ALLIANCE DE HUGUES AVEC GODFRID
de Carloman, devenu seul roi de la France de l'ouest par la mort de son frère, réclamer k l'empereur la restitution de la moitié occidentale de la Lorraine. Malgré la promesse qu'il avait faite à ses cousins, soit à Gondreville, soit à Orbe, Charles ne donna à Hugues qu'une réponse évasive '. Carloman dut encore s'estimer heureux que. l'empereur ne cherchât pas à lui disputer la possession des provinces qu'avait gouvernées Louis III.
Charles passa en Italie la plus grande partie de l'année 883^, laissant ainsi le chamjj libre aux païens et aux agitateurs. Ceux-ci ne manquèrent pas d'en profiter. Robert ayant été, le 22 avril 883, élevé sur le siège épiscopal de Metz 3, le bâtard de Lothaire dut perdre la jouis-
1. Ann. Bert. 882, pp. i53-i54. Gfrœrer, l. II, p. 282, croit (pie Charles le Gros souffeait à détrôner son jeune cousin; c'est pour cela qu'il lefuse de lui restituer la Lorraine occidentale, et c'est à son inst'fjalion que les grands de Carloman refusent de combattre les Normands. Tout cela est de pure f'aniaisie. Digot, op. cit., t. I, pp. 148-149, et Huiw, op. cit., t. I, p. (')4, croient que l'abbé Hurjues, qui vint à Worms au nom de Carloman, était le bâtard de Lothaire IL Nous ne savons sur quoi se fonde Bourgeois pour prétendre (pie Charles le Gros céda à son cousin l'abbaye Saint-Vaast d'.\rras (Hiujties l'Abbé, Annales de In faculté des lettres de Cnen, if" aiuiée, p. 117).
2. Ann. Fald. 883 et Cont. Ratisb. 883, pp. 100 et 109-110; il y arriva en avril.
3. Les sièges de Trêves et de Metz furent pourvus presque en même temps. Berlnlf, qui n'avait point péri, comme Wala, à la bâta lie de Remich, mourut le 10 février 883 (RÉGiNON, Chronicon 883, p. 120 ; d'après les Gesta Trev., ch. 28, SS., t. VIII, p. 1C7, il serait décédé l'année même de la bataille de Remich). Le siège ne resta pas longtemps vacant, et Bertulf eut pour successeur Radl)od (pii, suivant Rkgixon (ibid.), aurait été élu par le clergé et le peuple. Toutefois, comme une notice du Liber confrciternitntis de Saint-Gall {Mon. Gerni., Libri conf raterai tatis Gerniania', t. I, p. i36) dit l'archevêque de Trêves issu d'une noble famille souabe, on peut supposer que l'empereur, très favorable aux Souabes, s'il n'avait pas donné le siège vacant à Radbod, avait tout au moins désigné celui-ci au choix des é'ecteurs. Radbod fut consacré le 8 avril (Régino.x, 883, p. 120). Les Gesta Treverorunt, ch. 28 (.S'^"., t. VIII, p. 1G7) et les Miracula S. Liutwini, ch. 3 (SS., t. XV, p. 1262), se trompent en disant que Radbod était abbé de Metlach, avant de monter sur le siège de Trêves. Nous avons déjà dit que ce monastère dépendait de l'église de Trêves, et que les archevêques de cette ville étaient en même temjis abbés de Metlach. — Quinze jours après sa propre consécration, le 22 avril, Radbod consacra évèque de Metz Robert (Réginon, Ghronicon 883, p. 120, donne l'année et le jour; les Ann. S. Vinc. Mett., SS., t. III, p. 1.07, n'indiquent que l'année; cf. Gesta Trev., ch. 28, SS., t. VIII, pp. 1G7-168 ; le Gatoloijus I. epp. Mett., SS., t. XIII, p. 3o5, place la consécration le 22 avril, mais en 882). Comme Robert était, lui aussi, un Souabe (Mirac. S. Glod., ch. 3o, et Gesta epp. Mett., SS., t. IV, p. 237 et t. X, p. 541), il est vraisemblable qu'il devait l'évèché de Metz à la faveur de l'empereur. D'après la Vita Deoderici ep. Mett., liv. I, ch. 10, de Sigebert de Gembloux, et les Gesta epp. Mett. (SS., t. IV, p. 469, et t. X, p. ^)l^l), un pape, que ces deux sources n'indiquent pas d'ailleurs , aurait octroyé le pallium à Robert. On trouve ce prélat qua'itié d'archevêcjue dans le 2" catalogue des évèques de Metz (SS., t. II, p. 26g, ou t. XIII, p. 3o5) et dans plus eurs chartes de Gorze de 884, 896, 902-903, 910 et 912 (Histoire de Metz, t. III, pr., p. 44> Cartul. Gorziense, p. ii4, col. 2, n° 82, H. d. M., ib., ]). 5i, Calmet, t. I, col. 333, et H. d. M., ib., p. 53). D'autres chartes de la même abbaye le traitent simplement d'évêque, celles de Sg'i-SgS (?), gio et 914 (Cart. Gorz., pp. m, col. 2 et 116, col. 2, n"'* 80 et 83, //. d. M., ib., pp. 52 et 55). Il ne prend luimême que le tHre d'évêque dans la charte qu'il rend au nom de Charles le Gros pour Saint-.\rnoul (H. d. M., t. III, preu es, p. 4*J). Etienne V (VI) ne lui en donne pas d'autre en lui écrivant (J. L. 3447j Mansi, t. XVIII, col. 19), et au concile de Tribur il est rangé ])armi les évèques (CC., t. II, pp. 211 et 24G). — Sur Robert, voir l'Histoire de Metz, t. III, pp. G42 et suiv. — Comme eu 883 le 8 avril tombe non un dimanche, mais un lundi, Bo.\.\ell, JJie Anfienge des Karolinc/ischen Hanses, Excurs IX, p. 192, qui
/jG8 LA l.OKKAINK UÉUNIE TOUT ENTIKHK A l'aLLEMAGNE (87y-8(jr)).
