‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 338 sur 764 · LETTRES DU PAPE A CHARLES, A HLXCMAR, ETC · texte numérisé non relu

LETTRES DU PAPE A CHARLES, A HLXCMAR, ETC

la paix règne entre les rois, que chacun vive content de son bien, sans chercher a prendre celui du voisin, surtout que personne n'ose envahir le royaume de Lothaire dû à l'empereur. (Quiconque se permettra de le faire sera anathématisé. Qu'Hincmar joigne donc ses efforts à ceux du pape ^

Vraisemblablement, Louis II avait de son côté écrit et à ses oncles, et aux évèques et aux comtes de son frère, mais ses lettres sont perdues, et les Annales Bertiniani ne nous en font pas connaître la teneur.

Les lettres du pape, celles du moins adressées à Hincmar ainsi qu'aux prélats et aux grands de Charles le Chauve, les seules dont nous possédions le texte, portent la date du 5 septembre^. Le même jour, nous l'avons vu, Charles le Chauve faisait son entrée à Metz; Adrien ne pouvait donc, au moment où il écrivait, avoir connaissance de l'invasion de la Lorraine par le roi de France. Les deux légats Paul et Léon, et l'ambassadeur de Louis, Boderade 3, apprirent en route ce qui s'était passé, le couronnement de Charles à Metz et la soumission à ce prince d'une partie de la Lorraine. Ils durent, en conséquence de ces faits, tenir un langage ferme, et menacer le roi de France de l'anathème du Souverain Pontife et des armes de l'empereur.

Nous ignorons ce que Charles répondit à son neveu et au pape, mais il est permis de supposer qu'il justifiait sa conduite et refusait de renoncer au royaume dont il détenait déjà une partie. Il savait bien que l'empereur ne quitterait pas l'Italie pour venir lui disputer les armes à la main la succession de Lothaire II ; Louis II ne comptait pas pour le roi de France. Les foudres de l'Eglise, que le pape tenait suspendues sur la tête de Charles, ne paraissent pas non plus l'avoir beaucoup ému. Nous ne savons si ce prince eût écouté Nicolas P"", mais Adrien n'inspirait pas la même crainte que son redoutable prédécesseur, et Charles ne prit pas au sérieux ses menaces : elles ne devaient, du reste, être suivies d'aucun effet. Naturellement, ni les grands, ni les prélats du roi de France ne songeaient, pour complaire au pape, à s'attirer la disgrâce de leur maître en contrecarrant ses projets. Hincmar, dont Adrien réclamait l'assistance, était le dernier qui eût engagé Charles à écouter le Souverain Pontife. L'archevêque de Reims avait, sinon conseillé, du moins hautement approuvé l'expédition de son maître ; il était directement intéressé à l'entreprise, il en souhaitait le succès : ses Annales, son discours de Metz, sa lettre au pape, l'invitation qu'il adressa à Jean de Cambrai de se rallier a Charles prouvent avec toute la clarté désirable qu'Hincmar marchait d'accord avec Charles le Chauve en cette circonstance. Pour se donner les apparences de la soumission, l'archevêque de Reims lut les

1. J. E. 2fjif), MiGiXE, t. CXXII, coll. I2g4-i2(j5. Gomme le fait observer Bûciiting, G/aubwurdiffkeif Hinkinars, p. 26, Hincmar ne dit rien clans ses Annales de la lettre pontificale qu'il avait reçue.

3. Les noms des ambassadeurs sont donnés par Hincmar, Ann. Bert. 869, p. 107, et £■/>» ad Adrianuni 870, Mig.xe, t. CXXV^I, col. 175.

356 LA I.OUUAI.NK l'AUTAGÉE ENTRE LA FRANCE ET l'aLLEMAGNE (86(j-879).

lettres d'Adrien au roi ainsi (jn'anx évt''([nes et aux (jrands franeais ou lorrains (jui se trouvaient lii, et il promit aux lécjals de l'aire son possil)le pour satisfaire le pape'.

Quant aux anciens sujets de Lotiiaire, exception faite pour Gérard de Roussi lion, ils ne paraissent pas avoir été touchés par les menaces du Souverain Pontife. Ils tenaient les uns pour le roi de France, les autres pour celui de Germanie, mais personne ne voulait de Louis II ; il était, leur fait dire Hinomar dans une lettre écrite un peu plus tard au pape, trop éloigné pour (Mre en mesure de les défendre contre les attaques des pirates^. Les évêques lorrains [)rotestérent même contre les recommandations qu'Adrien avait adressées à Gérard de ne laisser consacrer que des clercs ayant obtenu rac)rément de l'empereur ; ils n'admettaient pas, répondirent-ils au pape, cette intrusion des laïcs, que son prédécesseur Nicolas avait formellement condanmée. Ils respecteraient, d'ailleurs, pour la consécration des évoques, les lois canonicjues 5.

Nous ne savons pas d'une façon certaine, mais il semble, d'après une schedula rédigée par Hincmar, que Louis le Germanique, ses évêques et ses grands avaient reçu des lettres analogues du pape et de l'empereur 4.

A peine les ambassadeurs de Louis et d'Adrien avaient-ils quitté Gondreville, c|ue des messagers vinrent annoncer à Charles que son frère agonisait 5. Cette nouvelle donna du courage au roi de France, qui reprit la tâche d'occuper son nouveau royaume. Aussitôt il partit pour l'Alsace, où deux des plus puissants seigneurs du pays lui firent leur soumission : l'un d'eux, Hugues, fils de Liulfrid, était certainement le fils du frère de l'impératrice Ermengarde, l'autre Bernard, fils de Bernard, ne nous est pas connu ^. Il reprit ensuite le chemin d'Aix-la-Chapelle, où il était arrivé avant Noél". Quatre mois s'étaient écoulés depuis son entrée en

1. HiNGMAR, Ep" (id Adridiium, et LilieUiis expostiiltitionis, ch. 27 (Micne, t. CXXVI, coll. 175 et Gii). A l'assemblée tenue en juin 870 à Attigny, l'archevêque relut les lettres du pape, et de plus il envoya à Charles le Chauve, à Louis le (ierniauiciue, ainsi qu'aux prélats des deux rois, un mémoire assez bref, où il rappelait les instructions d'Adrien, el exposait d'autre part jwurquoi l'on n'y avait pas obtempéré, une révolte et des ti-oubles étant imminents, si l'on n'avait pas procédé au partage de la Lorraine. C'est après le traité de Meerssen que cette espèce de circulaire lut expédiée (Hi.ncm.vui Kj>^ <id Aclriarnuii, MiGNE, t. CXXVI, col. I7r)-i7()j. Hincmar tenait à pouvoir dire (ju'il avait l'ail quelque chose, mais certainement il n'a i)as doiuié à son maître le conseil d'abandoniuT la Lorraine,' et malqré ses protestations d'obéissance aux léyats, il s'est bien (jardé de suivre les instructions du pape. Nookden, Ilinknuir, p. aâf), n'a donc pas tort de qualilier d'hypocrite la conduite tenue en celte cirt-onslauce par rarchevè(pu' de lleiuis.

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