MALADIE DE CHARLES. DISGRACE DE LIUTWARD
tant et si bien que ce prince, dans une assemblée tenue à Kirchen, enleva à Liutward sa charge de chancelier, ses bénéfices et le chassa de son palais*. Il ne tarda pas d'ailleurs, comme le prouve un diplôme rendu en faveur d'Adalbert, neveu de son ancien favori, à regretter d'avoir disgracié ce dernier^. Quant à Richarde elle-même, elle aurait été quelques jours après obligée de comparaître devant le tribunal de l'empereur, pour se justifier de l'accusation d'adultère portée contre elle. La elle aurait protesté de sa complète innocence, affirmé qu'elle était restée vierge, quoique mariée depuis vingt-cinq ans, et demandé de recourir au jugement de Dieu pour prouver la vérité de ses allégations. Richarde aurait ensuite quitté son mari, pour se retirer dans l'abbaye alsacienne d'Andlau qu'elle avait fondée. Quoi qu'il en soit de cette histoire, très suspecte, il faut le reconnaître, si vraiment l'impératrice alla s'enfermer à Andlau, c'était un nouvel appui que perdait le malheureux souverain 3. Richarde ne lui avait pas donné de fils, mais d'une concubine il en avait eu un, nommé Bernard, qui, en 887, n'était probablement pas encore arrivé à l'âge d'homme. En 885 il avait voulu, avec l'appui du pape Adrien III, faire reconnaître Bernard pour son liéritier+. Mais la mort d'Adrien fit échouer ce projet, que Charles n'osa pas avec ses seules forces essayer de mener à bonne fin. Si l'on ne pouvait songer à mettre Bernard à la place de son père, dont l'incapacité et la faiblesse ne faisaient que s'accroître de jour en jour, si Hugues, privé de la vue, et Charles le Simple, à peine âgé de huit ans, n'entraient pas en ligne de compte, il n'en était pas de même d'Arnulf, bâtard de Carloman, à qui Louis le Jeune avait laissé, après la mort de son père, le duché de Carinthieî. Charles le Gros lui donna-t-il en outre le gouvernement de la Bavière ? Lors de l'expédition d'Elsloo, Arnulf commandait les troupes venues de ce pays^ ; en outre, les Annales Faldenses disent que Liutward,
imperatoris vitci, p. 4i, est convaincu que Réginon n'a fait que recueillir de vagues rumeurs ; d'après cet auteur, la retraite de Richarde ayant suivi l'expulsion de Liutward, on aura plus tard établi un lien entre les deux événements. Gfrœrer, t. II, p. 288, et Wenck, Die Erhehnng Arnulfs, p. 19, semblent croire que Charles était l'auteur des bruits mis en circulation contre sa femme et son chancelier, qui entravaient le projet qu'il avait formé de légitimer son bâtard en épousant la mère de ce dernier. Le renvoi de Liutward et de Richarde serait donc l'œuvre de l'empereur lui-même. Cette hypothèse est vraiment difficile à accepter.
1. Ann. Fuld. 887 et Coni. Radsb. 887, pp. 106 et iio; Réginon, Chronicon 887, p. 127.
2. B. M. 1718 (MoHR, Codex diplomaticas ad historiam Rhœticam, t. I, p. 46).
3. RÉGINON, Chronicon 887, p. 127 ; cf. Herimann de Reichenau, Chronicon 887 (SS., t. \', p. log) et Legenda S. Richardis (Grandidier, Histoire de Strasbourg, t. II, preuves, p. cccx). D'après des chroniqueurs de beaucoup postérieurs, par exemple .1. Twinger VON Kœnigsuoken, Chronik {Chroniken der deutschen Stœdte, t. VIII, p. 4i4). Richarde aurait subi victorieusement l'épreuve du feu, recouverte d'une chemise enduite de cire. Sur la légende de l'impératrice consulter Grandidier, Histoire de l'église de Strasbourg, t. I, pp. 228 et suiv. Richarde donna en 892 ou 8g3 des statuts à l'abhaj-e d'Andlau (Grandidier, ibid., p. ccciv). Le i^^ mai 884 (et non 880) Richarde avait confirmé à l'abbaye d'Étival, qu'elle avait reçue de son mari, la possession de ses domaines (Gai.met, t. I, pr., col. 3x6).