‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 22 sur 764 · LES AUSTRASIENS RECONSTITUENT L EMPIRE FRANC · texte numérisé non relu

LES AUSTRASIENS RECONSTITUENT L EMPIRE FRANC

fut le seul véritable maître depuis l'assassinat de Dagobert II jusqu'à la victoire de Testry.

Après avoir fait tuer Berthaire, le maire du palais de Neustrie, il prit pour lui la charge du défunt ; Thierry III et ses fils gardèrent, il est vrai, le titre de roi, mais Pépin se réserva la réalité du pouvoir ; lui seul gouverna et administra. Non content d'avoir étendu son autorité sur la Neustrie et la Bourgogne, Pépin entreprit de rendre à l'empire franc ses anciennes limites. Les pays et les peuples soumis par Clovis et ses premiei's successeurs avaient profité, pour reconquérir leur indépendance, tant de la faiblesse des derniers Mérovingiens, que des guerres qui avaient mis ces rois aux prises les uns avec les autres, et des luttes qu'ils avaient eu à soutenir contre leurs grands révoltés. C'était une nouvelle conquête à faire. Elle dura un siècle, et ce fut seulement l'arrièrepetit-fîls de Pépin, Charlemagne, qui acheva l'œuvre à laquelle trois générations de ses ancêtres avaient travaillé,

Charles-Martel avait dû commencer par réduire les peuples qui, a la mort de son père, s'étaient soulevés contre la domination austrasienne. Vaincus à Francorchamp, à Vincy, à Soissons, les Neustriens se résignèrent à leur défaite. L'Alamannie et la Bavière furent soumises par Pépin le Bref; Charlemagne n'eut pas beaucoup de peine à conquérir le royaume des Lombards ; mais les Aquitains au sud, les Frisons et les Saxons au nord, opposèrent aux Francs une résistance opiniâtre, qu'il fallut des années d'efforts pour domptera

Entre temps, la dynastie mérovingienne avait été dépossédée de la couronne en la personne de Childéric III, qui alla finir ses jours dans un monastère, et Pépin le Bref, de maire du palais ou de duc des Francs qu'il était jusqu'alors, devint roi des Francs ; ce titre consacrait et légitimait le pouvoir de fait qu'exerçait Pépin, comme l'avaient exercé avant lui son père et son aïeul.

Assurément, il n'y avait pas que des Austrasiens dans les armées de Charlemagne et de ses ancêtres ; on peut ajouter que les lois n'établissaient aucun privilège au profit des Austrasiens, ni en général des Francs^. Mais ce n'en est pas moins l'Austrasie qui a fourni aux Carolin-

1. Sur ces événements, consulter l'Histoire cl' Austrasie de Digot, t. IV, qui s'arrête à l'élévation de Pépin le Bref sur le trône ; les premiers volumes de la série des Jal.rbiicher des deutschen Reichs, rédigés par Bonnell, Breysig, Haiin, Œlsner, Abel et Simson; enfin Les Transformations de la royauté pendant l'époque carolingienne, de Fostel

DE GOULANGES.

2. C'est ce ([lie font observer Waitz, D. VG., t. III, p. 343, et Fustel de Coulanges, Les Transformations de la royauté à l'époque carolingienne, p. 619. Pourtant les Francs, à titre de nation conquérante, avaient une prééminence honorifiiiue sur les peuples soumis. Raban Maur, dans son travail De oblatione pueroram (Mabillon, Ann. O. S. B., t. II, p. 782), laisse percer les sentiments de supériorité dédaigneuse qu'il éprouve, lui, homme de race franque, à l'égard des Saxons. Et le moine de Saint-Gall, dans les Gesta Karoli

Magni, liv. I, cli. 10 {SS., t. II, p. 735), déclare que Gaulois, Aquitains , Alamans et

Bavarois se croyaient honorés d'être appelés les serfs des Francs. Citons encore un passage d'AoREVALu, Miracula s. Benedicti, ch. 27 {SS., t. XV, p. 491 )• Sur l'honneur attaché au nom de Franc, voir Gager.»<, Arnuljl imperatoris vita, p. 7O, n. i.

