LE ROYAUME DE ZWENTIBOLD. FRONTIERE DE LEST
que le nouveau souverain de la Lorraine jouissait d'une indépendance à peu près complète. Il peut d'ailleurs prendre ou écouter les avis d'Arnulf, et lui témoigner de la déférence, mais c'est en tant que fils de ce prince bien plutôt qu'à titre de roi vassal '.
Quelle était l'étendue des États qu'Arnulf avait octroyés avec l'assentiment des ^grands à Zwentibold ? Réginon^ et les Annales Vcdastini^^ attribuent à ce dernier la Lorraine, ou plutôt le royaume de Lothaire, \qs, Annales Fuldenses'^ la Bourgogne et tout le royaume de Lothaire. Quelle est cette Bourgogne distincte du royaume de Lothaire ? 11 s'agit peut-être du royaume de Rodolphe, mais celui-ci était prescjue entièrement formé de territoires ayant dépendu de Lothaire II. Il faudrait savoir au juste le sens qu'à cette époque les chroniqueurs donnaient au mot Lotharii regnum. Plus on avance, plus se rétrécit, semble-t-il, la compréhension de ce terme géographique ; les pagi bourguignons, l'Alsace et la Frise finissent, quoique ayant été gouvernés par Lothaire II, par ne plus être considérés comme partie intégrante de la Lorraine, et cette dénomination ne s'applique pour ainsi dire plus qu'aux pays francs, ripuaires et saliens, compris entre le Rhin d'une part, la Meuse et l'Escaut d'autre part. L'étude des documents nous permettra peutêtre de préciser les limites dans lesquelles s'exerçait l'autorité de Zwentibold 5.
Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons dit plus haut relativement à la Frise ; nous ne sommes pas sûr qu'elle fût soumise au fils d'Arnulf. Même incertitude au sujet des pagi de Twente, de Threante, de Felua et de Flethetti.
Le p. Bataa appartenait à Zwentibold^, et il semble qu'il en était de même pour le Teisterbant et le Hamalant ; du moins Zwentibold accorde l'exemption des tonlieux aux gens de l'église d'Utrecht qui feraient commerce à Tiel , localité du Teisterbant, et à Deventer, ville du Hama
1. WiTTicH, op. cit., pp. 26-28, croit (jue la Lorraine constiLue non un État iiidépendani, mais un royaume vassal; Zwenlibold, d'ailleurs, n'est pas un simple duc, il exerce les droits du pouvoir dans toute leur étendue. Le père Brabant, article cité, p. l\2, voit dans Zwentibold une sorte de vice-roi, Giesebrecht, Geschichte der deutschen Kaiserzeit, t. I, p. 161, déclare qu'il était sous la suzeraineté d'Arnulf; mais Waitz, D. VG., t. V, p. 28 et n. 2, Prenzel, Beitrœge zar Geschichte der Kriegsverfassanff, p. 20, Dummler, t. III, p. 409, M. MûLLER, Die Kanzlei Zwzntiholds, p. 11, Favre, Eudes, pp. 174-175, et MiJuLBACHER, D. G. K., p. 634, admettent la complète indépendance de Zwentibold : la soumission qu'il témoigne à Vrnulf est celle qu'un fils doit à son père, rien de plus.
2. « Zuentibolch fîlium regno Lotharii prefecit (Arnulfus). » (Réginon, Chronicon 896, p. 143.)
3. « Eique (Zuendebolcho) concessit (Arnulfus) re jnum quondam Hlolharii. » {Ami. Ved. 895, p. 349.)
4. « Zvvenlibaldus... in Burgundia et omni Hlolharico regno... rex creatus est. » (Cont. Ratisb. 895, p. 126.)
5. Nous utiliserons pour cette étude les diplômes d'Arnulf et de Louis l'Enfant aussi bien que ceux de Zwentibold lui-même, les cartœ pagenses, ainsi que les monnaies frappées aux noms de ces trois souverains.