‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 226 sur 764 · NICOLAS DÉPOSE GUNTHER. ET THEUTGAUD · texte numérisé non relu

NICOLAS DÉPOSE GUNTHER. ET THEUTGAUD

Et ce n'est pas seulement de l'incompétence du tribunal chargé de les juger que les deux archevêques avaient le droit de se plaindre ; il semble bien que les règles habituelles de la procédure aient été violées à leur détriment. Nous ne savons pas exactement de quelle façon procéda le concile à l'examen de l'affaire, mais, d'après le factum de Gunther et de Theutgaud, ils n'auraient pas été cités à comparaître pour s'expliquer sur leur conduite ; ils n'auraient été introduits dans le concile que pour entendre leur condamnation, sans avoir eu la possibilité de présenter leur défense'. Ainsi, ce droit, le plus sacré de tous, le plus précieux pour un accusé, leur aurait été refusé par le pape. On le voit, une double irrégularité entachait la sentence du concile de Latran.

Tout était donc préparé à l'avance, quand Gunther et Theutgard furent appelés devant l'assemblée qui se tenait dans le palais de Latran, au lieu dit « sub apostolis ^ ». Des laïcs étaient mélangés aux clercs dans la salle des séances. Nicolas présidait, assisté d'Anastase, connu généralement sous le nom d'Anastase le Bibliothécaire. Nicolas lut d'abord les actes du concile de Metz, puis la sentence qu'il avait rendue, d'accord avec le concile, contre les deux archevêques 3. En voici l'analyse.

Les actes du concile de Metz, comparé au brigandage d'Éphèse, étaient cassés ■♦. Gunther et Theutgaud, qui reconnaissaient par écrit avoir jugé l'affaire de Lothaire et de ses deux femmes et n'avoir pas tenu compte de la sentence d'excommunication portée contre Engeltrude, avaient de ce double chef violé les lois apostoliques et canoniques, ainsi que celles de l'équité : en conséquence, ils étaient déposés, et tout ministère sacei'dotal leur était interdit. S'ils se permettaient d'enfreindre cette dernière défense, ils devaient perdre l'espoir d'être restaurés sur leurs sièges, et ceux qui entretiendraient des rapports avec eux seraient exclus de l'Eglise î.

1. GuNTHARii et Theutgaudi Libellas, ch. 3, Ann. Bert. 864, P- 69, Ann. Fiild. 863, p. 61. Nicolas, dans la lettre aux évêques allemands du 3i octobre 867 (J. E. 2886, MiGNE, t. CXIX, col. 1167), dit qu'il a critiqué les actes du concile de Metz en présence de Gunther et de Theutgaud, ce qui est en contradiction formelle avec l'assertion de ces derniers. Toutefois, ces observations auraient été faites lorsque les deux archevêques présentèrent les actes du concile de Metz au pape, qui en ordonna immédiatement la lecture. Nicolas ne dit pas, d'ailleurs, que les prélats incriminés eussent été appelés à fournir des explications.

2. Vita Nicolai ÇLib. pont., t. II, p. 160 ; cf. p. 170, n. 48). Les Ann. Bert. 863, p. 63, disent que la sentence, d'abord lue dans le concile, le fut ensuite dans l'église Saint- Pierre.

3. J. E. 2748-2751 (Ann. Bert. 863, p. 63); Guntharii et Theutgaudi Libellas, ch. 3 (Ann. Bert. 864, p. 6f), Ann. Fald. 863, p. 61); Réginon, Chronicon 865, p. 83; Translatio S. Glodesindis, ch. 28 (SS., t. XXIV, p. 507, note). Cette dernière source fait assister au concile des évêques de presque toute l'Italie, et beaucoup de la Gaule.

Page 1