CHARLES LE CHAUVE SE RAPPROCHE DE SON FRERE
avons la certitude que l'ex-archevêque de Cologne n'avait pas quitté les États de Louis II, puisqu'il assista au concile de Pavie, mais il y vint seul, Theutgaud ne l'accompagnait pas '. Il serait donc possible que laissant son collègue, plus actif, plus remuant, travailler à leur restauration, Theutgaud eût repris le chemin de la Frauda, et que la lettre d'Advence à son ancien métropolitain fût bien de janvier 865.
Quoi qu'il en soit, aucune décision ne fut prise par le roi ni par ses évêques. On avait fini par apprendre que Nicolas n'excommunierait pas tout de suite Lothaire ; il avait convoqué, en effet, un nouveau concile pour le mois de mai, et jusque-là, bien certainement, il n'exécuterait pas ses menaces. On pouvait donc attendre ; aussi Lothaire conserva-t-il Waldrade. Pourtant, il formait le projet d'aller à Rome lui-même, tout au moins il annonçait la chose à ses oncles, comme nous l'apprennent les lettres que ceux-ci adressèrent de Tusey à leur neveu et au Souverain Pontife^. Il y avait longtemps déjà que Lothaire parlait de ce voyage ; avait-il vraiment l'intention de l'exécuter, ou n'était-ce qu'une ruse destinée à lui permettre, en trompant le pape, de gagner du temps?
Si de ce côté donc le danger était conjuré ou plutôt éloigné, si même le jeune roi pouvait se bercer de l'illusion que les efforts de son frère finiraient par triompher de l'opposition du Souverain Pontife, il voyait grossir à un autre point de l'horizon un orage plus menaçant encore que celui qui se formait à Rome. Depuis 860, Charles le Chauve était devenu l'adversaire de son neveu, dont il convoitait les Etats. Theutberge et son frère avaient trouvé en lui un protecteur dévoué, qui, non content de les accueillir, avait appuyé leurs réclamations en cour de Rome. A l'entrevue de Savonnières, le roi de France avait manifesté de la façon la plus éclatante le mécontentement que lui causait la conduite de son neveu. Et il ne lui reprochait pas seulement l'asile donné à Baudoin et à Judith ; se transformant en défenseur de la morale et de la justice, il le blâmait de n'avoir pas rendu Engeltrude à son mari, d'avoir répudié sa femme et d'avoir, contrairement aux avis du pape, épousé Waldrade. Lothaire, mal soutenu par son allié, Louis le Germanique, avait dû faire amende honorable et accepter en principe de comparaître devant une assemblée générale de l'empire franc pour y rendre compte de sa conduite 3. Toutefois, le triomphe de Charles le Chauve fut plus apparent que réel : l'assemblée qui devait juger Lothaire ne se réunit pas, et le roi de France n'en réclama pas la convocation. Il ne se désintéressait pas pour cela des affaires de son neveu. C'est par ses évêques que Nicolas apprit le mariage de Lothaire et de Waldrade, et vraisemblablement les renseignements que reçut le pape sur le concile de Metz venaient de France 4.
Toutefois, l'acte d'autorité de Nicolas à l'égard de Gunther et de
1. Les actes du concile de Pavie ne mentionnent pas la présence de Theutgaud.