Voir ci-ilessus, p
2. Le préjudice; (jnc porlcrenl il l'empire franc les partaijcs successifs ([ue lui lit subir Louis le l^ieux est iuilicpié par LKuuiuiou, op. cit., pp. r*-]! et ^72, Himi.y, J)e Itt Décadence cnrlooingienne (IL A". ^'., I. XII, p. 208), Wahnkœnig et Okhaho, op. cit., t. Il, p. KjS, Zelleu, up. cit., t. II, jip. 7(j et 88, Fustel. de Coulangks, op. cit., pp. 0u8 el suiv.
LA SITUATION A LA MORT DE LOUIS LE PIEUX (84<). l5
suivante : l'année précédente, à Worms, l'empereur s'était réconcilié avec son fils aîné, lui avait fait promettre de défendre, après sa mort, les droits du jeune Charles, et avait procédé à un dernier partage de ses Etats, qui attribuait à Lothaire la moitié orientale de l'empire, moins la Bavière, et à Charles la moitié occidentale '. Ce partage avait fait trois mécontents : Louis le Germanique, réduit à la Bavière, alors que, pendant quelques années, il avait eu dans son lot toute la rive droite du Rhin ; Pépin II, complètement dépouillé de l'héritage de son père au profit de Charles^; Lothaire, enfin, pour qui l'acte de 817 était le seul qui comptât. Depuis 834, il est vrai, Lothaire ne possédait plus que l'Italie ; mais, quelque amélioration que le partage de Worms apportât à son sort, il n'oubliait pas qu'il avait été jadis appelé à gouverner les trois quarts de l'empire, on pourrait presque dire l'empire entier, puisque les rois ses frères n'étaient que ses vassaux ; et s'il se résignait en apparence aux nouvelles dispositions de son père, c'était parce que la situation qu'elles lui créaient lui procurait les moyens de regagner un jour celle qu'il avait perdue.
Dès qu'il apprit la mort de Louis le Pieux, Lothaire quitta l'Italie pour aller au delà des Alpes faire reconnaître son autorité. Quelles étaient alors exactement ses intentions ? Voulait-il dépouiller complètement ses frères 3 ou s'en tenir aux stipulations de 817? Nous ne le savons pas; peut-être bien n'était-il pas lui-même fixé à cet égard, se réservant de prendre un parti suivant les circonstances, suivant la tournure que prendraient ses affaires. Mais, dans un cas comme dans l'autre, et même en supposant qu'il se fût arrêté à la plus modérée des deux solutions, il se heurtait à la résistance de Louis et de Charles, qui revendiquaient, le premier la Germanie, le second les provinces que lui assignait le partage de Worms 4. Pour compliquer l'imbroglio, Pépin II, qui n'entendait pas se laisser déshériter, réclamait l'Aquitaine les armes à la main.
Il n'y avait pas moyen de concilier ces prétentions opposées, et il fut bientôt évident que l'on ne pourrait trouver de solution pacifique au problème difficile qui se posait. Le danger commun rapprocha Louis et Charles, qui unirent leurs forces contre Lothaire ; celui-ci fit, de son côté, alliance avec son neveu, le jeune Pépin, qui disputait l'Aquitaine à
1. Ann. Bert. 889, pp. 20 et 21; Nitharu, liv. I, ch. 7 (pp. 10 et it).
2. Pépin I*"" était mort le i3 décembre 838 {Ann. Bert. 838, p. 16), laissant deux fils encore jeunes, Pépin et Charles. D'après l'article 17 de l'Ordinafio imperii de 817, le royaume de leur père ne devait pas être partagé entre eux, mais revenir à celui (pie désignerait le peuple. En ne donnant l'Aquitaine ni à Pépin ni à Charles, Louis le Pieux commettait une nouvelle violation de l'acte de 817.
3. C'est ce que semble dire Nithard, liv. II, ch. i (p. i3), mais quelle foi peut-on ajouter à ses assertions ?
4- Chose curieuse, un écrivain appartenant au royaume de Charles, Ermentaire, abbé de Noirmoutier, qui écrivit vers 803 une Transla/io S. Filiberli, liv. Il, prœf. {R. H. Fr., t. VII, p. 343), semble rejeter sur Louis et Charles la responsabilité de la guerre civile : « Deinde insurgunt fratres juniores, Ludovicus et CaroluS; in Lotharium seiiiorem fratrem. s
l6 LE RKGNK DE LOTIIAIRE l" («43-855).
Charles. Nous n'avons pas ii retracer les péripéties de celte guerre, (jui dura deux ans. Battu par ses IVt'res a la sanglante bataille de Fontenoyen-Puisaje (26 juin 8/ji '), Lothaire n'admit pas que le jugement de Dieu se fût j)rononcé contio lui, et pendant une année entière il continua la lutte. Elle ne lui fut encore pas favorable ; découragé, il se décida à traiter. Ses ouvertures furent accueillies par Louis et Charles, quoiqu'ils eussent un peu auparavant partagé entre eux tout l'empire franc, moins l'Italie ^ La vérité est qu'ils étaient, eux aussi, las de la guerre, et que, malgré leurs succès, ils se sentaient hors d'état d'écraser Lothaire 3. Les négociations, commencées en juin 842, se prolongèrent pendant près de quatorze mois ; il en sortit un traité de partage, qui fut signé h Verdun dans le courant d'août 843 •♦.
Il n'était pas question de Pépin II, que Lothaire avait dû abandonner.
L'empire franc était divisé en trois parts k peu près égales ; celle de Lothaire avait cependant une superficie plus grande que celle des deux autres 5. Sans entrer ici dans des détails, nous y reviendrons plus loin, disons simplement que les États de Lothaire, placés entre ceux de ses frères, comprenaient l'Italie ; la Provence ; la partie de la Bourgogne limitée d'un côté par les Alpes et l'Aar, d'un autre par le Rhône et la Saône, avec en plus sur la rive droite du Rhône les diocèses d'Uzès et de Viviers ; l'Alsace ; la partie occidentale de la Media Francia jusqu'à la Meuse et l'Escaut à l'ouest, jusqu'au Rhin à l'est, moins les diocèses de Spire, de Worms et de Mayence, attribués k Louis ; la Frise et l'abbaye de Saint-Vaast d'Arras. Le reste de la Gaule était dévolu k Charles avec la marche d'Espagne, la Germanie à Louis ainsi que les pays slaves tributaires^. Quels principes ont guidé les auteurs du partage, quelle a
1. Voir les textes relatifs à cette bataille dans Mlhlb.vcher, Reg. Kar., pp. Syij-Aoa. L'abbé Lebeuf et, à sa suite, beaucoup d'bisloriens modernes avaient placé à Fontenailles (Yonne, Auxerre, Gourson) le lieu du combat; actuellement on identifie plutôt Fontanetuin avec Fontcnoy-en-Puisaye (Yonne, Auxerre, Saint-Sauveur). Voir, pour les noms des auteurs ipii se sont rangés à l'une ou à l'autre de ces opinions, MChlbaoher, ibid., et Dl'mmler, t. I, p. i54, n. 3.