LES PARTISANS DE HUGUES EN LORRAINE
Waldrade, c'était là un fait cer'ainement extraordinaire, presque monstrueux. Le comté de Wibert, nous l'avons montré plus haut, devait être situé dans la vallée de la Meuse ou celle de l'Ornain. Nous n'avons sur le comté de Thiébaud aucune donnée précise. Quant au comte Robert, peut-être est-il le même que celui qui devint abbé d'Echternach en 890, après Adalard le Jeune' ; un comte Rol)ei^t figure dans le diplôme faux de Charles le Gros pour Sanction, père de saint Gérard de Brogne, comme intercesseur avec Francon, évêque de Liège". Il est vraisemblable que ce Robert ne fait qu'un avec l'abbé d'Echternach et le partisan de Hugues. Le comté de Robert devait donc se trouver dans l'Ardenne ou dans les environs. Celui d'Etienne était situé dans le bassin de la Moselle, soit qu'il faille voir en lui le pagiis Calvoinontensis, soit le pagiis Bedensis. Nous pencherions même en faveur de ce dernier ; le comte Etienne, qui souscrit en même temps que Wibert et que Matfrid, la charte d'Hildebert pour Saint-Vanne, doit se confondre en efï'et avec le partisan de Hugues et avec l'allié de ce même Matfrid et de son frère Gérard dans la lutte des seigneurs lorrains contre Zwentibold ; or c'est,, croyons-nous, le pagus Bedensis qu'administrait ce comte Etienne, qui avait pour frère Walahon3. Albéric, celui, très probablement, qui assassina Meingaud en 892, et qui fut lui-même assassiné par le comte Etienne dont nous venons de parler, est qualifié de comte en 896 par Réginon +, mais nous ne savons quel pagus il gouvernait. Son frère Etienne
1. D'après le Calai, abb. Epi. /»« {SS., t. XIII, p. 789, et t. XXIII, p. 3a), Robert aurait été abbé d'Ecliternacli pendant huit ans, de 8yo à 897 ; le Calnl. abb. Ept. 11^^ (SS., t. XIII, p. 741, et t. XXIII, p. 33) ne lui attribue que trois ans d'abbaliat.
2. B. M. 1714, Bullelins de l'Académie royale de Belgique, 1^^ série, t. IV, p. i58.
3. Rkginon, Chronicon 883, pp. 120-121, en énumérant les partisans de Huc[ues, mentionne deux Etienne, dont l'un était i'rère d'Albéric ; il ne dit point que l'autre lut le frère de \\^alalion, tandis que c'est Etienne, frère de Walahon, à ([ui il attribue le meurtre d'Albéric, en 896, et qu'il l'ait assassiner en 901. Si nous croyons que l'allié de Gérard et de Matt'rid est plutôt le comte du p. Bedensis que celui du Calvomontensis, c'est ([ue le premier de ces pagi était voisin du Blesensis, où les deux frères aAaienl une partie de leurs domaines ; le Calvomontensis, au contraire, s'en trouvait assez éloigné. Le comte Etienne du dernier de ces territoires est mentionné dans un acte d'Arnulf du 18 mai 891 (B. M. 1810), celui du Bedensis, dans un diplôme de Zwentibold, du 28 octobre 896 (B. M. 1908). Stkix, qui s'occupe d'Etienne et de son frère Walahon, Kœnig Konrad 1, pp. i4i-iA3, ne semble pas identifier le premier, dont il fait le comte du p. Calvomontensis, avec l'ancien partisan de Hugues non plus qu'avec l'adversaire de Zwentibold. DtJMMLER, t. III, p. 456, n. 2, admet au contraire que ces trois Etienne n'en font qu'un ; il déclare impossible de décider si ce personnage eut le Bedensis ou le Calvomontensis. Hkinrich WiTTE , Genealoffische Untersuchungen, commence par dire qu'on ne peut décider si le comte du p. Calvomontensis est le même que celui du Bedensis (Jnhrb. G. L. G., V*"r Jahrg., l'^r Hcft, p. 35); il pense (ibid., n. 3) que le premier n'est autre que le comte Etienne mentionné en 883 par Réginon (le partisan de Hugues). Puis, dans un autre chapitre de son travail (Jahrb. G. L. G., Vil''''' Jahrg., i^^f Hefi, pp. 79-So), parlant du frère de Walahon, il en fait un comte du Bedensis et du Calvomontensis. Ajoutons que certains auteurs, trompés par le diplôme faux d'Araulf pour l'église de Toul (B. M. i8.5o), ont cru Etienne frère de Gérard et, par suite, de Matfrid. C'est le cas de Kremeii, Origines NassoiciP, p. y4. Mais Wittigii, Die Entstehung des Iler-zogthums Lothringen, p. 3i, n. .5, tout en admettant l'authenticité de B. M. i85o, rejette la parenté d'Etienne avec les deux autres comtes, et croit ([u'il y a dans l'acte une erreur de copiste.