‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 467 sur 764 · CHARLES EST DETRONE PAR ARNULF · texte numérisé non relu

CHARLES EST DETRONE PAR ARNULF

corder la vie et quelques domaines en Alamannie pour sa subsistance ; il lui recommanda en outre Bernard, son fils naturel'. Arnulf fit droit à sa demande et le prince détrôné alla vivre en Souabe^. Il ne devait pas, d'ailleurs, survivre longtemps à sa déchéance : le i3 janvier 888, il mourut à Neidingen sur les bords du Danube?.

On ne peut pas dire que Charles ait été un souverain inactif, car il n'a pas cessé de parcourir ses différents royaumes, mais le courage et la fermeté lui faisaient également défaut, les conventions déshonorantes qu'il conclut avec les Normands à deux reprises en font foi. Sur la fin de son règne, la maladie (il souffrait de violentes douleurs de tête*) acheva d'affaiblir son moral et de le réduire à l'impuissance. Sa déchéance était pleinement justifiée ; pourtant on ne peut se défendre d'un sentiment de pitié pour ce maliieureux prince, qui n'avait été ni un ambitieux, ni un violent, et qui, après avoir gouverné l'empire de Charlemagne, en fut réduit à ne plus posséder que quelques villae.

Charles le Gros avait-il été formellement déposé par une assemblée d'évêques et de grands î? Aucun annaliste ne le dit, et nous ne croyons pas que les choses se soient passées ainsi. Mais le seul fait que les grands s'étaient concertés pour retirer leur obéissance à Charles et la reporter à Arnulf constituait une véritable révolution, une atteinte portée aux droits de la royauté, et un progrès immense fait par les seigneurs. Charles le Chauve et Louis le Bègue s'étaient vu imposer par ceux-ci des conditions avant de recevoir leur soumission, mais, pour la première fois depuis la déposition de Louis le Pieux en 833, un souverain était détrôné et remplacé par un autre. Nous ignorons d'ailleurs si les grands, avant de prêter serment à Arnulf, l'obligèrent à prendre vis-à-vis d'eux des engagements précis. Le caractère de la royauté de ce prince est mal défini. Arnulf était un Carolingien, mais sa naissance ne lui donnait pas de droits absolus au trône, au moins tant qu'il y avait des descendants de Charlemagne issus d'un mariage régulier. Seulement, une fois Charles le Gros exclu du trône, comme (Charles le Simple n'avait que huit ans, il fallait, si l'on ne voulait pas élire un seigneur, s'adresser à Arnulf, alors dans toute la force de l'âge, et dont les qualités inspiraient confiance. N'empêche que sans le choix des grands, le fils de Carloman

1. Ann. Fiild. 887 et Cont. Ratisb. 887, pp. 106 el ii5; Réginon, Chronicon 887,

2. Ann. Fald. 887 et Cont. Ra'isb. 887, pp. loG et ii5; Réginon, Chronicon 887,

3. L'endroit est indiqué par Herimann de Reichenau, Chronicon 888 (S S., t. V, p. loy); quant au jour, il y a à peu près autant de sources pour le 12 janvier que pour le i3 ; voir MûHLBACHER, Reff. Kar., p. 607, et Dùmmler, t. III, p. 289, n. 2.

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