LA LORRAINE ORIENTALE PARTAGEE ENTRE LOUIS ET CHARLES
Trêves % Fulda (cette abbaye reçoit une donation dans le pagiis Moslensis) ^, Gorze ' et Murbach (droit concédé a cette abbaye de transporter en franchise du sel depuis Marsal jusqu'à Murbach-^). Ces abbayes (sauf Murbach) appartenaient à Louis, ainsi que les territoires où elles étaient situées, et ceux où se trouvaient les domaines à elles concédés par le roi. Ainsi Louis était maître des paffi lorrains qui bordaient la rive gauche du Rhin depuis la Frise jusqu'au Nahgowe, et des pagi de la Moselle et de la Seille jusqu'au />. Salinensis inclusivement >. Mais l'Alsace ne lui appartenait pas.
Charles le Gros, en effet, accorde aux moines de Murbach (que son frère dispense simplement de payer aucune redevance au fisc pour le sel qu'ils feront venir de Marsal) l'autorisation d'élire leur abbé^. Murbach dépen-
1. Le 17 novembre 880, à Francfjrt, Louis confirme à Williher, abbé de Saint-Maximin, la jouissance, sa vie durant, de la chapelle de Francfort, que Williher détenait en fief du roi, et à la chapelle elle-même les dotations dont l'avait pourvue son père (B. M. 1628, HoNTHEiM, Hist. Trev. dipl., t. I, p. 218).
2. Le 24 juin 880, Louis donne à Fulda la uilla de Berg (soit Berg dans le kreis de Berncastel, soit Bcrrj dans celui de Saarburg, tous deux dans la présidence de Trêves) dans le p. Moslensis et le comté d'Adalard, villa que son grand-père avait déjà donnée à l'abbaye, mais qui, n'ayant pas été régulièrement confirmée à celle-ci, lui était disputée par d'autres (B. M. 1527, Dronke, Codex diplomuticiis Fuldensis, p. 280).
3. Le 10 mai 879, à Metz, Louis, à la prière de Wala, cvèque de Metz, restitue à l'abbaye de Gorze la villa Fao (Foug, Meurthe-et-Moselle, Toul-nord) du p. Bedensis (le Blois), dans le comté de Leuthard, et interdit à l'évèque de la prendre ou de la donner en fief (B. M. 1621, Histoire de Met:, t. III [et non IV], preuves, p. Zjo). En outre, d'après ['Histoire (manuscrite) de Met:, par Benoît Picart, t. I, p. 682, Louis aurait concédé au clergé de Melz le droit d'élire son évè([ue. — Quant aux chartes du diocèse de Metz, elles sont datées des années de règne de Louis. C'est le cas d'une charte précaire de l'église Saint-Etienne, rendue par l'évèque Wala en 881-882 : « facta precaria anno VI adeptionis regni Ludowici gloriosissimi régis » ; et d'un échange entre \\^ala, évèipie de Metz, et Bovon, abbé de Gorze, de 880, i3^ indiction, et « anno V adeptionis regni Hludowici gloriosissimi régis <• (^Histoire de Metz, t. III, preuves, pp. 43 et A4)- Par contre, une autre charte de Gorze, un échange entre Wala et Anségise, archevêque de Sens, porte simplement 878, sans indication des années de règne du souverain {H. d. M., t. III, pr., p. 4«)- Pourtant, une charte (inédite) de la même abbaye, un échange avec un certain Bernard, est datée de 885, 3^ indiction et 7'' année du règne de l'empereur Charles, fils du roi Louis (Cnrt. Gorz., p. 85, col. i, n" 76) ; cela ferait remonter à 878 ou 87g l'avènement de Charles dans cette partie de la Lorraine. Mais, d'autre part, la charte par laciuelle Robert, évècjue de Metz, accorde à Bivin le droit d'élever une chapelle à Doncourt porte 886, 4" indiclion et 3" année du règne du roi Charles. Il y a évidemment dans ces deux derniers documents une erreur pour le chiffre des années de règne du souverain. Les actes au nom de Louis de 880 et de 882 indiquent ([ue p ur les années de 'règne de ce prince l'on prenait pour point de départ 876 et probablement la mort de Louis le Germaniiiue.
