LOUIS II PREND PARTI POUR GUNTHER ET THEUTGAUD (8GA
D'après une source, postérieure il est vrai, quelques-uns des grands de Louis seraient venus trouver le pape pour le prier de défendre aux moines et aux religieuses de chanter, pendant les processions, des chants injurieux pour l'empereur et son frère, comme ils se permettaient de le faire. Ils y voyaient une provocation inutile, qui ne pouvait qu'irriter davantage Louis et d'où un terrible conflit pouvait sortir. Le pape aurait repoussé leur demande'. Mal lui en prit. Un jour que cette procession, à laquelle s'étaient joints des laïcs, arrivait à la basilique Saint-Pierre en chantant des couplets hostiles à l'empereur, elle croisa une troupe de soldats qui revenait de l'église Saint-Paul. Irrités des insultes adressées à leur maître, les soldats se jetèrent sur la procession, la bousculèrent, frappant laïcs et clercs, renversant et brisant les croix que portaient ceux-ci -.
L'empereur n'avait certainement pas ordonné cette attaque. Mais peutêtre au fond ne fut-il pas fâché tout d'abord qu'elle se fût produite. Le pape en serait effrayé et deviendrait plus traltable. Louis était résolu d'ailleurs à s'emparer de sa personne ' . Une fois tombé entre les mains de ses ennemis, Nicolas pouvait s'attendre, non plus à se voir imposer le retrait de la sentence portée contre Gunther et Theutgaud, mais à subir le sort auquel il les avait condamnés.
Il est probable qu'à ce moment telle était la pensée, sinon de l'empereur, au moins des métropolitains et de leurs amis. Pendant leur trajet du Bénéventin à Rome en compagnie de l'empereur, ils avaient rédigé un mémoire d'une extrême violence, qui est bien certainement l'œuvre de Gunther. Au sentiment de haine qu'il a pour le pape, qui a osé le condamner, se joint la confiance orgueilleuse que lui inspire la bonne volonté de l'empereur a son égard : Gunther se tient pour assuré de la victoire et il triomphe avec insolence. Voici un résumé de ce factum^.
Après avoir rappelé l'objet de leur mission, leur venue à Rome 5, leur attente de la décision pontificale ^, enfin, la condamnation prononcée contre eux, sans qu'ils eussent été entendus?, les deux archevêques déclarent qu'ils refusent de se soumettre à la sentence du pape, en tant qu'injuste et non canonique, et qu'ils cessent tout rapport avec lui qui entretient des relations avec des excommuniés; il leur suffit d'être encom-