4 LE RÈGNE DE LOTHAIUE j" (8/,;5-8r)r.).

giens leur point il'appui, c'est ù elle ([ue revient l'houueur d'avoir reconstitué, en racjraiulissant, l'empire créé jadis par les Mérovingiens ' ; c'est chez elle, en outre, que se recrutaient en grande partie les comtes chargés d'administrer les pays conquis*. Pour ne rien dire des textes qui mentionnent l'envoi en Aijuitaine et Italie, par exemple, de comtes et d'abbés Irancs, sans spécifier la partie du pays franc d'où ils étaient originaires î, nous rappellerons que le beau-père de Lothaire !•', Hugues, comte de Tours, ajjpartenait peut-être à l'illustre famille alsacienne des Etichonides; ci\ tous cas, il devait être originaire de l'Alsace, pays que les Alamans avaient jadis occupé et colonisé, mais dont trois siècles d'une intime union avec l'Austrasie avaient fait une province franque*. Gérard de Roussillon, que l'on trouve en 887 pourvu du comté de Paris, s'il ne se rattachait pas à Hugues par d'étroits liens de parenté, était certaine-

1. DiGOT, Histoire du royaume d'Austrtisie, t. IV, p. 297, et Zeller, Histoire d'Allemagne, t. I, p. 377, t. II, pp. 52 et 60, montrent que les Austrasiens sont les vrais fondateurs de l'empire. Waitz, D. VG., t. III, p. 67, n. 1, reconnaît (jue la victoire de la maison arnulliennc doit être considérée comme celle des Austrasiens eux-mêmes. DuMMLER, t. I., p. 10, et t. III, p. 627, appelle les Francs le peuple dominateur.

2. Waitz, op. cit., t. III, pp. 1O7, 300, 386, admet le fait pour les Francs en général; il est mis en lumière, en ce ([ui concerne les Austrasiens, par Witte (Hei.nrich) dans ses Genealogische Untersuchungen zur Geschichte Lothringens (Jahrb. G. L. G., V«-' année, 2« livr., p. 3i), par R. Merlet, dans un travail sur l'Origine de Robert le Fort {Mélanges Julien Havet, p. 101, n. 1, et p. to8), par Ed. Favre, La Famille d'Eurard, luiirquis de Frioul, dans le royaume franc de l'ouest (Etudes d'histoire du Moyen Age dédiées à G. Monod, p. i55).

3. Pour l'Aquitaine, voir la Vita Hludovici, ch. 3 (SS., f. II, p. 608); pour l'Italie, Adre- VALD, Miracula S. Benedicti, ch. 18 (SS., t. XV, p. 486).

A. Voici ce que dit de Huijues Thégan dans la Vita Hludowici, ch. 38 {SS., t. II, p. 597) : « Sequenti anno liahuit placitum suum générale et ibi Hlutiiarius filius suus prinioijenitus ex regina suscepit in conjugium filiam Hugi comltis, qui erat de stirpe cuj'usdam ducis nomine Edith, etc. » Presque tous les auteurs modernes ont identifié Edith, l'ancêtre de Hugues, avec le duc d'Alsace Adalric, Athic ou Ethicon , qui vivait au vii^ siècle. Pfistkr a indirectement combattu cette opinion, en soutenant que Liulfrid et Ebcrhard, petits-fils d'Adalric, étaient les derniers descendants connus de ce personnage (Le Duché mérooingien d'Alsace, Annales de l'Est, t. IV, pp. 4r)A-464). H est très vrai que les diplômes et les chartes de la seconde moitié du vin» siècle ne mentionnent pas de fils ni de petit-fils de Liutf'rid et d'Eberhard, mais ce silence des sources ne prouve nullement qu'il n'en ait pas existé. Pkister a négligé le passage de Thégan que nous avons cité plus haut ; le témoignage du biographe de Louis le J'ieux a pourtant (juelque valeur, car il émane d'un contemporain de Hugues et d'un homme qui n'avait aucun intérêt à flatter ce personnage en lui l'abricpiant une généalogie imaginaire. On pourrait se demander, il est vrai, si le membre de phrase « qui erat de stirpe cujusdam ducis nomine Edith » n'est pas une interpolation ajoutée au texte de Tiiegan. Ajoutons qu'il n'y a aucun parti à tirer d'une jihrase, un peu obscure d'ailleurs, du diplôme de Lothaire !«' pour Saint-Etienne île Strasbourg, puisque cet acte, au moins sous sa forme actuelle, est un faux (voir ce (jue nous en disons plus bas, p. 28, note). — On ne trouve aucun lieu qui rattache directement Hugues lui-même à l'Alsace, mais nous voyons sa fille Ermengarde recevoir de son époux Lothaire I^r une partie de sa dot en Alsace, en particulier le domaine sur le(iucl elle construisit l'abbaye d'Erstein (U. M. 1 loA, cf. 13. M. 709). Liutrid, ûls de Hugues, est abbé laie de IMoi-tiers-Granval, abbaye située dans un territoire qui se rattachait à l'Alsace (B. M. iio3), de uuMiie Hugues fils de Liutf'rid (H. M. 1275); de i)lus, nous savons par Hi.ncmau (Ann. liert. Slig, |>. 108) que ce Hugues était un des principaux seigneurs de l'Alsace. De tout cela on peut conclure ipie le comte de Tours lui-même lirait son origine de celte province.

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