LE BRUIT COURT QUE LE PAPE EXCOMMUNIERA LOTHAIRE
de ce monastère et comme comte ou duc de la région d'entre les Alpes et le Jura' ; nous aurons plus d'une fois l'occasion de reparler de lui.
La nouvelle que Theutberge était de nouveau réfugiée en France avait déjà, probablement, gâté la satisfaction que Lothaire avait éprouvée en apprenant la mort de son plus mortel ennemi. Les bruits qui lui arrivaient d'Italie étaient de nature à augmenter encore son mécontentement et ses inquiétudes. Le concile de Rome avait échoué, par suite de l'absence des évêques de la Gaule et de la Germanie. Lothaire, qui s'était probablement entendu à Orbe avec son frère sur l'attitude à prendre en cette occurrence, n'avait pas envoyé ses évêques k Rome; peut-être Louis II avait-il interdit aux siens de se rendre à l'appel de Nicolas, au moins à ceux qui ne relevaient pas du pape en tant que métropolitain. Louis le Germanique et le roi de France lui-même s'étaient également abstenus. Le pape allait bientôt reprendre, sans plus de succès d'ailleurs, son projet de concile général.
Il était toujours aussi résolu à vaincre la résistance de Lothaire, dût-il pour cela employer contre lui l'excommunication. Nous sommes presque certain que vers la fin de 864, le Souverain Pontife, avant de convoquer un concile pour le mois de mai, a manifesté l'intention où il était d'en venir aux moyens extrêmes contre Lothaire, si ce prince ne se résignait pas à quitter Waldrade. Ces propos furent répétés, et arrivèrent grossis et précisés jusqu'en Lorraine, où ils causèrent une vive émotion. Il était venu aux oreilles d'Advence de deux côtés différents, d'Allemagne, aussi bien que de France, que Nicolas était décidé à lancer l'anathème contre le roi, si pour la veille de la Purification, c'est-à-dire pour le i"^ février 865, Waldrade n'était pas renvoyée^. Il ne semble pas que réellement le pape voulût procéder avec autant de hâte?, mais le bruit ne laissa pas que d'inquiéter l'évêque de Metz, qui le prit au sérieux. Il en écrivit aussitôt à Hatton, évêque de Verdun, très influent sur l'esprit de Lothaire, pour le prier d'aller trouver sans délai ce prince et de lui représenter le danger auquel il s'exposait. Voici ce que proposait Advence pour conjurer le péril. Deux jours avant la Purification, Lothaire ferait à Florange, ou dans toute autre ville, en présence de trois évêques, la confession de ses fautes, en demanderait pardon et promettrait de n'y plus retomber. Puis, après avoir reçu l'absolution devant ces mêmes évêques, le roi prendrait au sujet de sa femme légitime un engagement qu'il renouvellerait en
1. Nous ne pouvons en fournir une preuve irrécusable, pour le duché de la région comprise entre les Alpes et le Jura, mais la chose est infiniment vraisemblable, puisque c'est dans cette contrée qu'en 888 Rodolphe se fit reconnaître roi (Réginon, Chvonicon 888, p. i3o).
2. Adventii Ep" ad Hatlonem, Baronius, t. XV, p. laS, col. 2.
3. D'après Hauck, KG. D., t. II, pp. 5i3-5i4, si Nicolas n'excommunie pas Lothaire, ce n'est nullement par respect pour la majesté royale ; mais il craint de provoquer, en lançant l'anathème contre ce prince, une guerre qui aura pour but la conquête de ses États, et il n'a aucun motif de désirer (juc le royaume de Lothaire tombe entre les mains de son frère ou d'un de ses oncles. Rocquain, La Papauté au Moyen Age, t. I, pp. 71-72, estime que Nicolas rejette en principe le recours au bras séculier et réprouve l'emploi de la force.
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public avec le concours de ses fidèles. De cette façon, Lothaire réconcilié avec Dieu, pourrait venir, sans crainte, célébrer à Saint-Arnoul la fête de la Purification. Sinon, déclare Advence, c'en est fait de lui et de nous '.
