‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 187 sur 764 · LA VACANCE DU SIEGE DE CAMBRAI · texte numérisé non relu

LA VACANCE DU SIEGE DE CAMBRAI

d'ailleurs dans ses Annales la conduite de Lothaire, ne se souciait peutêtre pas de la dénoncer au pape, il n'en était pas de même de Charles le Chauve. Ce prince devait être profondément irrité contre son neveu, car il lui faudrait renoncer à l'héritage de ce dernier, si les enfants de Waldrade, légitimés par le mariage de leur mère avec Lothaire, devenaient aptes à recueillir la succession de leur père.

Gomme s'il n'y avait pas déjà suffisamment de sujets de mésintelligence entre les deux souverains, Lothaire allait provoquer un conflit, sinon avec Charles le Chauve, du moins avec le principal de ses conseillers, l'archevêque de Reims. Le 5 août 8G2 était mort l'évêque de Cambrai, Thierry '. Ce prélat se trouvait dans une situation très délicate, vu la tension où en étaient venus les rapports entre Lothaire, son souverain, et Hincmar, son métropolitain. Il ne prit aucune part k l'affaire du divorce, et, ce qui s'explique moins, il n'assista ni au concile de Savonuières, ni à celui de Tusey ^.

Comment le siège de Cambrai allait-il être pourvu ? Des trois facteurs qui concouraient alors à la création d'un évêque, le clergé et le peuple, le roi, et le métropolitain, le premier voyait quelquefois son rôle d'électeur réduit ou même annulé par le roi; celui-ci, au lieu de confirmer le choix fait par le clergé et le peuple, imposait aux électeurs son candidat, ou se passait d'eux en désignant l'évêque parmi les clercs de sa chapelle. L'archevêque ne pouvait être mis de côté comme le clergé et le peuple ; il lui appartenait toujours de consacrer l'évêque, qui n'entrait en possession de ses droits qu'à partir dn moment où cette cérémonie avait été accomplie. Le métropolitain pouvait refuser de consacrer évêque

1. Les Gesta episcoporum Cameracensium, liv. I, ch. 49 (SS., t. VII, p. 4i8), donnent le 5 août, mais n'indiquent pas l'année. Celle-ci ressort des lettres écrites en avril 8<j3 par le pape aux évèques lorrains et à Lothaire, disant que depuis plus de dix mois Hilduin a envahi le siège de Cambrai (J. E. 2780 et 2781, Migne, t. CXIX, coll. 84i et 842). Pourtant, une petite difficulté se présente : du 5 août au mois d'avril il n'y a pas dix mois, il n'y en a même pas neuf. D'autre part, le décès de Thierry ne peut être reporté à l'année 861, Thierry étant encore en vie au début de 862, comme le prouvent les lettres que lui écrivit Hincmar pour lui annoncer l'anathème que les évèques français avaient fulminé contre Baudoin (Flodoard, H. R. E., liv. III, ch. 21, éd. Lejeune, t. II, p. 22g). Faudrait-il croire à une erreur de jour des Gesta ? Remarquons qu'elles en commettent certainement une en faisant commencer à Thierry le 16 juin 863 la construction de Saint- Géry, puisqu'à cette date le prélat était mort. Le Carpentier, Histoire de Cambrai, t. I, p. 334, et Le Glay, Cameracum Christianum, p. 16, qui ne connaissaient probablement pas les lettres de Nicolas I^f rapportées ci-dessus, ont, sur la foi des Gesta, adopté 863. ScHRŒRS, op. laud., p. 572, n. C7, se prononce pour 862 et maintient la date du 5 août, le pape ayant pu indiquer dix mois pour arrondir le chiffre ; la lettre, d'ailleurs, n'est peut-être que de mai.

2. Voir ci-dessus, p. ig3, n. 3. Nous savons par Flodoard que Thierry assista au concile tenu en France, à Soissons, au mois d'avril 853 ; le même chroniqueur nous a conservé une brève analyse des lettres qu'avait écrites Hincmar à son suffragant, ainsi qu'à un comte Majon (de Cambrai ?), pour la bienveillance que celui-ci avait témoignée à Thierry {H. R. E., liv. III, ch. I, ch. 21 et ch. 26, éd. Lejeune, t. II, pp. 5i et 53, 228-280 et 344)- Thierry avait retrouvé en 852 le corps de saint Vaast (Gesta epp. Camer., liv. I, ch. 44, SS., t. VII, p. 417). et présidé au transfert des reliques du saint, d'abord dans la basilique, le 2 juillet 852, puis dans une crypte construite exprès, le 4 juin 853 (Miracula S. Vedasti, ch. i et 2, 6'i'., t. XV, pp. 899-400).

