‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 428 sur 764 · HUGUES PRÉTENDANT AU TRONE DE LORRAINE · texte numérisé non relu

HUGUES PRÉTENDANT AU TRONE DE LORRAINE

fidèles ; ceux-ci vinrent assiéger une des forteresses du prétendant, qui s'élevait dans les environs de Verdun'. Ils s'en emparèrent, tuèrent une

I . C'est vers cette époque que mourut l'évêque de Verdun Bérard ; d'après les Gesla epp. VircL, ch. 19 (SS., t. IV, p. 45), il trépassa le 3i décembre à Tholey (abbaye qui dépendait de l'église de Verdun). Les Gesta ne donnent pas l'année où l'événement se produisit ; les Ann. Vird. indiquent 891, les Ann. S. Ben. Div. 882 (SS., t. IV, p. 7, t. V, p. 39), mais ni l'une ni l'autre de ces deux années ne sont acceptables. Nous savons en effet par les Gesta, cb. 20, que Dadon succéda à Bérard du vivant de Louis le Jeune (mort le 20 janvier 882) et que pendant la deuxième année qui suivit sa consécration il reçut de ce prince le fisciis Meinrochim (ou Meinroclus, inconnu). C'est vraisemblablement lors du voj'age qu'il fit à la fin d'avril et en mai 881 en Lorraine que Louis le Jeune fit cette donation à l'évêque de Verdun. La consécration de Dadon serait donc antérieure à mai (avril) 880. D'autre part, Dadon lui-même, dans un fragment écrit en 898, 5" année du règne d'Arnulf, 9" indiction {SS., t. IV, p. 87), déclare qu'il est alors dans la iS^ année de son pontificat. Seulement les trois premières indications chronologiques ne concordent pas entre elles, la 5" année d'Arnulf allant de novembre 891 à novembre 892, et la 9^ indiction correspondant à 891. Il est probable toutefois que l'année de l'Incarnation ainsi que le chiffre des années de pontificat de Dadon sont exacts ; c'est donc en 880 au plus tôt que le prélat serait monté sur le siège de Verdun. Ce résultat ne contredit pas celui auquel nous étions arrivé en partant des Gesta. Nous acceptons donc 880 comme année de l'avènement de Dadon. Bérard serait mort le 3i décembre 879 au plus tard. Il semble que l'élection de Dadon se soit faite d'une façon irrégulière. Hincmar le dit formellement dans une lettre qu'il écrivit à Wala pour la consécration de Dadon qu'il ne nomme pas d'ailleurs (Flodoard, h. R. E., liv. III, ch. 23, t. II, p. 3o3), et les Gesla Treveronun, ch. 27 (SS., t. VIII, p. 166), font allusion à Dadon, quand ils parlent d'un évêque de Verdun consacré contre le gré de Bertulf, qui refusa de recevoir les lettres du pape (Jean VIII) écrites pour justifier la consécration. Pourcpioi cette hostilité de Bertulf? Quelles irrégularités avaient été commises ? Autant de mystères qu'il est impossible d'éclaircir. Il résulte de la lettre d'Hincmar et des Gesta Trev. que ce fut Wala qui consacra Dadon avec l'autorisation du pape, à moins que ce dernier n'ait fait qu'approuver le fait accompli. Dadon nous apprend lui-mèmo que Bérard était son oncle maternel (SS., t. IV, p. 87), et nous savons par le Liber vit.x de Remiremont (N. A., t. XIX, p. 69) que le prélat avait pour père Radoald, pour mère Rotrude, pour frère Adalbert et pour sœurs Wilburg et Lansiat. Enfin, le fragment d'un polyptyque de l'église de Verdun (SS., t. IV, p. 38), nous fait connaître que Barnoin, successeur de Dadon, était en même temps son neveu. Barnoin étant très probablement fils de Matfrid, l'adversaire de Zwentibold, Kruger en avait conclu que Dadon était un frère de Matfrid, de Gérard et de Richier (Der Ursprung des Hauses Lothringen-Habsburg , p. 10). Mais les indications du Liber vitse détruisent cette hypothèse. Il ne reste alors qu'un moyen d'expliquer la parenté de Dadon et de Barnoin, c'est que la mère de ce dernier était la sœur de Dadon ; Wilburg ou Lansint aura épousé le comte Matfrid. D'après Hugues de Flavigny, Chronicon (SS., t. VIII, p. 356), Dadon aurait été abbé de Saint-Vanne avant de devenir évêque et aurait gardé ce monastère une fois monté sur le siège de Verdun ; en réalité Saint-Vanne dépendait de l'éghse de cette ville, de même que Tholey, et en devenant évêque de Verdun Dadon devenait abbé de Saint-Vanne. Bérard avait placé huit chanoines dans cette abbaj^e (basili(iue, dit Dadon) et leur fit une donation (Fragmentam Dadonis, .S'iS'., t. IV, p. 87). — D'après Wassebourg, Antiquitez de la Gaule Belgique, î° 169 v^o, et Calmet, t. I, col. 83 1, c'est Louis le Jeune qui aurait nommé Dadon ; nous ne savons d'où ils avaient tiré ce renseignement. Le second de ces auteurs ajoute que Louis, n'étant pas souverain de Trêves, n'avait pas cru nécessaire de faire venir pour l'élection de Dadon Bertulf, qui n'était pas soumis à son autorité. (Nous avons vu que Trêves appartenait à Louis le Jeune). Roussel, Histoire de Verdun, t. I, p. 19a (de la 2^ éd.), croit que Wala consacra Dadon, après en avoir référé à Hincmar. Clouët, Histoire de Verdun, t. I, pp. 288-284, se livre à des hyj)Othèses quelque peu hasardées relativement à la mort de Bérard et à son remplacement par Dadon. II suppose que Bérard s'était retiré à Tholey, et qu'avant de partir il avait confié l'administration du diocèse à son neveu ; que ce sont les gens du parti français (sic) qui accusent Dadon de ne pas s'être fait élire régulièrement ; que Dadon obtint de Jean VIII, probablement à la prière du roi de Germanie, une lettre en vertu de laquelle Wala le consacra. Plusieui-s de ces assertions ne reposent sur rien et man(iuent de vraisemblance, surtout les deux premières.

