‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 305 sur 764 · LOTIIAIRE EN ITALIE AUPRES DE SON FRERE (869). 3 I T · texte numérisé non relu

LOTIIAIRE EN ITALIE AUPRES DE SON FRERE (869). 3 I T

pas le temps de s'occuper des affaires de son frère, et la venue de Lothaire en un pareil moment lui parut on ne peut plus inopportune. Aussi lui envoya-t-il de Bénévent, dès qu'il eut appris sa présence en Italie, des ambassadeurs qui trouvèrent Lothaire a Ravenne. Ils lui signifièrent de la part de leur maître de ne pas aller plus loin et de rentrer dans ses Etats ; plus tard, à un moment mieux choisi et dans un endroit convenable, les deux rois se rencontreraient et s'entendraient sur ce qu'il y aurait lieu de faire pour réaliser les désirs de Lothaire'. Le roi ne tint aucun compte des observations, on pourrait presque dire des ordres de son frère. On comprend qu'il n'ait pu se résoudre, se croyant si près du but, à subir un nouveau retard. Il quitta donc Ravenne, et laissant à sa droite Rome ^, il poussa jusqu'à Bénévent. Ses prières et ses cadeaux lui gagnèrent la bienveillance de sa belle-sœur Engelberge, qui jouissait sur son mari d'une grande influence. Grâce à la puissante intervention de l'impératrice, Lothaire obtint de son frère ce qu'il désii*ait. Il fut convenu qu'Engelberge et Lothaire se rencontreraient à l'abbaye du Mont-Cassin avec le pape, que l'empereur ferait venir de Rome. A défaut de Louis, qui ne pouvait accompagner son frère, Engelberge serait la pour appuyer les demandes de ce dernier 3. Et si l'entrevue était fixée au Mont-Cassin, qui se trouve entre Rome et Bénévent, c'était justement pour que l'impératrice n'eût pas à faire le trajet qui sépare ces deux dernières villes l'une de l'autre. Lothaire obtint encore de son frère une autre faveur. L'évèché de Grenoble, qui appartenait à Louis, était alors vacant ; il fut donné par ce prince à un clerc nommé Bernier, sur la demande de Lothaire. Des lettres écrites à Adon, archevêque de Vienne, par Louis et par Lothaire, lui prescrivant de consacrer Bernier, nous mettent au courant de ce nouveau succès qu'avait obtenu le jeune roi +.

1. Ann. Bert. 86g, p. 99. D'après Gfrœrer, t. II, p. 12, si Louis invite son frère à retourner dans ses Etats, c'est qu'il ne veut pas que Lothaire épouse Waldrade et lèqitime ainsi les enfants qu'elle lui a donnés, car dans ce cas ils hériteraient de leur père, au détriment de l'empereur. Nous avons démontré plus haut combien il était invraisemblable d'attribuer à Louis des calculs de ce genre.

2. Le texte actuel des Ann. Bert. est inintelligible. Dans la phrase « Hlotarius Romam rediens, a latere ad suum fratrem in Beneventum pervenit », qui n'a aucun sens, il faut remplacer « rediens » par « relinquens », et placer la virgule après « latere ». Cf. Muhlba- CHER, Reg. Kar., p. 5o5.

3. Ann. Bert. 869, p. 99, Ann. Fuld. 808, p. 67 ; André de Bergame, Chronicon, ch. 7 {SS. RR. LL., p. 226), place à Venouse, la rencontre des deux frères. La présence de l'empereur dans cette ville est signalée par un diplôme du 25 mai 86g (B. M. 1207).

