‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 31 sur 764 · Zeller, op. cit., t. II, pp. 107 et · texte numérisé non relu

Zeller, op. cit., t. II, pp. 107 et

6. Bonvalot, Histoire du droit et des institutions de la Lorraine, t. I, p. /j.

7. T. I, pp. 20(j et 210. — Voir encore Suklje, op. cit., j). 25.

8. Wenck, op. cit., pp. ii3-ii5, yrossil énormément l'iuqiortance de la révolte des Provençaux en 8/|5 ; et DOmmler, t. I, pp. 217 et 21S, exinjère beaucoup l'esprit d'intlépendance de ces mêmes Provençaux, des Italiens et des Frisons.

DÉFAUT d'homogénéité DES ÉTATS CRÉÉS EN 843. ig

quant les principes qui ont guidé les auteurs du partage, l'explication de ces anomalies, il est bon de faire observer que si les Etats de Lothaire renfermaient des Frisons, des Francs, des Bourguignons, des Provençaux, des Italiens, ceux de Louis et de Charles, de Charles surtout, ne présentaient pas une homogénéité beaucoup plus grande.. L'élément roman constituait une quantité négligeable dans le royaume de Louis, mais les Slaves étaient déjà plus nombreux ; les Francs de l'est ne se confondaient pas avec les tribus germaniques d'outre-Rhin ' ; de plus, il s'en fallait de beaucoup que ces dernières formassent un corps de nation compact, uni, qu'elles eussent conscience de leur communauté de race et de langue. Chacune d'elles ayant son dialecte particulier, sa loi propre, se considérait comme formant un tout distinct ; elles étaient animées d'un esprit particulariste qu'avivait le souvenir des anciennes luttes. Les historiens allemands sont bien forcés de le reconnaître -.

Les contrastes étaient encore plus accusés dans le royaume occidental. Les Francs, les Neustriens, les Celtes de la Bretagne, les Bourguignons, les Aquitains, les Vascons, les Espagnols, dont se composait la population de cet Etat, se sentaient très différents les uns des autres, et cette antipathie devenait un antagonisme violent chez les Bretons et les Aquitains qui, repoussant l'union avec les Franco-Neustriens, aspiraient à l'indépendance 5. S'il n'y avait alors ni Allemagne ni patriotisme allemand, il n'existait pas davantage de France ni de sentiment national français. Il a fallu à ces deux pays des siècles de luttes et d'efîorts pour arriver à l'unité, encore très imparfaite pour le premier, qu'ils présentent de nos jours +.

Nous devons cependant reconnaître que la configuration des rovaumes de Louis et de Charles était plus heureuse, plus naturelle que celle du territoire que Lothaire avait à gouverner. On se tromperait d'ailleurs à voir là le résultat d'un dessein réfléchi.

La répartition des territoires de l'empire de Louis le Pieux entre les trois fils de ce prince a été dominée tout d'abord par le fait que la Lom-

1. Nous nous refusons à mettre les tribus germaniques sur la même ligne que les Francs. Et ce n'est pas seulement parce que ces derniers avaient jadis vaincu et soumis Alamans, Bavarois, Thuringiens et Saxons ; les Francs, il ne faut pas l'oublier, représentaient la civilisation vis-à-vis des populations à moitié barbares d'outre-Rhin.

2. Ainsi Wenck, pp. 207 et suiv. ; Dummler, t. I, pp. 217 et suiv. C'est ce qu'ont également relevé Guizot, Histoire de France, t. I, p. 267 ; Zeller, op. cit., t. II, pp. 217 et suiv., et Pouzet, op. cit., p. 81. Wittich, Die Entstehung des Herzogthuins Lothringen, pp. 7 et 8, exprime une opinion différente. MOhlbacher, D. G. K., p. 46o, tout en convenant que le royaume de Louis n'est pas absolument homogène, le trouve plus uni que celui de ses frères.

3. Sur le manque de cohésion et d'unité du roj^aume qui était échu à Charles, consulter Wenck, pp. 67-72 et 206 ; Guizot, op. et lac. cit. ; Dareste, Histoire de France, t. I, p. 4A4 ; MouRi.v, op. cit., pp. 02 et .53 ; Dummler, t. I, pp. 223, 224 ; Pouzet, op. cit., p. 81 ; MiJHLBACHER, D. G. K., p. 4G3.

4. Voir ci-dessus p. 18, n. 1, sur l'absence, à cette époque, de sentiment national. — Guizot, Histoire de France, t. I, p. 2G7, parlant des trois États créés par le traité de Verdun, reconnaît qu'il a fallu de bien grands événements et bien des siècles pour leur faire acquérir la mesure d'unité nationale qu'ils possèdent aujourd'hui.

20 LE RKGNE 1>E LOTMAIUK l" (S/ili-S^f)!.

hardie, la Bavii're et l'Aquitaine ont servi de noyaux aux futurs royaumes. Lotliaire, Louis et (Charles gouvernaient depuis plusieurs années déjà ces l'ontrécs, qu'ils avaient re(;uos de leur pfcro ; il était naturel qu'ils désirassent les conserver, leur domination y étant solidement assise, sauf celle de (Iharles en Aquitaine, où Pépin II tenait son oncle en échec '.

A chacun de ces pays allait s'ajouter un tiers environ du reste de l'empire. 11 scndde que l'on ait tenu compte moins de la superficie des territoires que des revenus qu'ils rapportaient au souverain^. D'après Nithard, Lothaire aurait eu le droit de choisir sa part, ce qui veut probablement dire qu'on le laissait libre de désigner à l'avance quels pays il désirait joindre h l'Italie 5. Son choix ne pouvait être douteux : il y avait une ville et une contrée auxquelles il devait tenir, qu'il avait à cœur d'acquérir ou plutôt de reprendre, car il en avait été le maître pendant deux ans ; nous avons nonuné Aix-la-C-hapelle, la ville de Charlemagno, la véritable capitale de l'empire franc-*, et l'ancienne Austrasie, la Francia média de l'époque carolingienne, qui s'était tout de suite ralliée à Lothaire s.

Gomment les descendants des soldats de Charles-Martel et de Charlemagne n'auraient-ils pas combattu pour le maintien de cet empire que leurs pères avaient fondé ? Les questions de sentiment ne touchaient guère les hommes de cette époque, cela ne fait pas l'ombre d'un doute, mais en soutenant la cause de Lothaire, les Francs de l'est et du centre n'étaient pas seulement guidés par la vanité, par l'amour-propre, ils défendaient surtout leurs intérêts. Légalement, ils ne jouissaient d'aucun privilège, mais étant la race conquérante, ils avaient par cela même une

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