4. Le diplôme a été rendu le i3 septembre 878, à Mothern (Alsace), lors de l'entrevue de Louis avec son frère Charles, à la prière de l'abbé Frédéric et sur la ])résentalion d'un diplôme de Louis le Pieux (B. M. Go3), qui a servi de modèle (B. M. i5ig, R. H. Fr., t. IX, p. 329).
5. Marsal se trouvait dans le paç/iis Salinensis (charte d'Heppon pour Wisscnibourg de 84o-84i, Zeuss, Traditiones Wirzenburgenses, n" 2i5).
6. Sur ce diplôme, voir ci-dessus. Citons encore une charte de Murbach, du 2 septembre 881. C'est une donation laite à l'abbaye par un certain Egilmar, et ainsi datée : « Engilgarius indignus monachus et diaconus rogatus scripsi anno régnante donno Karolo imperatore cesare auguslo primo IV nonas septembris. « Schœpfliîj, qui a édité cette charte (.1/s. dipl., t. I, p. Go, n" 78), l'a placée en 801, trompé par une autre charte, de 8o5, où
4'i() LA LORRAINE PARTAGEE ENTRE LA FRANCE ET l'aLLEMAGNE (869-879).
(lait iU)nc (le (llmrlos le (îros et non de son frère. En outre, nous voyous (lliarles confirmer ii deux reprises à l'aJjbaYe Saint-Félix et Sainte- Régule de Zurich la possession de biens (|ui lui avaient été donnés en Alsace ' ; une autre lois, il fait avec l'éylise de Coire un échange où li(jurent des terres qui se trouvent en Alsace^. Cette province était donc soumise h (]harles le (Iros. Un diplôme du même prince pour l'abbaye de Moutiers-tiranval prouve qu'il possédait le p. Sorn(/au(jiensis, où était situé ce monastère '. Il avait donc aussi le /). IJasilensis, compris entre la Souabe, l'Alsace et le p. Sorngaiigiensis, ainsi que les pagi Alsgaiigiensis, Scudingoruin, Warascoriim et Amaus, placés au sud du p. Sorngaiigiensis. Nous pouvons fournir encore une autre preuve eu faveur de l'attribution à Charles de l'Alsace et des p(igi bourguignons qui avaient appartenu à Lothaire II ; c'est une lettre par laquelle un évèque de Constance (Salomou II) notifie à son collègue de Strasbourg (lléginhard)^ qu'il se rend à Lure, sur l'ordre du roi Charles (le Gros). Il ([ualifie ce prince de rex noster ; or, comme Salomon parle de lui-même au singulier, ce noster s'applique à Réginhard et k lui. L'évêque de Strasbourg est donc le sujet de Charles le Gros, et par suite son diocèse, le Nordgau alsacien, dépend de ce prince. D'autre part, si Charles envoie Salomon à Lure pour y rétablir l'ordre, c'est que l'abbaye lui appartient?. Enfin, C^harles étant qualifié de roi, la lettre est antérieure au mois de février 881, date du couronnement de ce prince comme empereur; comme Louis le Jeune ne mourut ([ue le 20 janvier 882, son frère n'avait pas encore hérité de lui quand fut écrite la lettre de l'évêque de Constance *". Quant aux pagi cédés en 85(j à Louis II par son frère Lothaire, pagi
le donateur s'appelle aussi Egilmar. Mais la mention de l'abbé Frédéric nous oblige à reporter l'acle du 2 septembre sous le règne de Gliarles le Gros, Cbarles le Cbauve n'ayant pas régné en Alsace ; et le tils de Louis le Gennauique ayant été couronné empereur ea février 881, le 2 septembre de la première année d'empire de ce prince tombe en 881.
1. Par ces deux diplômes, dont l'un est du 24 uiars 878, l'autre du 7 mars 879, Cbarles, sur la prière de sa sœur Bertbe, confirma à Saint-Félix et à Sainte-Kégule de Ziiriob (dont Bertbe était abbesse) divers domaines situés à Scblestadt et dans d'autres localités de l'Alsace, que Lolbaire avait donnés à Bertbe (B. M. 1287) et cpie celle-ci avait cédés à l'abbaye pour les besoins des religieuses (B. M. i543 et iô4<J, \Vyss, Geschiclile der Abtei Zurich, Beilagen, n"" i5 et 16).