4. B. M. 1208 et 1289, R. H. Fr., t. VII, pp. 572 et 571. Adon reçut la première lettre, celle de l'empereur, le i4 juillet, et le ler août seulement celle de Lothaire; nous le savons par des notes mises au bas de chacune d'elles lors de leur arrivée à Vienne. Le 27 août, une troisième lettre parvenait à l'archevêque; elle était de Charles le Chauve, qui prescrivait au prélat de consacrer comme évêque de Grenoble un clerc jadis attaché à Rémi, archevêque de Lyon, puis à son cher neveu Lothaire (R. H. Fr., t. VII, p. 56o). Il ne nomme pas le clerc auquel il a concédé l'évèché vacant, mais il est vraisemblable que c'est Bernier. En tout cas, ce dernier monta sur le siège de Grenoble. De quel droit Charles le Chauve disposait-il d'un évèché qui appartenait à Louis II? Comment, d'autre part, Lothaire n'étant mort que le 8 août, le roi de France avait-il pu connaître l'événement assez tôt pour qu'une lettre écrite à Adon arrivât au destinataire le 27 du même mois?

3l8 LE RÈGNE DE LOTHAIUE II (SDG-SOy).

Mais ce n'était rien, on c'était fort peu de chose, en comparaison de ce qu'attemlait Lothaire du Souverain Pontife. Nous ne savons ce que Nicolas aurait répondu à l'invitation de l'empereur d'aller au Mont-Cassin ; peut-être celui-ci ne la lui aurait-il même pas adressée. Adrien se conl'orma aux ordres de Louis et se rendit à l'entrevue qu'on lui demandait. Lothaire et sa belle-sœur y arrivèrent de leur côté, et les négociations commencèrent. Nous les connaissons mal. Lothaire demanda au pape de lui chanter la messe et de lui tlonner la communion, ainsi qu'a (îunther et aux grands de sa suite. Sa requête, appuyée par Engelberge, fut agréée par Adrien, qui exigea toutefois du roi, de Gunther et des grands, les déclarations suivantes. Celle de Lothaire portait fjue depuis l'excommunication de Waldrade par Nicolas, il n'avait eu aucun commerce charnel ni entretenu aucun rapport avec elle ' ; celle des grands, qu'ils n'avaient pas favorisé l'adultère de leur maître, ni eu de relations avec Waldrade, non plus qu'avec les autres personnes que Nicolas avait excommuniées* ; dans la sienne, qu'il remit écrite au Souverain Pontife, Gunther disait qu'il acceptait la condamnation portée contre lui par Nicolas, qu'il s'engageait à ne pas exercer le ministère sacerdotal, tant que le pape ne le lui aurait pas rendu, à ne pas intriguer contre l'Eglise ni contre son chef, mais au contraire à se montrer soumis'. Tous, le roi, ses courtisans et l'ex-archevêque de Cologne souscrivirent aux exigences d'Adrien.

C'est le i" juillet qu'eut lieu la cérémonie. D'après le chroniqueur Réginon, qui a peut-être dramatisé la scène, Adrien, avant de donner la communion à Lothaire, lui aurait dit : « Communie, si tu es innocent de l'adultère interdit par Nicolas, et si tu es résolu à ne plus avoir de commerce avec Waldrade ; si, au contraire, ta conscience t'accuse d'être coupable, ou si tu songes à retomber dans le péché, abstiens-toi; autrement, la communion te jugerait et te condamnerait ■<. » Adrien n'a pas dû exiger de Lothaire l'engagement de renoncer à Waldrade, et le roi ne l'a certainement pas pris, puisque, s'il venait en Italie, c'était justement pour obtenir l'autorisation de faire de Waldrade sa femme légitime s. D'autre part, le pape a-t-il présenté la communion qu'il donnait à Lothaire comme un ap[)el au jugement de Dieu? Si le roi était innocent, il sortirait sain et sauf de l'épreuve ; s'il était coupable, Dieu le punirait d'avoir commis un sacrilège. Il est difficile d'affirmer que telle fut l'intention d'Adrien ; une lettre de son successeur Jean VIII à Paulin, évêque

1. Ann. licrt. 86g, p. gg ; Rkgi.no.n, Chronicon 8Gg, p. g6. Cet autour se trompe en |tla- <^aiit la scène à Rome. Même erreur dans la Translalio S. Gloflcsiritiis, cli. a8 (SS., t. XXIV, p. 5o7, note), ([ui fait CDiniiinnier Lolliaire dans rc()lise Sainte-Anaslasie de Rome.

2. RÉGINON, ibid., parle seul de la déclaration demandée aux (jrands.

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