‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 43 sur 764 · Ann. Ful(L W'k p · texte numérisé non relu

Ann. Ful(L W'k p

3. D'après Wknck, pp. i54 et i55, Lothaire était à l'artVit d'un prétexte qui lui permit de chercher (pu-relle à son frère, et ce prétexte lui est fourni par l'enlèvement de sa (ille, l'auteur du ra|)t étant justement un vassal de Charles. C'est \h une allégation inspirée par res]irit dt> parti. DOmmlfr, t. I, pp. agG et 2y7, rappelle que (^.harlemagne et la jiiuparl de ses successeurs aimaient mieux mettre leurs lilles dans des monastères que (le huir faire épouser des grands, dont l'ambition aurait pu être excitée i)ar un mariage ])rii)cier. Aussi Dummler déclare-t-il ipie le méfait de Giselbert pouvait être ù bon droit (•t)nsidéré connue d'iui tri's dangereux exem|)le. Les obs(M-valions de DOmmlkr nous paraissent justes ; |)ourlant il a oublié dci rappeler (pu* Louis h^ l'ieux avait marié sa lille Gisèle au comte Evrard, (pii devint margrave de Frioul. l'ue fille de Lothaire 1"', nommée llcllctrudc, ('pousa un (•(inilc Ui-icnger (,l. K. ;!8a7).

LOTHAIRE l'"^^ SE BROUILLE AVEC CHARLES LE CHAUVE (840). 87

de Germanie ; on peut supposer en effet que c'est à sa demande qu'eut lieu, nous ne savons où, son entrevue avec Louis. Les deux princes déclarèrent solennellement qu'ils n'étaient pour rien dans le mariage de Giselbert avec la fille de leur frère'. Leur but, nous dit l'annaliste de Fulda, était d'apaiser l'irritation de Lothaire : il ne fut pas atteint. Une tentative, faite un peu plus tard par Louis en personne auprès de l'empereur, n'eut pas plus de succès ^. Lothaire avait-il ou croyait-il avoir des preuves que Charles avait été le complice de Giselbert ? Les documents ne nous l'apprennent pas.

La brouille des deux souverains n'alla pas jusqu'à la guerre ouverte. Mais les incursions faites à cette époque par des vassaux de Lothaire dans le royaume de Charles 3, le pillage des biens que l'église de Reims possédait dans les Etats de l'empereur 4, enfin les nouvelles démarches en faveur d'Ebbon tentées par son ancien protecteur 5, peuvent être regardées comme des conséquences de l'animosité qu'éprouvait Lothaire à l'égard de son jeune frère.

Louis allait, en 847, tenter de nouveaux efforts pour réconcilier Lothaire avec Charles. C'est sans doute à lui que revient l'initiative de l'entrevue qui eut lieu en février à Meerssen, dans les Etats de l'em-

1. Afin. Fald. 846, p. 36. C'est en mars qu'eut lieu l'entrevue.

2. Ann. Fii/d. 846, p. 36. Tandis que Dijmmler, t. I, p. 297, place en avril la visite de Louis à Lothaire, INIûhlbacher, Reff. Kar., p. 4i9> la croit plutôt du milieu de mai.

