‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 229 sur 764 · APPRÉCIATION DE LA SENTENCE PONTIFICALE · texte numérisé non relu

APPRÉCIATION DE LA SENTENCE PONTIFICALE

nous l'avons fait remarquer, on pouvait attaquer la validité du jugement que Nicolas avait prononcé ou dicté au concile contre Gunther et Theutgaud. Il était à prévoir que les deux prélats n'accepteraient pas une condamnation illégale, qu'ils chercheraient à intéresser leurs collègues lorrains, allemands, français et italiens à leur cause, qui était celle de tous les métropolitains, menacés dans leurs droits par l'audacieuse tentative du Souverain Pontife. Les rois ne pouvaient pas non plus laisser sans protestation le pape empiéter ainsi sur les prérogatives de leur haut clergé et sur les droits de la couronne, car Lothaire était atteint par la sentence rendue contre deux membres de son clergé, qui n'avaient fait qu'exécuter ses ordres ; les condamner, c'était le condamner lui-même. En outre, il n'avait même pas été consulté par le pape sur la déposition, il n'avait pas été appelé a la ratifier ; elle avait été rendue en dehors de lui. Aujourd'hui, c'était à Lothaire et à ses évêques que s'attaquait Nicolas : demain ce serait le tour de Louis le Germanique ou de Charles le Chauve, et de tel ou tel de leurs évêques. Il semblait donc, à première vue, que tous, souverains et prélats, sans prendre la défense de Gunther et deTheutgaud, devaient protester tant contre la procédure irrégulière que le pape avait employée à l'égard des conseillers de Lothaire, que contre l'abus de pouvoir dont ceux-ci avaient été les victimes. Ne pas le faire, c'était créer un précédent que le pape actuel et ses successeurs ne manqueraient pas d'invoquer pour justifier leur intervention dans des affaires auparavant soustraites à leur juridiction. Le nouvel état de choses serait préjudiciable aux rois et aux métropolitains, voilà ce qu'ils devaient penser.

Nous ne savons pas si les uns et les autres s'en rendirent compte, mais ils n'élevèrent pas la voix en faveur de Gunther et de Theutgaud. L'énergie et la décision du pape en imposèrent ; on jugea que si la condamnation des deux métropolitains avait été irrégulière dans la forme, elle était au fond méritée par les fautes dont ils s'étaient rendus coupables. Enfin, ils avaient des ennemis que leur chute comblait de joie ; et au nombre de ces adversaires se trouvait justement un homme qui, s'il avait été leur ami, n'aurait pas manqué de prendre avec chaleur leur parti et de s'élever contre la tyrannie pontificale : nous voulons parler d'Hincmar de Reims'. Gunther et Theutgaud allaient tenter, avec l'appui de l'empereur, de lutter contre Nicolas, mais cet appui leur fit bientôt défaut ; Lothaire, d'autre part, ne les soutint pas, bien qu'ils se fussent compromis à son service, et cela ne peut surprendre, étant donné le caractère du jeune roi. Il devait faire plus de difficultés pour se séparer de Waldrade, qui lui tenait plus au cœur que les archevêques déposés, mais là encore Nicolas eut raison de sa résistance. Le triomphe du pape sur le roi et son clergé fut donc aussi complet qu'il pouvait le

I. NooRDEN, Hinkinnr, p. 190, n. i, s'étonne que rarchevcqiic de Reims mendonne sans commentaire la sentence illégale qu'avait portée le pape contre ses deux collègues.

'^^^ LE RÈGNE DE LOTHAIRE II (Sfi^-Sfiy).

désirer. Toutefois, avant il'cn arriver lii, il devait traverser une période critique, au cours de laquelle son autorité, sa situation et jusqu'à sa vie même se trouvèrent en péril. Sa fermeté, qui ne se démentit pas en ces conjonctures difficiles, et d'heureuses circonstances le sauvèrent du danrjer suspendu sur sa' tête, et il sortit de la crise plus fort et plus puissant qu'il ne l'avait jamais été.

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