4r»2 LA I.OIUIAINK Uliu.NIE TOUT ENTIKUli A l'aI.LK.MAGNE (879-895).

jtaitic lie ses délViiseurs, en exilèrent d'autres et firent suljir au reste un cruel (raitcment : ils leur arnichèrent les cheveux et la j)eau (de la tète), et les renvo^ èrent dans cet état. A|)ri>s quoi ils détruisirent le château '• Mais ce n'était là (ju'un succès partiel, qui n'abattait pas la puissance de Hugues. Il fallait envoyer contre ce dernier une véritable armée, si l'on voulait en finir avec lui.

Un autre prétendant était encore plus redoutable, parce que son autorité se trouvait beaucoup plus solidement assise que celle de Hugues, nous voulons parler de Boson qui, le i5 novembre 879, avait été reconnu roi par un concile tenu à Manlaille, auquel assistaient les prélats de la Provence et d'une partie de la Bourgogne. J^e frère de Richilde, créé comte de Vienne en 870 ^, puis en 87O 3 duc de Lombardie, par Charles le Chauve, avait en 87G ou en 877 épousé Ermengarde, fille de Louis II et d'Engelberge +. Beau-frère et gendre d'empereurs, il lui parut qu'il pouvait aspirer à ceindre une couronne royale. Ermengarde, dit-on, l'y poussait 5 ; elle n'entendait pas rester la femme d'un simple seigneur, il lui fallait un trône. Tout d'abord, il semble que Boson, après la mort de Charles le Chauve, ait cherché avec l'appui du pape Jean VIII à s'emparer de la couronne d'Italie ^. Ouoique le départ de Carloman eût laissé la Péninsule sans maître, la combinaison échoua.

Boson tourna donc ses vues d'un autre côté. Il était, nous l'avons dit, comte de Vienne. Peut-être Charles le Chauve l'avait-il investi en outre de pouvoirs plus étendus d'abord sur la moitié occidentale de la Provence, qu'il avait obtenue à Meerssen, puis sur l'ensemble du pays, la part qu'en possédait Louis II lui étant revenue après la mort de ce prince. Toujours est-il que Boson sut acquérir de l'influence dans le royaume qu'avait jadis gouverné le plus jeune des fils de Lothaire I*"^. Ce ne fut que quelques mois après la mort de Louis le Bègue qu'il mit à exécution ses projets. La situation critique de Louis et de Carloman, menacés par les prétentions de Louis le Jeune, et incapables de sauvegarder leurs droits sur la vallée du Rhône, parut à Boson éminemment favorable à la réalisation de ses vues. Il acheva de gagner, en partie par

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