‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 186 sur 764 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

6. Nous n'avons de Cliarles le Chauve aucun acte authentique daté de Reims. Le 19 septembre, il est à Compiègne et le 26 octobre à Ponthion (diplômes pour Saint-Denis et pour Saint-Urbain, B. 1706, 1707, 1708, R. H. Fr., t. VIII, pp. 677, 582 et 584)- Quant au diplôme pour Saint-Claude, daté de Saint-Remi de Reims et de la vingt-deuxième année du règne de Charles (cette indication chronologique se rapporte à 861 et non à 862), c'est un faux fabriqué à l'aide d'éléments empruntés à différentes époques. L'invocation et r « intitulatio » sont bien de Charles le Chauve, mais l'annonce de la signature et du sceau, la souscription du souverain (sauf que « Karoli » remplace « Lotharii ») et celle du notaire (sauf que « cancellarii » remplace « Hilduini ») sont formulées comme dans le diplôme suspect, tout au moins remanié, de Lothaire I" pour la même abbaye, du 21 septembre 854, B- ^^- ii35). L'épithète « piissimi », accolée dans la date au nom de Ghaj-les, n'est jamais employée dans les actes de ce prince ; Lothaire I'"', au contraire, est habituellement qualifié de « plus ». Quant aux personnages dont il est question dans le diplôme, deux d'entre eux, Gédéon, archevêque de Besant-on, et Ricberl, abbé de Luxeuil, sont des contemporains de Charlemagne ; c'est probablement à la même époque

200 LE UKGNK 1)K LOTHAIRE II (855-86y).

Lothaire ne pouvait se dlssirnaler ijuc le pape, à qui il avait promis tl'attenilre sa décision, serait trî's irrité de son manque de parole. Par bonheur pour lui, Nicolas demeura longtemps dans l'ignorance de ce qui s'était passé en Lorraine. Quelque invrai.semblahle que la clio.se pui.sse paraître, k la lin de novembre 8G2 le Souverain Pontife ne connaissait pas le mariage de Lothaire et de Waldrade ; il ne l'apprit (ju'au début de 8G3 '. Pourtant il ne manquait pas de gens qui avaient intérêt à lui faire savoir l'acte audacieux de Lothaire. Theutberge et ses frères avaient certainement adressé k Rome une protestation contre la sentence du troisième concile d'Aix-la-Chapelle : ne l'ont-ils pas renouvelée en apprenant que Lothaire avait épousé Waldrade*? Si Hincmar, qui flétrit

qu'a vécu Docton, abbé de Liixetiil ; le comte Adalard pourrait être aussi bien le comte du palais qui vivait sous le rè(|iie du premier empereur franc que l'oncle d'Ermentrudc. -Vjoutons (jne la formule d'iuHnunité n'est ni du vm« ni du ix« siècle. Ce diplôme est donc un faux, comme le reconnaît Dummler, t. II, p. 2y, n. 3. Quant aux auteurs français, ils l'ont admis comme authentique et suivant qu'ils faisaient attention à telle partie de l'acte plutôt qu'à telle autre, ils l'ont attribué soit à Cliarlemagne, soit à Charles le Chauve. Citons parmi ceux qui adoptent la première opinion, Pkrard, Chifflet, Le Coi.nte etH.vuRÉAU, Gullia Christiann, t. XV, coll. 20 et i5i, tandis que Mabillo.n, Ann. O. S. B., t. III, p. (j6, et Bouquet, R. H. Fr., t. VIII, p. 583, se prononcent pour Charles le Chauve, et, afin de pouvoir placer ce document en 8O2, parce qu'il est daté de Reims, où les Ann. Berf. mentionnent vers cette époque la présence du roi, proposent de lire XXIII au lieu de XXII pour les années du règne.

D'autre part, un passage de la lettre écrite par le pape aux évèques du concile de Soissons (J. E. 2723, Migne, t. CXIX, col. 833) semble indiquer le jour de Noël comme celui où le mariage de Lothaire et de \\'aldrade aurait été célébré : « Pr£Ecipue vero quoad eum quem prrhibetis die natalis Domini super adulteros benedictionem quœ malediclio potius credenda est, protulisse. m Comment concilier cette assertion avec les Ann. Bert. 862, p. 60, qui placent le mariage avant la dédicace de la cathédrale de Reims, et avec le témoignage de Charles le Chauve qui, au ch. 6 du mémoire qu'il lut au congrès de Savonnières, donne à entendre d'une façon suffisamment claire que Lothaire s'était déjà uni à sa maîtresse {00. , t. II, p. 161)? Hefele, Oonciliengeschichte, t. IV, p. 253, place à Noël le couronnement de Waldrade ; mais Muhlbai.her, Reg. Kar., p. 487, et DûMMLER, t. II, p. 32, n. 5, croient que ni la bénédiction nuptiale ni le couronnement de Waldrade n'ont eu lieu le jour de Noël ; d'après eux, le mariage a été célébré avant le congrès de Savonnières. Une erreur ne se serait-elle pas glissée soit dans la lettre des évêques du concile de Soissons, qui avaient annoncé à Nicolas la nouvelle, soit dans la réponse du pape, et au lieu de « die natalis Domini » ne faudrait-il pas lire « die Nativitatis matris Domini » ? La Nativité de la sainte Vierge tombe justement le 8 septembre. Nous avons parlé précédemment de la fable que rapporte Régi.non, Ohronicon 804, pp- 81 et 82 : Lothaire, pour gagner à ses projets de divorce Guniher, promet d'épouser une nièce du prélat, puis son mariage avec Theutberge annulé, se fait amener la jeune fille, la déshonore et la renvoie à son oncle. Il n'y a pas un mot de vrai dans cette histoire.

1. Dans sa lettre aux évêques du concile de Soissons, Nicolas dit formellement n'avoir appris la désobéissance de Lothaire (pi'après le départ des légats ; et ceux-ci ne se mirent en route qu'au début de 803 (.F. E. 2723, Mig.ne, t. CXIX, col. 833).

2. C'est ce qui ressort de la lettre écrite par le pape aux prélats de Gaule et de Germanie, pour leur enjoindre de venir au concile de Metz (J. E. 272.'), .Miu.ne, t. CXIX, col. 800). Nous savons d'ailleurs par le commonitofium destiné au.x légats que Theutberge adressa trois réclamations au Souverain Pontife (J. E. 272G, .Micne, t. CXIX, col. 1180). L'une d'elles, la dernière, se place naturellement a|irès la sentence de divorce |)rononcée par le troisième concile d'.\ix-la-(;iiapelle, les deux autres étant l'une antérieure au premier concile d'.Vix, la seconde posliTieure à l'évasion jle Theulbergc. Kk»;i.no\, (ohronicon 8G4, [>. 82, parle d'une protestation (pu- les frères de Theutberge auraient envoyée au pape, après le troisième concile d'.Vix. Cf. Nu:olai Epistola ad Hubertum (J. E. a7ay, Mione, t. CXIX, col. 84o).

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