‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 468 sur 764 · Cont. Ratisb. 887, p. ii · texte numérisé non relu

Cont. Ratisb. 887, p. ii

5. Les expressions employées par les Ann. Alamann. cont. 888, « Karolus imperator a regno depositus est «, et par les Ann. Aag., « K. imper, regno privatur » {SS., t. I, pp. 52 et 68), veulent simplement dire, d'après Mûhlbacher, Reg. Kar., p. O57, que Charles a été détrôné. Waitz, D. VG., t. V, p. 26 et n. i, ne croit pas non plus à une déposition en forme.

486 LA LORRAINE REUNIE TOUT ENTIÈRE A l'aLLEMAGNE (879-81/1).

ne serait j)as monté sur le trôao. Son pouvoir reposait donc îi la fois sur sa qualité de Carolingien et sur l'élection'.

F. a déposition de Charles le Gros et l'élévation d'Arnulf étaient l'œuvre des grands de l'Allemagne : ni ceux de l'Italie, ni ceux de la France occidentale^ n'y avaient pris part. Dans l'ancien royaume de Lothaire II, ceux de la Hourgogne au moins y restèrent complètement étrangers, puisqu'ils élurent pour roi Rodolphe \ mais les Francs de la Moselle et de la Meuse, quel rôle jouèrent-ils? Nous ne savons presque rien sur l'histoire de la Lorraine proprement dite', à la fin du règne de Charles le Gros, et nous ignorons en particulier si des évèques et des comtes de ce pays entrèrent dans la conspiration qui renversa Charles le Gros et porta Arnulf au tronc*. Quoique ce prince, après son avènement, n'eût pas quitté l'Allemagne, il se considérait comme ayant sur la Lorraine les droits qu'avait possédés son prédécesseur. Ce (pii le prouve, c'est un diplôme en faveur de Saint-Maximin de Trêves, rendu le 28 janvier 888 par le nouveau roi, ii la prière de Meingaud, comte du pagiis Meçjinensis'>, c'est surtout la conduite qu'il tint à l'égard d'un rival, Rodolphe, et des partisans de ce dernier.

1. Armilf devait-il le trône à l'élection des grands ou à sa qualité de Carolingien, et son règne inaugure-t-il une nouvelle période dans l'iiistoire d'Allemagne? (le sont là deux questions très controversées et que les historiens ont résolues de façons très différentes. Pour Gagehn, Armilfi iinperatoris vita, pp. 5i-54, Mûmlbacheu, Reg. Kai\, p. Gôg, et D. G. A'., p. 619, DuMMLEH, t. III, pp. 3o3-3o4, ce n'est pas le ])rincipe de la monarchie élective qui triomphe avec Arnulf; le fils de Carloman a succédé à sou oncle parce (ju'il était un Carolingien, et sa naissance a été la raison déterminante du choix des grands. Gagkrn admet, (ju'à défaut d'enfants légitimes, les bâtards avaient un droit suhsidiairc à l'héritage du père. Selon Zkllek, au contraire, op. cit., f. II, p. i78-i7y, Arnulf est le premier roi national de rAllemagne, et l'avènement de ce prince marque la victoire du principe électif sur celui de l'hérédité. Waitz, D. VG., t. V, pp. 26-28, tout en admettant que la qualité de fds de roi a pu d<'-terininer en grande partie le choi.x des grands, soutient que le droit d'Arnulf re[)ose avant tout sur l'élection, sur la reconnaissance des seigneurs ; il repousse la théorie de GAGiiKN sur les droits des bâtards, et l'opinion de cet auteur qu' Arnulf régnait en vertu d'un droit héréditaire.

2. CiiANTEnEAU-LKFEiivnE, Considérations historiques, etc., pp. 101-102, se tromiie en avançant que Charles le Gros avait été déjiosé tout d'abord par les Français, (jui élurent Eudes pour roi, et que les grands de l'empire (sic) ne firent que suivre le mouvement.

