‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 333 sur 764 · Ann. Bert. 8G9, p · texte numérisé non relu

Ann. Bert. 8G9, p

4. Ann. Bert. 8G9, p. 107. D'après .Ieantun, Chroniques de l'Ardenne et des Woëpvres, t. Il, pp. i34-i35, Charles aurait fait en 843, alors qu'il se rendait à Verdun, la connaissance de Richilde et se serait (-pris d'elle. Ne pouvant l'épouser, puisqu'il venait de se marier avec Ermentrude, il en lit sa maîtresse à rinslitjalion tle Boson, qui devint son funlident. Devenu veuf en 8Gy, le roi put enfin épouser Richilde. Il n'y a pas un mot de vrai dans cette histoire ; ce n'est pas d'ailleurs la seule de ce (jenre cpie contiennent !es ouvrages de Jea.nti.v. — iMuhi.uaciiku, D. (i. A'., p. 04 1, semble admettre que (Iharles avait déjà eu auparavant des relations avec Richilde. Il relève avec raison ([ue l'archevèipie de Reims, en relatant le fait, n'a pas ime parole de bhlme pour son maître.

5. Voir ci-dessus, p. iaG,n. a. Bivin était mort entre 803 et SI»), Ilincmar disant, lorsi|u'il parle de Boson, n filio Buvini (juunddni comitis ». Le frère de Bivin, le comte Richard, avait été « osliarius n, huissier ou chambellan de I^ouis le Pieux, mais dans les luttes entre Louis le Pieux et Lothaire, il avait pris le parti de ce dernier et l'avait suivi en Italie en 834, l'c qui hd valut la coiifiscalion de ses biens. Kn 839, lors du parlaije île VVorms et île la réconciliation du père el du llls, Richard obtint son pardon île Louis et Ja rcstiliiliuri d'uni' parlie tnnl an moins des domaines ((u'il a\ail perdus, en particulier

CHARLES PREND RIGHILDE POUR CONCUBINE (8(Jfj). 35i

une sœur de la reine Theutberge et de l'abbé Hubert ^ Les deux frères de Richilde, Boson et Richard, ce dernier peut-être d'un autre père^, joueront plus tard un rôle important. Jusqu'alors ils n'avaient pas fait parler d'eux, car le Boson qui figure au congrès de Goblenz en 860 n'est probablement pas le frère de Richilde, mais celui de Theutberge, le mari d'Engeltrude 3. Bivin et sa famille avaient-ils eu à soufTrir de l'affaire du divorce et de la disgrâce d'Hubert ? Bivin perdit l'abbaye de Gorze, qui fut donnée à un abbé régulier, Betton, mais l'événement est de 8G3, et à cette date Lothaire était depuis longtemps brouillé avec Theutberge et Hubert. Nous ignorons si Bivin et ses enfants avaient été obligés de se retirer dans les Etats de Charles le Chauve ^ ; mais, il n'est pas nécessaire de recourir à cette hypothèse pour expliquer le choix de Richilde par le roi de France. Les relations qu'il avait eues avec l'oncle et la tante de sa nouvelle compagne suffisent pour nous faire comprendre la conduite du roi.

Boson, frère de Richilde, joua en la circonstance le rôle de pourvoyeur. Ce fut lui qui alla chercher sa sœur, alors auprès de sa mère et de sa

de Villance, dans l'Ardenne, qu'il léyua à l'abbaye de Prum. Il mourut avant le 12 novembre 842, laissant à son frère le comte Bivin, au comte du palais Gérard (probablement Gérard de Roussillon) et un autre comte, Basin dit Tancraus, le soin de mettre le monastère de Prum en possession de la villa qu'il lui avait laissée {Vitn Hludowici, ch. 55 et 56, SS., t. I, pp. 641 et 642 ; diplômes de Louis le Pieux pour Richard du 2G juin 889, de Lothaire I'"' confirmant le leqs de Richard, du 12 novembre 84^, de Lothaire II, du 7 mars 8G2, proc'es-verbal non daté constatant la remise de Villance à l'abbaye de Priim, B. M. 964, 1060, 1270, MR. UD., t. I, nO' 06, 70, 102, io3).

