LE COMTE HENRI FAIT TUER GODFRID
engagements et continuât de défendre l'empire contre les incursions des pirates, il fallait lui abandonner Coblenz, Anderuach, Sinzig et quelques autres domaines royaux, où l'on récoltait du vin, les terres qui lui avaient été cédées étant dépourvues de vignes '.
Nous ne savons où les deux comtes présentèrent à. l'empereur cette étrange requête. Charles et ses conseillers virent le piège que leur tendait le barbare. Le comte Henri déclara qu'il fallait se débarrasser d'un ennemi dangereux. Mais, comme on ne pouvait aller attaquer Godfrid dans un pays protégé par des cours d'eau et par des marais, on devait employer contre lui la ruse. Très probablement, Henri exposa ensuite à son maître de quelle manière il entendait procéder, et son projet obtint l'approbation de l'empereur. Dissimulant ses intentions véritables, Charles congédia les comtes frisons, en leur disant que ses propres ambassadeurs iraient porter à Godfrid sa réponse, qui serait d'ailleurs de nature k le satisfaire, pourvu qu'il demeurât toujours fidèle. Peut-être gagna-t-on à ce moment l'un des comtes frisons, Gerulf, que les Annales Vedastini accusent d'avoir trahi Godfrid^.
Bien entendu, c'était au comte Henri que revenait le soin d'exécuter le plan que, sans aucun doute, il avait ourdi lui-même. Pour dépister les soupçons, il s'adjoignit Willibert, archevêque de Cologne, qui ne fut probablement pas mis dans le secret, et il eut la précaution de ne prendre avec lui qu'une faible escorte. Mais il fît partir par difTérentes routes de petits groupes de soldats qui, à un jour donné, devaient se trouver réunis dans un endroit qu'il leur indiqua. Puis, Henri alla prendre Willibert à Cologne et descendit le Rhin avec lui jusqu'à l'île des Bataves.
Godfi"id, apprenant l'arrivée des deux ambassadeurs de Charles le Gros, se porta à leur rencontre jusqu'à Rindern, là où le Rhin et le Wahal se séparaient alors pour former l'île des Bataves 3. Probablement, les deux