‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 271 sur 764 · LOTHAIRE SE RESIGNE A REPRENDRE THEUTBERGE (8G · texte numérisé non relu

LOTHAIRE SE RESIGNE A REPRENDRE THEUTBERGE (8G

dont nous n'avons plus que des extraits, Nicolas reprochait encore une fois au jeune prince d'avoir acheté Radoald et Jean, et de les avoir amenés à enfreindre les instructions pontificales. Il lui recommandait son légat Arsène, et l'invitait peut-être à ne plus renouveler sur ce dernier la tentative de corruption qui avait réussi avec leS deux envoyés précédents du pape '.

La seconde renfermait de longues exhortations et des menaces. Si, avant le retour d'Arsène à Rome, Lothaire n'avait pas quitté sa concubine pour reprendre sa femme légitime, il serait excommunié. Nicolas lui rappelait que, s'il n'avait déjà pris ce parti, c'était par égard pour l'empereur ; autrement, ce serait chose faite. La résolution en était prise depuis longtemps, comme en témoignaient la lettre et les instructions qu'il avait rédigées pour les premiers légats^.

Les évêques de Lothaire recevaient, eux aussi, une réprimande du pontife, qui gourmande leur faiblesse et leur mollesse. Il les invite à s'acquitter de leur ministère vis-à-vis de leur maître, qu'il est prêt à excommunier, s'il ne se soumet pas. Le pape, ses instructions à Radoald et à Jean le prouvent, a déjà privé de sa communion Lothaire, ainsi que la concubine et les complices de ce prince 3.

Quand Lothaire eut communication des lettres pontificales, il est vraisemblable que son parti était déjà pris et qu'il ne songeait pas à prolonger plus longtemps sa résistance aux ordres de Nicolas, quelque douloureuse que lui fût sa séparation d'avec Waldrade. Tout, nous l'avons déjà dit, conseillait au jeune roi la soumission. Aussi, Arsène n'eut-il probablement pas beaucoup de peine à convaincre Lothaire qu'il devait se conformer aux ordres du pape. C'est à Gondreville sur la Moselle, soit à la fin de juin, soit au début de juillet, que Lothaire reçut le légat, qui lui remit les lettres pontificales adressées à lui-même ainsi qu'aux évêques de son royaume 4.

Arsène n'était pas allé directement trouver Lothaire. Il s'était rendu

1. J. E. 2777; nous connaissons ce fragment par une lettre écrite en 866 par Lothaire au Souverain Pontife (Baronius, t. XV, p. 88, col. i).

2. J. E. 2778, Floss, Papstwnhl iinter den Ottonen, Urkunden, pp. 3o-33.

3. J. E. 2776, INIiGXE, t. CXIX, coll. 9i5-gi6. Sur la date des lettres à Lothaire et à ses évêques, voir Anolecta Jutïs pontificii, t. X, col. 62, Jaffé-Ewad, Reg. pont, rom., t. I, p. 355, et DûMMLER, t. II, p. i3i, n. 2 et 3. On remarquera que les menaces d'excommunication, que, d'après J. E. 2777 et 2778, devaient contenir les instructions adressées à Radoald et à Jean, ne se trouvent pas dans le commonitorhun qui nous a été conservé, et que Jaffé a joint au n" 2726. C'est même pour ce motif que nous voyons dans ce document celui qui avait été remis aux légats avant leur départ de Rome.

4- Ann. Bert. 865, p. 76. On trouve Lothaire à Gondreville le l\ juillet ; il y confirma, à la prière de l'abbé Richard et en considération de la fidélité que lui témoignait Werner, seigneur de Richard, un diplôme rendu par son arrière-grand-père Charles en faveur de l'abbaye de Hornbach (du diocèse de Metz, aujourd'hui Palatinat bavarois, district de Deux-Ponts), et accordant à ce monastère la dîme que le fisc prélevait sur la récolte de la poix à Rimlingen (B. M. 1272, Acta Acaclemiœ Theodoro- palatinsp , t. VI, p. 256). — D'après Réginon, Chrrtniron 866, p. 84, Arsène aurait convoqué un concile, et là, prenant la parole, il aurait mi^ Lothaire en demeure de choisir entre le renvoi de Waldrade e l'excommunication.

278 LE RÈGNE DE LOTIIAIKE II («no-SOy).

tout iralioid auprès de Louis le (iermaniquc, qu'il rencontra en juin à Francfort. Louis le r(M;ut avec honneur et prit connaissance des lettres du pa[»e <jui le conceriuiient. Arsène dut racilenieut lui faire comprendre (pi'il (levait se réconcilier avec son neveu. 11 fut décidé entre eux que les rois se réuniraient un peu plus tard à Cologne, j)our traiter de cette question '.

D'Allemagne, le légat s'était rendu en Lorraine, comme nous l'avons dit. Une fois assuré que Lothaire était prêt à renvoyer Waldrade et k reprendre Theutberge, — et, pour plus de garanties, peut-être exigea-t-il l'internement de la première dans une abbaye, en attendant qu'elle partît avec lui pour Rome, — une fois donc l'entente complètement établie entre lui et le roi, Arsène prit le chemin de la France^. Il n'avait pas seulement à traiter avec Charles le Chauve diU'érenles questions qui intéressaient uniquement ce prince, il devait l'amener à des sentiments pacifîcpies vis-k-vis de son neveu, obtenir son adhésion au congrès de Cologne ; enfin, c'est dans les Etats de Charles, à l'abbaye d'Avenay, que résidait Theutberge depuis la mort de son frère. Arsène ne pouvait se contenter de la promesse qu'avait faite Lothaire de reprendre sa femme ; il avait probablement reçu la mission formelle de la lui ramener et de ne quitter le pays qu'après la réconciliation complète des deux époux.

Charles le Chauve et ses évêques se soumirent k la décision pontificale qui réintégrait Rothade dans sa dignité. Il dut en coûter particulièment k Hincinar de voir le prélat qu'il avait fait déposer reprendre possession de son évéché 3. Et si quelque chose put adoucir pour Lothaire l'amertume du sacrifice auquel il était contraint, ce fut la pensée de l'échec et de l'humiliation qui étaient infligés k son vieil adversaire par le Souverain Pontife. Le roi de France ne fît aucune difficulté d'accej)ter la réunion projetée pour le rétablissement de la paix-». Il savait sans doute déjk que Lothaire se soumettait, et la nouvelle officielle que lui apporta Arsène de l'événement ne le surprit pas. Le légat pria le roi de France de faire savoir k Theutberge qu'elle devait quitter l'abbaye d'Avenay pour venir le rejoindre et retourner ensuite avec lui auprès de son époux.

Si Charles le Chauve avait nourri l'espoir de mettre k profit la résis-

1. Ann. Bert. 805, p. 75; Ann. Ftild. 865 et Appendix, pp. 03-64; Ann. Xant. 866 (SS., t. II, p. 23i). h'Appendix est seul à dire que le projet de réunir les souverains francs à Golo(jne fut arrêté par Louis le Gernianiciue et Arsène. Louis fit à Francfort un lonfj séjour ; sa présence est mentionnée dans cette ville par des diplômes du aâ avril et du i(j juin (B. M. i4i6 et 1A17).

Page 1