‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 344 sur 764 · LOUIS FAIT ÉLIRE WILLIBERT A COLOGNE · texte numérisé non relu

LOUIS FAIT ÉLIRE WILLIBERT A COLOGNE

la dignité qu'on lui offrait. Pourtant, on finit par triompher de ses scrupules et de ses craintes. Dès qu'il eut consenti, Liutbert et les quatre suffragants de Cologne qui l'accompagnaient consacrèrent le nouvel élu. Puis tout le monde, prélats, clercs et laïcs, traversa le Rhin et l'on conduisit Willibert à la cathédrale, pour l'y introniser. Quand toutes les cérémonies eurent été canoniquement accomplies, l'archevêque de Mayence et les évêques qu'il avait amenés se retirèrent en hâte'. Gunther n'avait élevé aucune opposition ; il prétendra même plus tard, avec plus ou moins de vérité, avoir renoncé au siège de Cologne pour permettre au clergé et au peuple d'élire Willibert *. Les partisans de Charles le Chauve et d'Hilduin n'avaient de leur côté soulevé aucune opposition 5. Sans doute, la rapidité des événements les avait surpris et déconcertés. Tout s'était passé dans l'espace d'une journée, le 7 janvier 8704.

Dès que la nouvelle de la consécration de Willibert parvint à Charles le Chauve, ce prince, qui voyait ses projets ruinés, entra dans une violente colère. II accourut à Cologne, y pénétra sans rencontrer de résistance, mais ne trouva personne sur qui il pût assouvir sa rage. Willibert et ceux qui avaient pris part à son élection avaient en effet quitté la ville, et s'étaient mis en sûreté de l'autre côté du Rhin. Le roi de France revint à Aix-la-Chapelle sans avoir tiré vengeance de ceux qui l'avaient joué 5.

Tout n'était pas fini cependant. Willibert avait été élu et consacré, mais il lui restait à obtenir du pape le palliiun. Tandis que Louis le Germanique va le demander pour lui, Charles le Chauve fera tous ses efforts pour empêcher Adrien, puis Jean VIII de le lui accorder, et pendant près de quatre ans il réussira à tenir sur ce point son frère en échec ^. Louis

1. RÉGiNON, Chronicon 869, p. 99, donne des détails précis s r l'élection et la consécration de Willibert. Son récit est complété par les Ann. Xant. 871, SS., t. II, p. 284, et par les lettres qu'écrivirent au pape Adrien, Liutbert de Mayence et les évêques sufFraqants de Cologne, le clergé et le peuple de Cologne, Gunther, Louis le Germanique (2 lettres), les évêques allemands et AVillibert lui-même (Floss, Papstwahl, Urkunden, pp. Oo, 63, 69, 75, 84, 94 et 100). On peut consulter aussi les lettres de Louis le Germanique à Louis II et à l'impératrice Engelberge (Floss, ibid., pp. 78 et 81).

2. C'est ainsi qu'il présente son attitude a'i pape (Floss, pp. O9-70) ; il faut reconnaître que la lettre du clergé et du peuple de Cologne (Floss, p. 68) conflrme le témoignage de Gunther. Les Ann. Xant. 871 {SS., t. II, p. 234) "R disent pas que ce dernier se soit opposé à l'élection de Willibert, mais elles ne le représentent pas non plus comme l'ayant favorisée.

3. Ni RÉGiNON, ni aucune autre source ne parlent d'une opposition, et la lettre du clergé et du peuple (Floss, p. 68) dit même : « Nullus fidelis christianus extitit conlradictor, etc. ».

4. Cette date est donnée par les lettres de Liutbert et des évêques suffragants de Cologne, et du clergé et du peuple de Cologne (Floss, pp. 61 et 67). Réginon n'indique pas le jour ; les Ann. Colon. Eremi (SS., t. I, p. 97) indiquent le 16 janvier et une note d'un ms. de Vienne, placée en marge d'un sermon de saint Augustin (Jaffé, Bib/. RR. GG., t. III, p. II, n. 2), le 18 du même mois.

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