune Charles, et probablement il exer(;ait dens les États de son pupille les fonctions de régent, soit seul, soit avec d'autres grands, l'archevêque de Lyon par exemple, archichapelaln du roi, qui figure souvent comme intercesseur
Gebliard, celui-ci ayant dû avoir iiii!' abbaye située dans les États de Louis le Geriiianii[ue. L'observation nous paraît juste, mais nous ne pouvons, d'autre part, accepter l'iiypatiicse du nièuie auteur, t. Il, ]). 21, et de Mùhlbachkr, /?e(7. Kar., p. 4^5, (jui identilienl le neveu d'Adalard avec un abbé de Sclnvarzacli, mentionné dans un diplôme de Louis le Pieux et de Lotliairc I", du 11 mars 828 (IJ. M. 838). Comment Gebliard, qui vivait encore le () novembre 87^, date de la ciiarle de fondation de Saint-Severus de Gemunden (Kukmkr, Oriijines Xassuicie, codex dipiomaticus, n" 8, p. \l\), aurait-il pu avoir un fds en {'uje d'être abbé cincjuante et un ans auparavant ?
1. Ann. Fuld. 8O1, p. 55, Ann. lierl. 8O1, p. 55. CI". DDmmi.ki\, t. II, i)p. 21-22.
2. Conv. ap. Marsnain II, cli. 4 ; Conv. ap. Gonjl., ch. 4 {OC, t. II, pp. 73 et i55).
3. Ann. lient. 8()i, |)p. 55-50. Les Ann. lient, nous apprennent en outre (p. 55) (pie les sei(pieiirs (pii s'étaient révoltés (en 858) contre (".liarles le Chauve et ([iii, ayant suivi Louis en Germanie, ne l'avaient pas encore ((uitté, retournèrent alors auprès de leiu- ancien maître, (pu leur fil bon accueil et leur restitua les bénéfices qu'il leur avait enlevés. DuMMi.Kii, I. Il, p. 22, l'ail remanpier (prji ce moment le roi de France, (]ui s'était réconcilié avec Kobert le Fort, voyait sa puissance sensiblement accrue el consolidée.
4. Ann. lient. 8()i, p. 50 : « Karolus a (piibnsdam invitatiis (piasi recpumi l'iH>vinciie
adeptnrns, (piouiam Karolus, Illolliarii (]uon(lain iinperaKiris lilius, inntilis aUpie iucoiiveuiens rc(|io lionori et nomini ferebalur, cum lixore ltiiri|iiudiam ustpu" ad civitatem .Malescensiiuu pcra(|rat. «
TENTATIVE DE CHARLES LE CHAUVE SUR LA PROVENCE (86i). 189
dans les diplômes de Charles '. Il est possible que le gouvernement de Gérard ait fait des jaloux et des mécontents, que certains grands aient trouvé leur fidélité mal récompensée. Espérant que Charles le Chauve se montrerait plus généreux à leur endroit, ils se seraient adressés à lui. Quelque chose d'analogue s'était passé en 858 : les propres grands de Charles le Chauve avaient appelé Louis le Germanique. Oubliant la situation critique dans laquelle il s'était trouvé, oubliant la pénitence qu'à son instigation ses évêques avaient voulu infliger à son frère, en punition de la tentative qu'avait faite celui-ci de le dépouiller, oubliant enfin les serments qu'il avait prêtés un an auparavant à Coblenz^, le roi de France, imitant la conduite de Louis, allait répondre à l'appel des mécontents de Provence.
Comment Charles le Chauve, au lieu de chercher à expulser de son royaume les Normands qui le désolaient, ou à raffermir son autorité sur les contrées dont il n'était que le souverain nominal, cédait-il au désir d'accroître, non pas sa puissance, mais simplement l'étendue de ses Etats ? A partir de 86 1 et jusqu'à sa mort, nous constatons chez ce prince une véritable folie de conquête. 11 semble obsédé de l'idée de ressusciter l'empire de Charlemagne, et chaque fois qu'une occasion de s'agrandir se présente, il la saisit avec empressement. Peu lui importe que les Normands dévastent son royaume, le mettent à feu et à sang : aucune considération ne l'arrête, quand il s'agit d'une couronne à prendre. Il évite d'ailleurs avec soin d'attaquer un ennemi capable de lui tenir tête. Quand un prince est faible ou qu'il est aux prises avec des embarras qui le paralysent, quand en un mot il n'y a que peu ou point de risques à courir, Charles le Chauve se montre hardi, insolent, agressif; fait-on mine de lui tenir tête, trouve-t-il une résistance inattendue, son arrogance tombe, il prend la fuite ou demande la paix.
Il espérait avoir facilement raison de Charles de Provence ; ce prince, semblait-il, était incapable de lui résister, surtout si une partie de ses sujets passait à l'envahisseur. D'autre part, des deux frères du petit Charles, Louis II était trop absorbé par sa luttte contre les Sarrasins, Lothalre trop pusillanime pour lui venir en aide 5. Restait Louis le Germanique : mais ce prince, qui n'aurait jamais permis à son frère de conquérir le royaume de Lothaire, n'avait pas le même intérêt direct à l'empêcher de prendre la Provence. Pourtant, peut-être serait-il venu au secours de son neveu, si une révolte de son fils aîné Carloman n'avait