sanec des biens de cotto église, dont Cliarles lui avait fait cadeau l'année précédente. C'était un sujet de mécontentement. Mais aloi\s même que Hugues eût conservé les revenus de l'évéché de Metz, il aurait intrigué contre l'empereur, dont l'absence lui donnait les coudées franches. Il reprit ses projets d'occuper le trône de Lorraine, et, non content des amis et des partisans (ju'il comptait dans le pays, il s'allia ou renoua avec Godfrid, le Normand converti au christianisme, à qui Charles le (lios avait cédé une partie de la Frise. Pour s'assurer de la fidélité de (îodfrid, Hugues lui donna en mariage Gisèle, la seconde de ses sœurs'. Mais d'autre part, le jeune prétendant, se laissant aller à la violence de ses passions, commettait des actes de nature a lui aliéner ses adhérents. Nous avons vu tout ce (ju'il devait au comte Wibert ; il eut la cruauté de le faire périr, Réginon ne dit pas pour quel motif. Il s'éprit de Friderade, femme de Bernier, qui comptait parmi ses plus dévoués partisans. Bernier périt assassiné traîtreusement sur l'ordre de Hugues, qui s'empressa d'épouser sa veuve. C'étaient là des crimes odieux et en même temps des fautes graves, car de tels actes devaient détacher de Hugues ses anciens amis, et l'enqjèchor d'en recruter de nouveaux^.
Si Charles le Cîros avait cru, eu établissant Godfrid dans la Frise, que ce personnage garantirait le pays dos atta([ues de ses compatriotes, l'événeuieat prouva ([u'il s'était étrangement trompé. La conduite du nouveau converti fut celle d'IIeriold et de Roric. Aussi peu q'ue ces derniers, il se préoccupa de défendre la contrée confiée à ses soins. Dès 882, une bande de pirates prit et brûla le port fluvial de Deventer sur l'Ijssel, et massacra une partie des habitants'. L'année suivante, des Normands qui étaient venus du Danemark dans le Kennemerland s'établirent à Diusburg avec l'assentiment de Godfrid +. Une partie d'entre eux remonta le Rhin et détruisit a nouveau quelques-unes des localités qui avaient été ruinées par la terrible invasion de 881-882, et que l'on avait rebâties. Cologne était sortie de ses ruines, et on l'avait entourée de murs ; seules
croit que les consécrations avaient toujours lieu un dimanche, est d'avis que celle de Radbod doit être reportée en 882, année où la lele de l'à([ues tombe justement le 8 avril. Pour ce qui est de Robert, il n'accepte ni 883, ni le 22 aviil ; Robert étant mort le a janvier 915 et son épiscopal ayant duré 33 ans, 7 mois et 12 jours, c'est non pas le 22 a\ril, mais le 21 mai (jue ce prélat a dû être consacré. Or, le 21 mai n'est im dimanche qu'en 881. Nous ne pouvons accepter les conclus'ons de Bonnell. (Juelles ([ue soient les inexactitudes ciironolo(ji(iues de RKfJiNON, il n'aurait pu se tromper sur l'amiée où son archevècpie a été consacré ; tout au plus admettrions-nous qu'il a commis une erreur en ce qui c:)ncerne le jour et mis VI /V/. apr. au l.eu de Yll. La consécration de Robert, du moment qu'elle a été faite i)ar Radbod, ce que n/us n'avons aucune raison de mettre en doute, ne peut avoir eu lieu (pi'en 883. D'ailleurs, c'est en 882 (pie W'ala est mort, et non en 881, coiiiiiic le soiilieni à lort Bo.NMii.i, (voir ci-dessus, p. /(Ui, n. .'>, et p. A'". »• ' )•