2. L'église de Coire possédait ou plutôt avait posst-dé à Scblesladl et dans d'autres localités de l'Alsace des terres gui lui avaient été enlevées. Elle les cède à Cbarles, qui les donne à son favori Liutward, et elle rc(^oit en retour l'abbaye de Tut'ers et d'autres domaines dans la Rliétie, ([u'auparavant Cbarles avait concédés en bénélice à l'évèque de Verceil (Diplôme rendu à lleggio, le 4 janvier 881, B. M. i5G0, Sciiœpflix, .1/a'. </*/j/., L I, p. 90).
3. F*ar cet acte, du 5 avril 878, Cbarles conlirme la donation faite à Moutiers-Granval de ses biens par Engilgon, ipii les repreiul en précaire avec îles terres appartenant à l'abbaye (B. AL i544. Tuouillat, Monuinenls de l'ancien éi'êfhé de Bâte, t. I, p. 119).
4. C'est Zeumkr, éditeur de cette Icllre (Fonnulw, etc., p. 417) <ini croit que l'évèque de Strasi)ourg était alors Héginbard. Mais ce jiourrait è re Ralold, dont nous ne connaissons pas l'année de la mort.
.'). Lure avait él('! attribuée à Louis le Germaniipu' |)ar le traité de Meerssen (<.'<<"., t. 11, p. 194)- N,)us avons vu précédemiiUMit que d'après la \'it<i S. Deicoli, celte abbaye aurait été d )un(''i' par Waldrade à son c )usin, le comte alsacien Eberiiard.
(■). V'oir celle lettre dans Zkumku, Forniulie, ]>. 4 17-
PARTS RESPECTIVES DE LOUIS ET DE CHARLES. l\2']
que Louis le Germanique avait fait occuper en 871 par son plus jeune fils, sur le faux bruit que l'empereur était mort, et qu'il avait très probablement évacués en apprenant que son neveu vivait encore, Charles le Chauve avait dû s'en rendre maître en 875, et les conserver jusqu'à sa mort. A deux reprises en effet, en 876 puis en 877, .on le voit passer par Orbe, Lausanne et le Grand-Saint-Bernard pour se rendre en Italie, et en 876 il revient en Gaule par cette même route '. Enfin, au concile tenu à Ravenne en août-septembre 877 sous la présidence de Jean VIII, on trouve les évêques Anségise de Genève et Walter de Sion ^ ; ils ne seraient pas venus à un concile tenu avec l'assentiment ou sur l'ordre de Charles, s'ils n'avaient pas dépendu de ce prince. Après la fin de l'empereur, ce ne fut point Carloman, mais Charles le Gros, qui s'empara de ces pagi, ou qui éleva sur eux des prétentions. Nous en avons pour Lausanne une preuve dans la lettre par laquelle Salomon II, évêque de Constance, invita Thierry, archevêque de Besançon, à consacrer évêque de Lausanne un clerc que le roi Charles (le Gro.s) avait gratifié de ce diocèse''. A cette date, Carloman n'était pas mort et n'avait pas encore cédé à son frère ses droits sur l'Italie.
Pour nous résumer, Charles le Gros avait eu certainement en 878 l'Alsace, les pagi bourguignons échus à son père en 870 et ceux que Lothaire II avait abandonnés à Louis II en 869. Le reste de la Lorraine orientale échut à Louis le Jeune, qui eut sans doute, outre les territoires dont nous avons parlé plus haut, quelques pagi intermédiaires, sur le sort desquels aucun document ne nous fournit de renseignements : ce sont le Saroensis, VAlbensis, le Caloomontensis, le Suentensis, le Solocensis, VOdornensis et le Bassiniaciis. S'il n'est pas absolument sûr qu'ils appartenaient à Louis le Jeune, la chose est du moins très vraisemblable 4.