LOUIS II ABANDONNE LES DEUX ARCHEVEQUES
Au moment où ils écrivaient ces lettres, les deux métropolitains pensaient avoir cause gagnée. II est surprenant, toutefois, qu'ils ne fassent aucune mention de l'empereur, de l'appui qu'ils en ont reçu et grâce auquel ils espèrent triompher. Il n'est question, ni dans le mémoire, ni dans la lettre, de déposer Nicolas. Le pape ne dit nulle part foririellement que telle ait été l'intention des deux métropolitains, mais l'on peut supposer pourtant que ceux-ci y ont pensé, que la question a été agitée dans les conciliabules qu'ils tenaient avec leurs complices à Rome ainsi que dans les principales localités du diocèse, et que les intrigues nouées contre le . pape avec ses suffragants avaient ce but '.
La situation de Nicolas était donc des plus critiques au moment où se produisit la bagarre que nous avons racontée plus haut. Quand le pape eut connaissance de la collision entre les soldats et les gens de la procession, et du dessein où était l'empereur de le faire arrêter, il quitta le palais de Latran, s'embarqua secrètement sur un bateau du Tibre qui le conduisit à la basilique Saint-Pierre. Il y passa deux jours et deux nuits sans manger-. Au moment où il paraissait perdu, où ses ennemis triomphants se croyaient sûrs de sa défaite, un événement d'importance minime vint, en modifiant les dispositions de l'empereur, produire un revirement complet.
Parmi les croix qui avaient été brisées lors de l'échauffourée, il s'en trouvait une donnée jadis par sainte Hélène. L'homme qui était l'auteur du méfait mourut subitement, et l'empei^eur lui-même tomba malade de la fièvre 5 : les esprits superstitieux virent là des effets de la vengeance divine. Louis en eut l'esj^rit frappé, il eut des remords de sa conduite à l'égard du pape et il se décida à entrer en pourparlers avec lui. Engelberge avait accompagné son mari à Rome ; elle alla elle-même trouver Nicolas, dont l'asile avait fini par être découvert, et le détermina à se rendre sous caution auprès de l'empereur. Nous ne savons pas ce qui se passa dans cette entrevue, mais le résultat nous en est connu : c'était la capitulation de l'empereur, qui abandonnait ses deux protégés et levait son opposition à la sentence qui les avait frappés. Nicolas avait donc cause gagnée : sa fermeté et son énergie avaient eu raison de tous les obstacles. Il pouvait maintenant rentrer à Rome la tête haute et reprendre possession du palais de Latran : ses ennemis, privés de l'appui qui faisait leur seule force, étaient réduits à l'impuissance 4.
L'annonce de l'entrevue qui devait réunir le pape et l'empereur avait