Si une lettre sans date d'Advence à Theutgaud pouvait se placer en janvier 805, Hatton aurait réussi dans la mission (ju'Advence le pressait de remplir. Il y est dit, en effet, (jue Lothaire avait consenti à suivre les avis des évêques, et que ceux-ci avaient été convoqués à Metz pour la Purification de la Vierge. En conséquence de cette réunion prochaine, révè([ue de Metz exhortait son ancien métropolitain à se montrer circonspect dans les conseils qu'il donnerait au roi et à ne pas lui faire concevoir de trompeuses espérances *. Mais une difficulté se présente : Tlieutyaud, qui s'était rendu à Rome avec Gunther pour le concile du 1^'' novembre 8G4, était-il resté en Italie ou retourné en Lorraine? Nous
1. Voir cette leltre dans Baronius, l. XV, p. 128, coll. i et 2. Ce document ne portant aucune date, on lui en a cherche une. La plupart des auteurs adoptent 8G7, Baro- Mus, t. XV, p. 123, Fleurv, Histoire ecclésiastique, t. XI, p. 108, Noorden, Hinkinav, p. 222, Gloukt, Histoire de Verdun, p. 2C4, note, Hefele, op. laud., t. IV, p. 3o3, DiJMMLER, t. II, p. ir)5, qui ajoute cependant, n. 3, que la lettre ])ourrait tout aussi bien se placer en 865 ou 806. C'est Eiç]il, archevêque de Sens, envoyé à Rome en 866, qui aurait rapporté de cette ville le bruit de l'excommunication de Lothaire. — Mais Eiqil ne revint en France qu'en mai ; c'est le ao de ce mois qu'il remit à Charles le Chauve les réponses du pape, et la lettre d'Advence se place ou dans le dernier mois d'une année ou dans le premier de la suivante, puisqu'elle a été écrite assez peu de temps avant Je i*' février. Le retour d'Eigil est trop éloigné de celte dernière date pour qu'on puisse établir un rapprochement quelconque entre lui et la lettre de l'évèfiue de Metz. Mculbacher, Reg. Kar., p. 5o3 (cf. D. G. A'., p. 533), se prononce pour le début de 868; si, dit-il, Advence redoute la date du i*' février, c'est que ce jour-là devait se réunir à Auxerre un concile destiné à traiter l'affaire de Lothaire. Mûiilbacher oublie qu'à ce moment Nicolas était mort, et que l'on n'avait pas à craindre du nouveau pape des mesures de rigueur. Le concile d'Auxerre n'était pas de nature à remplir d'anxiété le roi et ses évêques. En 864, au contraire, on pouvait redouter que le pape ne fulminât contre Lothaire l'excommunication dont il avait déjà parlé dans différentes lettres (J. E. 2728, 2725), et dont il allait formellement menacer le jeune roi (J. E. 2778, Floss, Papstwahl anter den Ottonen, Urkunden, p. 3o).
2. Voir cette lettre dans Hontheim, Histovia trevirensis diplomatica, t. 1, p. 199. Fleury, Histoire ecclésiastique, t. XI, p. 67, Bi.nterim, Pragmatische Geschichte der deutschen Concilien, t. III, p. 109, Hefele, Gonciliengeschichle, t. IV, p. 266, DCmmler, t. II, p. 64, n. 2, croient cette lettre de la fin de 8(J2 ou du début de 863, et le concile dont il y est parlé serait celui (pii devait se réunir à Metz sur l'ordre du pape. Il ne nous semble pas (pié cette lettre puisse se rapporter à 862-863. Le plan de Lothaire et de ses conseillers était alors arrêté et ils savaient ce qu'ils voulaient faire. D'ailleurs, le concile dont il s'agit dans la lettre d'.\dvence doit être une assemblée li'évèques lorrains, à la(]uelle Lothaire a l'intention de demander conseil. Cela se comprenil pour la période critiipie qui précède l'arrivée d'Arsène en Gaule. — Peut-être conviendrait-il de j)lacer à celte éqoque une lettre de Nicolas à Charles le Chauve relative à Helletrude, sœur de Lothaire II et veuve du comte IJérenger. Son frère l'a\ ait dépouillée de ses alleux et des bénéfices (jue lui avait concédés l'empereur Lothaire son père, pour les donner en bénéfices à des Normands païens. Le pa[)e a rompu tout commerce (c'est le sens de « exconununicatum habet ») avec Lothaire; il invite en consécpience Charles le Chauve à prendre auprès de son neveu la défense des intérêts d'HelleIrude. Il a adressé la même prière à Louis le tiermani(pie (.1. E. 2827, MioNK, t. C.XIX, coll. iik')-mi6). Hefele, op. laud., t. IV, p. 3o8, place cette lettre après le 25 janvier 867, date A laquelle le j>ape a encore écrit à Lothaire, Jafké-Ewali) en H(M) (Meg. pont, roni., t. I, p. 36i) et Du.m.mler, t. H, p. 171, n. 3 et p. 172, en 865 ou 866, dans l'intervalle qui sépare la légation d'Arsène de la lettre du 25 janvier 867.