3. Le iT avril 887, il se tint i\ Cologne un synode ])rovincial présidé par ^^'illiberl, auquel prirent part les évèques Francon de Liège, Odilbalil d'IUrechl, Drogou de Aliiulen et Wulfhelm de Miinster, les abbés de Notre-Dame d'Aix-la-tUiapelle, d'Inden et de W'erden (Ma.nsi, t. XV'III, col. l\5). — D'après un acte rendu le 28 octobre 887 à .\ix-la-Chapelle, Charles le Gros aurait, à la prière de l'évc([ue Francon et du comte Robert, donné à son fiilèle Sanction un domaine à INIaredret dans le comté de Lonune avec au manses appartenant h l'église de Brognr, qu'avait restaurée Gérard, fils de Sanction ; il aurait, de i)lus, restitue; A celte église les dîmes de celte villa, qu'on lui avait enlevées, et lui aurait accordé le droit de justice à cet endroit ainsi ([ue dans les autres alleux de Sanction el de Gérard (M. M. 17141 liiille'ins de l'AcaiJé/iili' royale de Iiel;/i(/ue, i'* série, t. IV, p. iSS^j D'après Muiimiaciieiv, Die Urkunden Karls lll (SB. M'. Ak., t. XCII, p. /j()5) et lîey. Kar., pp. 0,^).')-(>.^)("), cet acte est faux sous sa forme actuelle, mais les fonuules du jirolocole ainsi (pie celle de la donation sont empruntées à un diplôme aulhentiipu-.

4. La participation des Lorrains à la révolution est affirmée, sans aucune i)rouve d'ailleurs, par Wenc.k, Die Krhehun;/ Arnul/'s, p. 38, rejetée par Wak.nkœ.mo el Gkuauu, Histoire des Curolintjiens, t. II, p. 3o(j, Zelleu, op. cit., t. II, p. iChj, el Dû.mmi.ku, l. III, p. 3ua.

5. Par cet acte, Arnulf couct-de .'i Sainl-Maximin la rilla I\iii)enacli dans le p. Meyinensis (B. M. 1727, MH. II!., t. I, n" laf)).

DISSOLUTION DE l'eMPIRE FRANC (887-888). 487

Dans les pagi bourguignons des anciens États de Lothaire II, et dans une partie au moins des territoires francs qui avaient appartenu à ce prince, on accepta bien la déposition de Charles le Gros, mais on ne se considéra nullement comme lié par le choix qu'avaient fait les grands de l'Allemagne. On pensa de même dans la France occidentale et en Italie. De quel droit les seigneurs d'outre-Rhin imposeraient-ils un roi à la Lorraine, à la France et à l'Italie ? D'ailleurs, l'impossibilité de maintenir l'unité de l'empire carolingien devenait manifeste ; il était trop menacé par les attaques des Barbares sur ses frontières, trop agité à l'intérieur par les rebelles ou les brigands, pour qu'un souverain unique pût efficacement le défendre et y ramener la sécurité. Il fcillait que chaque royaume, que chaque province, pour ainsi dire, eût son prince qui la protégeât et y fît la police. Le mauvais gouvernement des rois qui avaient occupé le trône depuis un demi-siècle rendait nécessaire la dissolution de l'empire franc, dissolution qui au temps de Louis le Pieux ne s'imposait pas encore. L'Italie, l'Aquitaine, la France occidentale, la Provence et la Lorraine pouvaient donc très légitimement se donner chacune un souverain distinct de celui qu'avait choisi l'Allemagne'.

Nous n'avons pas à nous occuper de ce qui se passa au midi des Alpes, ni à l'ouest de la Meuse. Faisons simplement remarquer que des deux prétendants à la couronne d'Italie, l'un Guy, duc de Spolète, était originaire du bassin de la Moselle^, l'autre, Bérenger, marquis d'ivrée, petitfils de Louis le Pieux par sa mère Gisèle, appartenait par son père Evrard à une famille qui venait des bords de la Meuse et de l'Escaut?. Enfin, le comte de Paris, Eudes, que les Francs de l'ouest et les Neustriens élurent en janvier 888, serait, d'après une théorie récente, issu d'ancêtres qui habitaient les bords du Rhin 4.

