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LES SIÈGES ARCHIÉPISCOPAUX DE TREVES ET DE COLOGNE. SSy
Lorraine, et, bien qu'il n'eût rencontré aucune résistance de la part de son frère, il n'avait pas su se mettre en possession de tout le pays : la Frise et les pays riverains du Rhin, a l'exception de l'Alsace, lui échappaient encore, à ce qu'il semble. Comment n'avait-il pas mieux utilisé son temps, mis à profit la situation favorable que lui créait la maladie de son frère ? Ce que l'on ne s'explique pas non plus, c'est qu'il ait attendu jusqu'à la fin de 8Gg pour donner à Gunther et à Theutgaud des successeurs. C'était cependant une des premières choses à faire, que d'installer à Trêves et a Cologne des prélats qui fussent tout à sa dévotion'. Charles finit par le comprendre, mais il était presque trop tard, et s'il réussit à Trêves, il échoua à Cologne : la place venait d'être occupée.
Depuis plus de six ans, depuis que Gunther et Theutgaud avaient été déposés par Nicolas V^, leurs sièges étaient demeurés vacants, non sans grand dommage pour les fidèles et pour les domaines de l'Eglise ^. Lothure avait donné l'archevêché de Cologne à son cousin Hugues, puis à Hilduin, frère de Gunther ; mais ni l'un ni l'autre n'avaient été consacrés ; Hilduin d'ailleurs n'était qu'un homme de paille, la véritable autorité restant entre les mains de Gunther. Celui-ci, après de nombreuses tentatives restées inutiles pour obtenir de Nicolas sa réintégration, avait accompagné Lothaire a Rome en 869. Au Mont-Cassin, Adrien lui avait accordé la communion laïque, et en même temps, ou un peu plus tard, il lui promit de soumettre son afTaire à un examen 3. Très probablement l'intention du pape était qu'elle fût instruite en même temps que celle du divorce de Lothaire, et soumise au concile qui devait se réunir à Rome en mars 870. Ainsi, pour Cologne la question n'était pas encore tranchée. A Trêves, au contraire, la situation avait été simplifiée par la mort de Theutgaud, survenue en 808 ou en 86g, antérieure certainement au voyage en Italie de Lothaire. Ce prince n'avait pourtant pas donné de successeur au malheureux prélat dont la ruine était son œuvre^.
Malgré les promesses d'Adrien à Gunther, et quoique celui-ci, revenu d'Italie, eût fait son entrée solennelle a Cologne, comme si le pape lui avait déjà rendu son siège, quoiqu'il eût cherché à reprendre possession de son ancien diocèse 5, les rois de France et de Germanie ne tinrent
1. ScHRŒRS, op. ci/., p. 3i2, siipposc quc c'est Hincmar qui a conseillé à son maître de faire occuper les sièges archiépiscopaux vacants par des hommes dévoués, pour affermir sa domination en Lorraine.
2. Sur la triste situation de l'érjlise de Goloçine, voir Epistola cleri et popiill Coloniensis ad Adriunam (Floss, PapstwalU untev den Ottonen, Urkunden, p. 06) et Ann. Xant. 869 {SS., t. II, p. 233). Liutbert de Miiaster, celui-là même qui avait occupé pendant quelques mois le siège de Cologne en 841-842 (voir Appendice II), administra à partir de la déposition de Giinther la partie orientale du diocèse de son métropo itain, c'est-à-dire celle qui était soumise à Louis le Germanique {Ann. Xant. 868, SS., t. II, p. 233).