3. Corw. op. Marsnain /"*, cli. 4 de l'Adn. Hlud. (CC, t. II, p. 70).

4. HiNGMAR, De Jure melropolitanoriim, cliap. 22 (Mione, t. CXXVI, col. 201).

5. HiNCMAR le dit expressément dans une lettre au pape Nicolas I<"", de 867 (Migxe, t. CXXVI, col. 82). Ebbon, quoique Louis le Germani(jue lui eût cédé l'évèché d'Hil- <lesheim, suffragant de Mayencc, n'avait pas renoncé à remonter sur le siège de Reims {Narratio clericorum Reinenniuin, R. H. Fr., t. VII, p. 280), qui depuis le mois d'avril 845 était occupé par Hincmar. Malgré cette dernière circonstance, malgré sa brouille avec Ebbon, Lothaire reprit en main la cause de son ancien partisan. Dans une lettre écrite en 85 1 au pape Léon IV, cette fois en faveur d'Hincmar, l'empereur déclare que c'est sur l'instante prière d'Ebbon (pi'il a demandé au pape Sergius II de soumettre à une nouvelle enquête la cause de l'ancien archeAèque de Reims (B. M. iii5, R. H. Fi'., t. VII, p. 565). Le but principal de Lothaire, on peut le supposer, était de créer des embarras à son frère. Quoi qu'il en soit, le pape ordonna la réunion à Trêves, c'est-à-dire dans les États de l'empereur, d'un concile chargé d'examiner l'affaire de la déposition d'Ebbon. A ce concile devaient siéger les légats du pape, rarchevê([ue de Rouen, Guntbold, avec quelques évèques français qu'il aurait désignés, et, d'après la Narraiiu clericorum Remensium, les archevêques Drogon de Metz, Hetti de Trêves et Olger de INIaj'ence. Nous ne croyons pas devoir rejeter le témoignage de cette dernière source, <pioifju'elle soit la seule à parler de ces trois personnages, et qu'elle commette une erreur en attribuant à Léon IV la convocation du concile. Hincmar et probablement aussi Ebbon étaient invités à comparaître devant le synode. Mais les légats du pape ne parurent pas. Guntbo'.d réunit alors à Paris, sur l'ordre de Charles le Chauve, un concile exclusivement français. Ebbon, qu'on y avait convoqué, ne se présenta pas. Consulter là-dessus Hincmar, Epistola ad Nicolaum (Migne, t. CXXVI, col. 82); Ep'stoln concilii Tricasslni (Mansi, t. XV, col. 7(j4); Narratio clericorum Remensium (R. H. Fr., t. VII, p. 280); Flodoard, //. R. E., liv. III, ch. 2 (éd. Lejeune, t. II, p. 5).

Ebbon, à partir de ce moment, se résigna à son sort et n'adressa plus au Saint-Siège aucune réclamation jusqu'à sa mort, arrivée le 20 mars 85i (Hincmar, Ep. nd Nicolaum [Migne, t. CXXVI, p. 91] ; Flodoard, //. R. E., liv. III, ch. 2, éd. Lejeune, t. II, pp. 6 et 7). — Nous verrons plus loin Lothaire demander au pape Léon IV le pnllium en faveur d'Hincmar.

38 I,K UK(iNE DE LOTIIAIIIK l" (H/il^-Sf);')).

|»(M'(nii- '. 11 pouvait cioire que c'était lîi un grand pas de fait dans la voie (le la pacificatiou : au cours des entretiens c[u'ils auraient avec leur aîné, Louis et Charles tlissiperaient ses soupçons et parviendraient h le convaincre qu'ils étaient complètement étrangers au crime de (lisclbert. Si telles étaient les espérances de Louis, elles ne se réalisèrent pas, au moins d'une façon conqdète. Dans les actes du congrès de Meerssen, les souverains débutent, il est vrai, par affirmer leur concorde et leur unanimité^, ils se promettent mutuellement aide et assistance > ; plus loin, ils prennent des mesures d'ordre intérieur applicables à leurs trois Etats ■*, et décident d'envoyer en comniiin des and)assades au roi de Danemark s, au duc des Bretons^ et à Pépin 11, pour inviter les deux preiniei'S k s'abstenir de violer la paix, et pour convoquer le troisième, qui se maintenait toujours en A(|uitaine, au congrès que ses oncles se proposaient de tenir en juin à Paris 7. Si Lothaire promettait d'intimer k ses vassaux l'ordre de cesser d'inquiéter le roi de France et ses fidèles s, par contre, ni le capitulaire proprement dit, ni les proclamations faites par les rois ne parlaient de (iiselbert ; k moins cependant que l'on ne veuille voir une allusion k cette all'aire dans l'article 8 du capitulaire, qui interdit le rapt et menace d'un châtiment celui qui s'en rendrait coupable. Il est possible que l'enlèvement de la fille de Lothaire ait déterminé les princes ou leurs conseillers k introduire dans l'acte la disposition que nous venons de rapporter, mais cette insertion ne constituait pas une satisfaction suffisante donnée k Lothaire pour l'outrage qu'il avait subi. Si nous rapprochons du silence que gardent les actes du congrès de Meerssen du témoignage des Annales Fuldenses, qui disent formellement que Louis ne réussit pas k apaiser le ressentiment de Lothaire contre Charles 9, nous sommes obligé de conclure qu'à Meerssen l'accord n'a pu être rétabli entre les deux frères. Ce qui contribuerait encore k démontrer que cette manière de voir est juste, c'est la décision prise par les rois de se retrouver en

1. Corw. iip. Miifsnnni /"% CC, t. II, p. (58. D'après une lettre de Loup, abbé de Ferrières, à Marcward, abbé de Priim (R. II. Fr., t. VII, p. 5oo), le congres avait d'abord été fixé à la deuxième semaine de carême, commençant le dimancbe G mars et se terminant le samedi i3. — Ni les Ann. Bert., ni les Ann. FuUl. ne mentionnent le congrès île Meerssen. Meerssen se trouve en Hollande, province de Limbourg, arrondissement de Maëstriclit.

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