‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 315 sur 764 · RORIG. INVASION DES NORMANDS EN · texte numérisé non relu

RORIG. INVASION DES NORMANDS EN

boa chrétien, à ne rien faire lui-même et à ne rien laisser faire à d'autres qui fût de nature à léser ses nouveaux coreligionnaires'. Une lettre d'Hincmar à Hunger, évêque d'Utrecht, no:is donne la clef de cette dernière recommandation : Roric était soupçonné d'avoir conseillé à une troupe de cent Normands d'envahir le royaume de Charles le Chauve ^. Dans sa lettre à Roric, Hincmar lui parle comme à un homme récemment converti au christianisme : il n'aurait donc pas abjuré en même temps que son frère le culte d'Odin, ou bien il y serait revenu après l'avoir abandonné. Son entrée et son retour dans le sein de l'Eglise catholique se placerait alors quelque temps après sa reprise de possession de la Frise.

Roric est-il responsable d'une nouvelle invasion normande qui se produisit en 863 3 ? Une phrase d'Hincmar, un peu amphibologique il est vrai, semble le dire ^. Pourtant, on a peine à croire qu'il ait appelé des pirates pour dévaster le pays même qu'il gouvernait. Que lui, nouveau converti, ait fait alliance avec ses anciens coreligionnaires, il n'y a pas lieu de s'en étonner; mais pourquoi appauvrir et ruiner un territoire qui lui était soumis, et d'oîi il tirait des revenus ? Quoi qu'il en soit, au mois de janvier 863, une flotte de pirates pénétra sans obstacle dans les embouchures du Rhin, remonta le fleuve, s'empara de Dorestad et la pilla ; puis ce fat le tour d'une villa où s'étaient réfugiés des Frisons, parmi lesquels beaucoup de négociants, dont les uns furent massacrés, les autres faits prisonniers ">. Les barbares, poursuivant leur route, arrivèrent à l'abbaye de Xanten, qu'ils pillèrent et dont ils brûlèrent l'église, dédiée à saint Victor ; heureusement les reliques du saint avaient été enlevées de nuit par le prévôt de l'abbaye, qui les transporta à Cologne^. Les

1. Flodoard, h. R. E., liv. III, cil. 26, éd. Lejeune, t. II, p. 345. Cf. Dummler, t. II, p. 47-

2. Flodoard, H. R. E., liv. III, ch. 23, éd. Lejeune, t. II, p. 284.

3. D'après le Chronicon Sithiense de Jean d'Ypres (iî. H. Fr., t. VII, p. 268), des Normands seraient, en 861, venus ravager la Flandre et piller l'abbaye de Saint-Bertin. Dahlmann, g. V. D., t. I, p. 49) suppose que Roric aurait été le chef de cette expédition. DiJMMLER, t. II, p. 48, n. 2, repousse cette hypothèse.

4. Voici la phrase d'H^^'GMAR : « Unde idem Dani consilio Rorici sicut accesserant et recedunt. » Elle peut signifier ou bien : « Les Danois, sur le conseil de Roric, se retirent de la même façon qu'ils étaient venus (c'est-à-dire par la voie du Rhin) » ; ou bien encore : « Les Danois se retirent, comme ils étaient venus, sur le conseil de Roric (c'est Roric qui les avait appelés, c'est Roric qui les décide à s'en aller). » Dahlmann, op. cit., t. I, p. 5o, et DûMMLER, t. II, p. 48, n. 3, donnent à la phrase d'HiMCMAR le second de ces deux sens.

5. Sur celte invasion normande, nous avons deux récits, celui des Ann. Bert. 863, p. 61, et celui àoi Ann. Xant. 864 {SS., t. II, pp. 23o-23i), qui se rapporte certainement à 863 : comme les annales de Saint-Bertin, celles de Xanlen mentionnent l'établissement des pirates dans une île du fleuve et l'attaque combinée de Lolhaire et des Saxons. En outre, elles disent que l'événement eut lieu l'année où Gunther et Theutgaud se rendirent à Rome, et l'on sait que le voyage des deux archevêques s'effectua en 863. Mijhlbacher, Reg. Kar., p. 48y, et DiJiMMLER, t. II, p. 48, n. 3, admettent que le récit des xinn. Xant. s'applique à 863. Le premier suppose que la l'illa dont parle Hincmar, où s'étaient réfugiés des marchands frisons, n'est autre que Xanten.

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