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un clerc qui n'avait pas été régulièieineiit élu, ou qu'il jugeait indigne ; mais, en fait, il osait rarement user de cette prérogative et faire ainsi opposition au roi". Lolhaire n'était pas le souverain d'IIincmar ; aussi l'aichevèque de Reims pouvait-il sans danger entrer en lutte avec lui.

Longtenqjs avant la mort de Thierry, alors que Lothaire I*"" vivait encore, Hincmar, écrivant au comte Majon, le priait d'intervenir auprès de l'enqjereur, quand le prélat viendrait a mourir, pour que le prince accordât au clergé et au peuple de Cambrai le droit d'élire son nouvel évéque ^. Peu après le décès de Thierry, Hincmar demanda à Lothaire de laisser l'église de Cambrai élire canoniquement son chef spirituel 3 ; il écrivit en même tenq)s à Gunther, pour le prier d'appuyer auprès du roi sa demande ■♦. On peut croire que l'archevêque de Cologne n'en fît rien ; il voyait un adversaire dans Hincmar, et il n'avait aucun motif de lui être agréable. Lothaire avait à l'égard de l'auteur du De divortio les mêmes sentiments que son archichapelain. Il craignait sans doute que s'il concédait au clergé et au peuple de Cambrai l'élection de leur évêque, l'influence d'Hincmar ne les poussât à choisir un homme qui fût tout à la dévotion de l'archevêque de Reims >. Aussi, sans tenir compte des droits du clergé et du peuple de la ville, donna-t-il l'évêché vacant à un clerc du nom de Gontbert ; Hincmar refusa naturellement de le consacrer, et défendit au clergé et aux hommes de l'église de Cambrai d'entretenir aucunes relations avec l'intrus. Gontbert ne tarda pas à quitter la place, et Lothaire lui donna pour successeurs d'abord Tetbold, puis, après le départ de ce clerc, un certain Hilduin^. Gunther avait un frère de ce nom, qui l'accompagna à Rome, en 863, et à qui Lothaire donna en 860 l'administration du diocèse de Cologne. Ni Hincmar ni aucun document ne disent que ce soit le frère de Gunther qui ait été nommé a l'évêché de Cambrai ; mais si l'identité des deux Hilduin n'est pas absolument certaine, elle paraît vraisemblable. Nous savons, par le poète Sedulius Scottus, que l'évêque intrus de Cambrai venait de la ville de

1. Voir sur cette question la très remarquable thèse d'htevuT de la Tour, Les Elections épiscopales dans l'Eglise de France, du ix« aw xii^ siècle, liv. II et III. Nous aurons plusieurs fois l'occasion d'y relever de légères erreurs, mais nous tenons à dire sans plus tartier tout le bien que nous en pensons. Il n'y a pas seulement beaucoup d'érudition dans ce travail, il se recommande par un aulre mérite, iidiniment plus rare en pareille matière, rintelli()ence de l'cpoipic et du sujet traités ; l'auteur s'est dégagé autant que possible des idées et des préjugés de notre siècle, et il a su apprécier les gens, les institutions et les usages de ces temps lointains avec autant de modération que d'éipiité.

2. Flodoard, h. R. E., liv. III, ch. a(ï, éd. Lejeunk, t. II, p. 344-

3. FLODOAni), H. R. E., liv. III, ci>. ao, éd. Lejeune, t. Il, p. aoa. Rappelons à ce j)ropos (lu'IIiNCMAR a écrit un mémoire De jure metropolitunorum (Mione, t. CXXVl,

coll. l8(J-2I0).

4. Flouoard, //. /{. E., liv. III, cil. 21, éd. Lejeu.ne, t. II, p. ao8.

r». Nicolas, dans une lettre écrite ît Lolhaire, en 863, lui reproche de ne laisser parvenir il l'i'piscopat (pie des hommes favorables à ses projets (J. E. U7r)3, ISiia.NE, t. t'.XlX, col. 8Chj).

0. r.V.vA; e/)isr. Cnnirr., liv. I, ch. .^xi, .V.S'., t. Vil, ji. liiH. Les (ies/ii mettent eu scène I>()lliair<' l'^f an lieu de si>n (ils, cl fonl d'ililduin le p;irent et le chapelain de ce jiriiice.

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