1. Ann. Bei't. 869, p. 107. Hincmar ne nous dit pas comment s'appelait la mère de Richilde.

2. Le testament du comte Eccard (Pérard, Recueil de pièces pour seruir à l'histoii'e (le Bourgogne, p. 26) mentionne un Richard, fils du comte Thierry, que l'on a identifié avec le frère de Boson. Mais la chose présente des difficultés. D'une part, Boson et Richard étaient frères (.4«rt. Bert. 882, p. i53), d'autre part, Boson avait pour père le comte Bivin {Ann. Bert. 869, p. 107). Si le père de Richard s'appelait Thierry, il en résulterait que Boson et Richard seraient frères utérins ; leur mère, devenue veuve de Bivin, aurait con- A'olé en secondes noces avec Thicrrj'. C'est l'opinion admise par Gingins-la-Sarra, Mémoires pour servir à l'histoire de la Provence et de la Bourgogne Jurane, t, I, p. 36. Cette hypothèse, quoique ne reposant sur aucune preuve, n'a en elle-même rien d'invraisemblable, et on n'a pas le droit de la qualifier de roman, comme le fait Bourgeois, op. cit., p. 94. Pourtant on peut y faire une objection sérieuse. En 882 Ricliard était déjà comte d'Autun, ce qui suppose qu'il avait atteint l'àye d'homme ; or, en 863, Bivin vivait encore, du moins la cliarte d'Advence pour Gorze ne dit pas que le comte fût mort. En admettant même que Bivin soit décédé en cette année, sa veuve ne se serait remariée ([u'en 864, cl Richard n'aurait pu venir au m nde qu'en 865, ce qui lui donne dix-sept ans en 882. Après tout, il n'est pas impossible que les choses se soient passées ainsi.

3. Voir ci-dessus, p. 187, n. 2. Bourgeois, p. 83, n. 4 et p. 92, n. 6, admet que le Boson qui assisia au congrès de Coblenz est le fils de Bivin. Il prétend, p. 83, sans donner, et pour cause, la moindre preuve de son dire, que Boson travailla avec Hubert à faire passer l'héritage de Lothaire entre les mains de Charles le Chauve.

4. Gingins-la-Sarra, op. cit., t. I, p. 4o, et Bourgeois, p. 94, croient que Boson et sa famille s'étaient réfugiés dans les Étals de Charles après la disgrâce de Theutberge. LTne chose est certaine : jusqu'à 869 on ne trouve Boson mentionné nulle part. Le premier diplôme de Charles le Chauve où il soit question de lui a été rendu le 9 octobre d'une année qui n'est pas indiquée, mais qui est 870 au plus tôt, car Richilde y est «pialifiée de reine {R. H. Fr., t. VIII, pp. 629-630}.

352 LA LORRAINE PARTAGÉE ENTRE LA FRANGE ET l'aLLEMAGNE (869-879).

tante Theutbergo, et qui l'aiiieiia au roi '. Pour prix île sa complaisance, le roi lui donna nue ahhaye que les Annales /Jcrliniani appellent Saint- Maurice ^. S'aijit-il de Saint-Maurice en Valais, qu'Hubert, l'oncle de IJoson, avait justement possédée? Mais Charles le Chauve n'avait aucun droit sur cette abbaye, (jui se trouvait dans le diocèse de Sion cédé en 869 par Lotlialre à son Irère Louis II J. Elle dépendait toujours de l'enqjereur, qui la conserva jusqu'il sa mort, ou tout au moins jusqu'en 871, avec la région située entre les Alpes et le Jura. A cette dernière date, en efTet, Louis le (Jermanique, sur le faux bruit que son neveu venait de mourir, envoya son plus jeune fils, Charles, faire reconnaître son autorité dans cette contrée. 11 ne semble pas d'ailleurs qu'il l'ait conservée. D'abord, c'eût été indisposer l'empereur, et le roi de Germanie avait intérêt à le ménager, pour ijue ce prince léguât ses Etats soit à lui, soit k l'un de ses fils 4. De plus, en 870 5, 87G ^ et 877 7 Charles le Chauve, allant en Italie ou revenant en Gaule, passa par Orbe et Saint-Maurice : l'aurait-il fait si Louis le Germanique avait été maître du pays ? Nous admettons donc que Louis II conserva jusqu'à sa mort le duché d'entre le Jura et les Alpes, y compris l'abbaye de Saint-Maurice. Il n'avait pas gardé pour lui ce monastère, où il avait installé comme abbé laïc Rodolphe, fils de Conrad, comte d'Auxerre, le vainqueur d'Hubert ; peut-être même Conrad eut-il Saint-Maurice avant son fils s. Mais nous avons pour Rodolphe une certitude, qui nous est donnée par une charte de ce personnage en faveur de l'impératrice Engelberge : il s'y intitule abbé de Saint-Maurice. Elle ne porte pas de date ; toutefois, comme nous le verrons bientôt, elle doit se placer en 872. Si l'abbaye Saint-Maurice, dont Charles le Chauve fit cadeau à Boson, est celle du Valais, il lui donnait une chose qui ne lui appartenait pas, et dont il ne pouvait lui assurer la jouissance. Rodolphe resta maître de Saint-Maurice jusqu'en 870, et si à la mort de Louis II Charles le Chauve la lui enleva, il la recouvra lorsque Charles le Gros eut fait reconnaître sur le pays son autorité. C'est à Saint-Maurice qu'en 888 ce même Rodolphe fut proclamé roi de la Bourgogne Transjurane; le centre de sa puissance se trouvait donc dans cette région. Sauf peut-être de 876 à 877, Boson n'occupa jamais l'abbaye qu'il devait à la munificence du roi de France.

Charles, enunenant Richilde avec lui, prit la route d'Aix-la-Chapelle.

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