LOTHAIRE SECOURT CHARLES CONTRE LES NORMANDS
vés à l'embouchure de la Seine, ils s'engagèrent dans le fleuve. Peutêtre Lothaire, en apprenant les ravages faits par Godfrid dans le nord de ses États, avait-il déjà réuni une armée pour y mettre un terme. Arrivé trop tard pour joindre sur son territoire son ancien vassal, il se serait alors décidé à l'aller chercher dans le royaume de Charles. Quoi qu'il en soit, Lothaire amena des troupes à son frère, et tous deux vinrent bloquer les barbares, qui s'étaient fortifiés dans une île, ou sur les bords du fleuve '. Les armées assiégeantes s'installèrent sur l'une et l'autre rives, et c'est la qu'elles célébrèrent la fête de Noël. Mais le mauvais vouloir des grands de Charles, qui se refusèrent à attaquer les Normands, priva les deux princes du résultat de leurs efTorts. Charles se vit obligé de traiter avec Godfrid et de lui abandonner, probablement en bénéfice, une terre dans ses États. Avant de rentrer chez lui, Lothaire tint sur les fonts baptismaux une fille que venait de mettre au monde la femme de son frère ^.
De nouveaux événements allaient resserrer les liens qui unissaient les deux princes. En 862, au mois de septembre, Charles était devenu maître de la personne de son neveu Pépin, que lui avait livré Sanche, comte de Gascogne '. S'il avait cru que cette capture mettrait fin à la révolte de l'Aquitaine et le laisserait paisible possesseur du pays, il s'était trompé.
Dès 853 en effet, les Aquitains, soit que Charles leur fût antipathique, soit qu'ils désirassent avoir un souverain particulier, s'adressaient a Louis le Germanique et lui offraient la couronne pour lui-même ou pour le second de ses fils, menaçant, s'il refusait de les accueillir, d'aller demander aux étrangers, aux ennemis du nom chrétien, un secours que leur refusaient leurs seigneurs légitimes ^. Louis se trouva dans une grande perplexité. Lorsque Lothaire l'avait sollicité d'abandonner l'alliance de Charles, le roi de Germanie l'avait éconduit. Mais Lothaire n'avait pas de royaume à lui proposer. Cette fois, il avait à choisir entre la fidélité
1. D'après le Chvon. Fontcin. 852 {R. H. Fr. t. VII, p. 43), les pirates aiiraicnl établi leur camp à Jeufosse (Seine-et-Oise, Mantes), sur la rive gauche de la Seine. Ils y reviendront en 856 (Ann. Bert. 856, p. 46)- — C'est peut-être pendant cette expédition de Lothaire que Louis le Germanique, qui descendait en bateau le Rhin pour se rendre en Saxe, s'arrêta à Cologne, oii il eut une conférence avec quelques-uns des grands de son frère. Les Ann. Fuld. 852 (p. 42) racontent en effet cette visite après avoir parlé du concile de Mayence, qui s'ouvrit le 3 octobre (CC, t. II, p. i84), et du voyage de Louis le Germanique en Bavière ; d'autre part, ce prince était arrivé en Saxe dès le début de décembre, puiscjue le 8 de ce mois il rend à Herford un diplôme en faveur de cette abbaye (B. M. 1862). .Ainsi, Louis a dû passer à Cologne dans le courant de novembre. A ce moment, Lothaire était probablement en route pour aller rejoindre Cliarles. Mijhlbacher se prononce en dernier lieu pour cette manière de voir {Reg. Kar., p. 536), après avoir tout d'abord {ib., p. 43 1) placé pendant l'été l'arrêt de Louis à Cologne.
2. Ann. Bert. 862 et 853, p. 42 ; Ann. Fuld. 85o, pp. 3g et 4o ; Chron. Fontan. 852 {R. H. Fr., t. VII, p. 43).
3. Ann. Bert. 852, p. 4i ; Ann. Engollsmenses 852 {SS., t. XVI, p. 486); Ann. Fuld. 85i, p. 4i. Nous avons vu (ju'en 849 les Aquitains avaient abandonné Péj)in pour se rallier à Charles ; mais il est probable que Pépin avait conservé quelques partisans, avec lesquels il continuait la lutte.