LOUIS LE BÈGUE SUCCEDE A CHARLES LE CHAUVE
lès lois et décrets qui concernaient soit le clergé, soit le peuple '. Il est vraisemblable qu'eu outre Louis eut à satisfaire les exigences individuelles des grands, à leur accorder les bénéfices qu'ils réclamaient. Le jour du couronnement, 8 décembre^, Louis jura de défendre l'Eglise, de respecter ses lois et privilèges, de plus il renouvela probabl-ement l'engagement plus général qu'il avait pris le 3o novembre. Il fut ensuite consacré par Hincmar de Reims, puis les évèques, les abbés et les vassaux se recommandèrent au nouveau roi et lui prêtèrent serment de fidélité '.
Nous ne savons quel rôle avaient joué à ce moment les évèques et les grands de la Lorraine. Arnaud, évêque de Toul, se trouvait probablement à Compiègne pour le couronnement de Louis, car ce prince rendit en sa faveur, le 9 décembre, un diplôme qui confirmait un acte de son père +. Louis d'ailleurs ne se fît pas couronner spécialement pour la Lorraine, et ne compta pas à part ses années de règne dans ce pays.
Nous avons vu que Charles le Chauve, avant de recevoir dans la cathédrale de Metz la couronne de Lorraine, avait dû prendre des engagements vis-a-vis de ses nouveaux sujets. Il en avait été de même pour Louis le Bègue ; lui aussi s'était vu contraint de subir les conditions des grands et des évèques, de leur faire des promesses. C'est à ce prix seulement qu'il avait été reconnu. Evèques et seigneurs se rendaient de plus en plus indépendants du pouvoir royal, traitaient avec le souverain d'égal à égal, lui marchandaient leur concours. Il ne leur restait plus qu'un pas à franchir pour disposer en maîtres de la couronne, c'était de l'enlever à un roi qui avait cessé de leur plaire, pour la donner à celui qu'ils jugaient le plus digne, ou le plus favorable à leurs intérêts, sans s'inquiéter s'il appartenait ou non à la famille carolingienne s.
A la difïérence de Louis le Bègue, ses cousins ne se firent pas sacrer, suivant en cela l'exemple de leur père. Il ne semble pas non plus que leurs grands, avant de les reconnaître pour rois, leur aient imposé de conditions. En Allemagne, grâce à la fermeté de Louis le Germanique, l'autorité royale était mieux établie, les évèques et les seigneurs plus soumis.
1. Capitula electlonis Hludowici Balbi, Professio Hludowici (CC, t. II, p. 364, et Ann. Bert. 8-j-j, pp. i3y-i4o).
2. Capitula, etc., inscriptio (CC, I. II, p. 303, et Ann. Bert. 877, p. i38).
3. Capitula, etc., CC, t. II, pp. 364-36.5, et Ann. Bert. 877, pp. i38-i39. Nous possédons aussi le procès-verbal du couroniiemeut pr>jj)rement dit, Ordo coromitionis IIliuloivici Balbi, CC, f. II, pp. 461-462.
4. Le 9 décembre, à Compiègne, Louis, sur la pi-ésentation par Arnaud, évêque de Toul, des diplômes de son oncle Lotliaire (perdu), de son cousin Lothaire II (B. M. 1260) el de son père Charles (perdu), confirma à l'éijlise de Toul les abbayes de Saint-Èvre, Saint- Germain et Sainl-.Martin, ([u'elle avait toujours possédées, sauf pendant un court intervalle de temps, sous le rèrjne de Lothaire (B. 1829, R. H. Fr., t. IX, pp. 398-399). Quelques mois plus tard, le 24 mars 878, Louis, sur la présentation i)ar Ansbald, abbé de Prum, des diplômes de son trisaïeul Pépin (B. M., 9,0), de son bisaieul Charleniacjne (B. M. 193), de son aieul Louis le Pieux (B. M. 552 el 799), de son père Charles (B. i58o elB. 1724), de ses oncles Lothaire (B. M. io48) et Louis (B. M. i44i), confirme à Priim l'immunité et la protection royale (B. i83i, MR. UB., t. I, n» 116).
0. Sur l'avènement de Louis le Bègue, A'oir Fustkl de Coul.vxgks, Les Tra.isfornta/ions de lu royauté à l'époque carolimjienae, jjp. 285 cl suiv., 693 et suiv.
^2 2 LA LORRAINE PARTACKK ENTRE LA FRANCE ET l'aLLEMAGNE (869-879).
Est-il vrai, d'autre part, (lu'ii rentrcviie de la Riess, en noveiid)re 87G', on ne se soit pas occupé de la Lorraine, ([ue ce pays soit resté indivis entre les trois frères ? Ouel iMotil" pouvait bien déterminer ceux-ci à ne pas régler tout de suite le sort des provinces qu'avait acquises leur père en 870? En réalité, les choses ne se sont pas passées connue on le prétend d'habitude^. D'abord, il est faux que Louis le Germanique n'ait pris en 872 aucune dis[)osition concernant la Lorraine. Très probablement, nous l'avons vu plus haut, il avait attribué son nouveau royaume il ses deux plus jeunes fils, Louis et (Iharles, dont les États allemands étaient limitroi)hes de la Lorraine 5. Au congrès de la Riess, les trois fils de Louis le (îermanique se partagèrent l'Allemagne en se conformant aux dispositions qu'avait arrêtées leur père en 8G5 ; il n'est pas douteux que celles prises en 872 relativement aux Etats de Lothaire furent également respectées. Ce qui prouve que cette contrée n'était pas demeurée indivise, c'est que nous voyons dans les premiers mois de 877, Louis le Jeune et Charles le Gros accorder à des abbayes lorraines des domaines ou des privilèges. Nous avons du premier de ces princes un diplôme rendu le i5 mars 877 pour Inden +, un autre du 26 mai pour Stavelot > ; d'autre part, son frère confirme le 7 juillet aux moines de Murbach en Alsace le droit d'élire leur abbé ^.
2. Aucune des sources anciennes ne dit qu'au parlage de la Riess on ne se soit pas occupé de la Lorraine, et même Rkgi.non, (Uironicon 87O, dit formellement le contraire. Ce qui a induit en erreur les historiens modernes, c'est que les Aiin. Fuld. disent en 877 que Louis divisa éfjalement la Lorraine entre lui et ses frères, tandis (ju'elles ne disent rien en 87O du partaçjc de ce pays. Mais elles ne parlent pas non plus alors de l'Allemagne, et la f.içon dont elles s'expriment : « Kai-lomannus et Hludowicus atipie Karolus Hludowici rcrjis filii in pa<[0 Retiense convenieiites paternum inler se regnum diviserunt «, n'exclut en aucune façon la possibilité d'un partaye de la Lorraine. Pourtant Muhi.bacheh, Reg. Kar., jip. .^89 et 5iji, et Dûm.mlkr, t. III, pp. Oi et G7, croient que le sort de ce pays ne fut réçjlé ([u'en 877.