Comme nous venons de le dire, dans la Bourgogne jurassienne et dans le sud de la Francia lotharienne, il surgit un prétendant, qui était apparenté aux Carolingiens, Rodolphe, fils de Conrad, comte d'Auxerre, et neveu de Hugues l'Abbé. Nous avons déjà eu l'occasion de parler de lui. Il avait dû hériter de son père l'abbaye de Saint-Maurice en Valais, où nous le trouvons en 872, et le duché formé des territoires compris entre le Jura et les Alpes. Il s'était maintenu sous Charles le Gros,.avec lequel il vécut en bonnes relations, comme le prouve un diplôme rendu par ce prince

1. Voir les réflexions de Rkginon, Chronicon 888, p. 129 : « Post cujus (Karoli Crassi) mortem régna, que ejus ditioni paruerant, veluti legitimo destituta herede, in partes a sua compage resolvuntur el jam non naturalem dominum prestolantur, sed unum quodque de suis visceribus regem sibi creari disponit. Quœ causa magnos bellorum motus excitavit, etc. »

2. Sur Guy, voir les travaux déjà cités de Waitz, Ueber clas Herkommen des Markgrafea Wido von Spoleto, et de Wûstenfeld, Ueber die Herzoge von Spoleto ans dem Hause der Guidonen (F. D. G., t. III, pp. 1A9-154 et 383-432).

3. Sur Bérenger, consulter Ed. Favrr, La Famille d'Evrard, marquis de Frioiil, dans le royaume franc de l'ouest (^Études d'histoire du Moyen Age dédiées à G. Monod, pp. i56- 162).

4. Voir Merlet, Origine de Robert le Fort {^Mélanges J. Havet, pp. 96-109).

488 LA LORRAINE RKUNIE TOrT ENTIERE A l'aLLEMAGNE (87<J-H.,5).

le i5 février 885 en faveur île Vodehjis, vassal de Hodolplie '. Ajjrhs la déposition ou la mort de l'empereur, il crut le moment venu de mettre h profit rinfluonce dont il jouissait en liourçjogne. Suivant l'exemple (jue lui avait donné lioson huit ans auparavant, il «jagna les évé(|ucs et les grands de la région, tpii le reconimrent pour roi, et il se fit sacrer h Saint-Maurice^. Mais il ne lui suffisait pas de régner sur quelcjues pagi de la liourgogne ; il jeta les yeux sur le reste des provinces gui avaient jadis appartenu à Lothaire II. Sa grand'mére Adélaïde, so'u.r d'Ermenqarde et helle-sœur de Lothaire \", était fille du comte de Tours, Hugues, ((ui était originaire de l'Alsace ; son père Conrad avait pendant quelques années vécu auprès de Lothaire II, dont il avait été le conseiller. Rodolphe pensa donc qu'il pourrait trouver dans le centre et le nord de la Lorraine un accueil favorable. Il dépêcha aux évêques et aux comtes de ces provinces des ambassadeurs'. Nous ne savons pas exactement quel fut le succès de leurs démarches, mais il est certain qu'un évècjue au moins, Arnaud de Toul, se prononça en faveur de Rodolphe. Celui-ci prit le chemin de la Francîa, se rendit à Toul et s'y fît couronner par Arnaud, conime Charles le Chauve avait été sacré, en 8G9, par Advence*. Mais il ne semble pas que d'autres pi-élats se soient prononcés pour lui. Nous trouvons, en effet, au concile qui se tint à Maycnce en juin 888, les archevêques Willibert de Cologne, Radbod de Trêves, les évêques Ro-

1. Sur Rodolphe, voir ci-dessus, pp. a02-203 et 352. Cf. Weî^ck, Die Erheburuj Arniilfs, pp. 83-87.

2. RÉGiNO.N, Chronicon 888, p. i3o; cf. Cont. RaHsb. 888, p. 116. Dûmmlkr, t. III, p. 3if), n. 2, se demande si le couronnement de Rodolphe à Saint-Maurice a réellement PU lieu, RÉGiNON étant le seul à en parler. Le témoi<page de l'abbé de Priim nous s:>ml)le avoir beaucoup plus de valeur que celui des Ann. Ved. pour des événements concernant la Bounjoijiie et le sud de la Lorraine.

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