BERGE
Gunther et Theutgaud s'attendaient-ils à voir le pape approuver les décisions du concile de Metz ? C'est douteux, mais certainement ils ne supposaient pas qu'il aurait l'audace de les déposer : la sentence qui les frappait fut pour eux un coup de foudre '. Toutefois, le premier moment de stupeur passé, ils se ressaisirent et résolurent de tenir tête à Nicolas. Il semble qu'ils aient voulu, non pas seulement faire casser la sentence du concile de Latran, mais déposer le pape lui-même. Ce qui tendrait à le prouver, c'est que, non contents d'invoquer l'appui de l'empereur, ils recherchèrent le concours de tous les ennemis que comptait le pape en Italie et en Orient. Le mémoire de protestation qu'ils rédigèrent, et dont nous parlerons plus loin, fut adressé à Photius, usurpateur du siège de Constantinople^. En Italie même, Gunther et Theutgaud firent alliance avec Jean, archevêque de Ravenne, qui avait eu un conflit avec le pape, et que la menace d'une excommunication avait seule décidé à faire sa soumission lors d'un concile tenu à Rome vers la fin de 862 5 ; mais l'esprit de révolte l'animait toujours, et il ne fallait qu'une occasion favorable pour lui donner carrière. Jean et son frère Grégoire s'unirent k Gunther et à son collègue 4. Ceux-ci trouvèrent deux autres alliés dans la personne de Radoald, qui, nous l'avons vu, avait pris la fuite pour ne pas avoir à comparaître devant le concile de Latran 5, et de Haganon, cet évêque de Rergame qui avait assisté au concile de Metz. Haganon n'avait pas été condamné par le pape, mais il savait que Nicolas était au courant de sa conduite, et il pouvait craindre un sort pareil k celui des deux métropolitains. La cause de ces derniers étant en quelque sorte la sienne, il l'épousa^.
Toutefois, cette coalition n'était pas assez forte pour venir k bout du pape ; il fallait en outre l'appui de l'empereur. Louis II, en tant que suze-
1. Gela ressort de leur libelle, particulièrement des chapitres 2 et 3 (Ann. Ber-t. 864, p. 69, Afin. Fald. 863, pp. 60-61).