‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 21 sur 764 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

La Lorraine avant 84o. — Elle est le centre et le cœur de l'empire carolingien. — Causes de la dissolution de cet empire. — Le traité de Verdun (843).

La vie de Lothaire I", sa vie publique au moins, que l'on peut faire commencer en 8i4, lorsque son père l'envoie gouverner la Bavière, mais qui ne date en réalité que de 817, c'est-k-dire du moment où Louis le Pieux l'associe à l'empire et le désigne pour son successeur, s'étend sur un espace d'environ quarante années, qui se subdivise naturellement en plusieurs périodes. La première révolte de Lothaire, son exil en Italie, la mort de Louis le Pieux, le traité de Verdun, enfin l'abdication et la retraite à Prûm de Lothaire, suivie à bref délai de sa mort, marquent assez bien les points extrêmes des différentes phases de son existence. Les plus importantes de ces phases, celles qui vont respectivement de 83o à 834 et de 84o à 843, ne rentrent pas dans le cadre de cette étude, qui ne commence qu'au traité de Verdun. Mais, avant d'examiner comment a été partagé en 843 l'empire franc, il convient de rappeler brièvement de quelle façon il avait été fondé et quelles causes en avaient amené la dissolution ; avant de raconter l'histoire de cette partie des Etats de Lothaire, arrosée par le Rhin, la Moselle, la Meuse et l'Escaut, qui prit de son second fils et homonyme le nom de Lorraine, il est nécessaire, croyons-nous, de bien faire voir quel rôle avait à l'époque précédente joué cette contrée, quelle place elle avait occupée dans l'empire.

2 LE UKCNE DE LOTHAIUE l"" (8/,3-85r)).

C'est (Ml jtartic pour avoir, uubliaut i»u iiiéconnaissaul l'iiii et l'autre, pris comme base île leurs appréciations la situation du pays à l'époque où ils écrivaient — en partie pour avoir eu l'esprit dominé par des idées précon(,'ues, par des systèmes construits à priori, que nombre d'historiens modernes ont émis, en parlant de la Lorraine ancienne, des vues parfois opposées les unes aux autres, mais qui se ressemblent toutes en ce ([u'elles se trouvent contredites par la réalité des faits.

Selon nous, les conclusions tirées de l'état de la Lorraine à tel ou tel moment de son histoire, postérieurement au x' siècle, n'ont aucune valeur pour la période qui va de 8^3 à 925. Nous ne songeons pas davantage à demander quel(|ue lumière ii la théorie des limites naturelles, si fort en faveur en France, non plus qu'à celle des nationalités fondées sur la race et la langue, particulièrement chère aux Allemands. C'est l'époque antérieure à 843 qui sera notre unique point de départ ; c'est à l'aide des événements du vm' siècle et du comnienceuient du ix"^, et de ceux-lii seuls, que nous essayerons d'éclairer et d'expliquer les faits — placés immédiatement après dans l'ordre chronologique — qui font l'objet particulier (lu présent travail.

Les pays ([ui devaient former un jour la Lorraine, partagés inégalement entre les Francs Saliens et les Francs Ripuaires, avaient constitué le noyau du royaume d'Austrasie sous la domination des Mérovingiens '; c'était là, sur les bords de la Moselle, dans l'antique cité de Metz, que les souverains avaient fixé leur résidence^, d'où le nom de royaume de Metz donné ([uelquefois à l'Austrasie. Nous n'avons pas à raconter les luttes de l'Austrasie et de la Neustrie, ni à rechercher les causes qui mirent si souvent aux prises les Francs de l'ouest et ceux de l'est. On sait que finalement la victoire resta aux derniers (687). Ils n'étaient plus à cette date gouvernés par un descendant de Clovis >, mais par un maire du palais, originaire de la future Lorraine. C'est en effet entre la Meuse, le Rhin et la Moselle que se trouvaient, au moins pour la plus grande partie, les domaines de Pépin le Moyen *. Petit-fils de saint Arnulf par son père Anségise, de Pépin l'Ancien par sa mère Begga, ce personnage disposait des richesses et de l'inlluence de deux des familles les plus puissantes de l'Austrasie. Devenu maire du palais de ce royaume, il en

1. Sur l'étendue cl les limites de l'Austrasie, voir Lo.Nr..\ON, Allas historique de lu France, i'" liv., pi. III et IV, et texte explicatif, pp. \M\ et siiiv.

2. Voir sur cette cpiestion Digot, Histoire du royaume d'Austrasie, t. I, pp. a3i-235 et 335. Si Metz n'était pas déjà capitale sous les rèijnes de Thierry I", de Théodebert I"^' et de TlK'odehald, il est certain (pi'elle le devint à partir de Siijebert I"' (ipie DicoT appelle Sigisbert II).

3. Il est j)Ossible, mais nullement certain, (pie l'épin le Moyen, battu en (")8o par Ebroin, ait consenti, lorsi|u'il traita avec Waralton, successeur de ce dernier, à reconnaître pour roi Thierry III. (Voir Bonnell, Die Anfânge des Karolimjischen llauses, p. 124.)

l\. Sur les possessions de la famille carolingienne, voir Mo.n.nki.l, op. cit., jip. 7i-84i et FusTEL DE CouLANGKs, Les Tro us/orinations de la royauté pendant l'époque varolingienne, pj). iA7-i4^. Si le premier est trop sévère ilaus sa crilitpie, s'il rejette trop facilement des documents (pii ne sont jias aussi dépourvus de valeur (ju'il le pense, le second a le tort de puiser (pieliiuelois à des sources peu sûres,

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