LE RÈGNE DE ZWENTIBOLD («(jH-yoo
Charles dut alors se rencontrer avec son cousin et lui demander à nonveau son appui. S'il fallait en cidire un passaçje d'Ahhon, le roi de Lorraine aurait l'ait (pielcpu^s tentatives malheureuses pour envahir la France, mais nous ne crovons [)as ijuil l'aille interpréter les vers d'Ahhon comme on le lait d'habitude ; ils visent, h notre avis, la retraite de Zwentibold ilevant lùules dans le courant de 89.'), et, par une licence poétique, Abbon parle de plusieurs déroutes ({u'anrait subies le bâtard d'Arnulf '. (ieluici, d'autre part, se livra à des actes d'hostilité vis-à-vis de l'église de Keims, mais nous ne savons pas si ce fut à rinstigation de Charles, qui voulait se venger de la défection du [)rélat, ou si au contraire Zwentibold avait voulu punir Foulques d'avoir, l'année précédente, contrecarré ses intrigues. L'église de Reims possédait des biens en Lorraine; le roi s'en enqjara et les distribua à ses gens. De plus, il exerçait une surveillance active sur les routes, et il arrêtait, à ce qu'il semble, les messages que l'archevêque de Reims envoyait à Rome . Tout cela d'ailleurs n'avança pas les afTaires de Charles, qui se décida à quitter la Lorraine, et, après avoir eu la velléité de s'allier aux Normands^, finit par conclure un arrangement avec son compétiteur quelques mois avant la mort de celui-ci 5.
D'autres soucis avaient absorbé Zwentibold dès le début de 897, et l'auraient empêché, à supposer qu'il en eût le désir, de secourir efficacement son cousin. Pendant les dix-huit premiers mois de son règne, rien, sendjle-t-il, n'avait troublé la paix du pays, ni le l)on accord entre le roi de Lorraine et ses grands. ]\Lilheureusement, les dissensions allaient renaître et l'antagonisme ne devait pas tarder ;i éclater. Nous avons raconté la mort du comte Meingaud, tué en 892 par Albéric +. Cet assassinat était demeuré impuni, mais il fut, an bout de quatre ans, vengé
situés dans des uillœ des paffi Cali'onwntensis et Scnrniensis, biens appartenant à l'abbaye. Il est écrit dans la ruclie (m'Adclaide et Rotliaus ont intercédé. L'acte est souscrit parle notaire Robert (Journal de la Société d'archéolotjie lorraine, i'" année, pp. 161i63). Une des uilla' mentionnées dans ce diplôme avait été lue « Nanceiaco » et identiliée soit avec Nancy, soit avec Nançois, comme le suppose d'Arbois de Jubainville. Mais, nous croyons du moins l'avoir démontré, le mol est écrit « Anceiaco » et non k Nanceiaco » ; il a d'ailleurs, ainsi (pie ({uelcpies autres mots qui le précèdent ou le suivent, été inséré dans l'acte à la suite d'un (jrattatje, dont les traces sont encore très visibles. Voir sur cette question quelques notes que nous avons publiées dans le Journal de la Société d'ai^ chéologie lorraine, 4a* année, pp. r)G-57 ; un l'ac-siinilé |ilK)to(jrapbi(pie du passage interpolé a été donné par la Lorraine artiste du 2l\ mars iSyô.
1. AimoN, De bellis parisiacie urhis, liv. II, vers 577-582 (/{. //. /•'/•., I. Mil, p. i!'>). Mb'iiLBAc.iiKK, Reg. Knr., p. 71A, admet une rencontre de Zvvenlil)old et de Clwirles en juillet. DuMMLER, t. III, p. t^'ib, croit ((ue Zwenlibold se contenta, pour venir en aide à son cousin, de s'en premlre aux domaines de l'arcbcvèché de Reims en Lorraine. Favbk, j). 18O, accepte le témoiqiKUie d'Aitno.N et adin;H ([ue le roi de Lorraine essaya, à plusieurs reprises, d'cnvaliir la France, et (iii'il l'ut toujours repoussé, non |>ar Kudes lui-même, mais par des partisans de ce prince.
•A. Nous le savons p.ir- lui • lettre de FouUpies, ardu^éipie de Reims, au jeuir." roi, qu'il ri'primande sévèrement |iiiiii' avoir coikju le projet de s'adresser aux païens (Fi.oi>omii>,
//. //. /•;., iiv. IV, cil. :., I. Il, pp. /|5A-/ir>7)-
'.'). Afin. \'ril. Hij-j, \>\k ;{5/(-;555. Sur cet ai'ranijeiueni, \uir Famik, h'udcs, pp. iSy-iya. /(. \'oir ci-dessus, p. 5o3.
ETIENNE, ODACER, GERARD ET MATFRID DISGRACIES (897). 533
par Etienne, frère de Walahon et comte du pagus Bedensis, dont le neveu Burchard avait épousé Gisèle, veuve de Meingaud. Albéric périt, frappé de la main d'Etienne, le 3o novembre 896 '. Ce nouveau crime ne reçut aucun châtiment, car il n'y a probablement aucun lien à établir entre le meurtre d'Albéric et la disgrâce du comte Etienne, dont nous allons maintenant parler.
Zwentibold était un Carolingien, mais né et élevé loin de la Lorraine, il était peut-être considéré dans ce pays comme un étranger. Alors qu'il aurait eu besoin d'adresse et de tact pour arriver, tout en faisant respecter son pouvoir, à se concilier l'affection de ses nouveaux sujets, il se montra autoritaire et cassant. Il allait faire, à la fin de 896 ou au début de 897, un éclat qui devait avoir une influence fâcheuse sur toute la suite de son règne. A cette époque, où l'inamovibilité et l'hérédité dans les fonctions devenaient de plus en plus la règle ^, où c'était une afïaire grave que d'enlever à un grand ses dignités, Zwentibold priva quatre comtes de leurs bénéfices et de leurs honneurs. On peut dire sans exagération qu'il commettait un véritable coup d'Etat. Les chroniqueurs ne nous disent rien qui soit de nature à nous donner quelque lumière sur les motifs de cet acte de rigueur.
Trois des grands disgraciés n'étaient autres, il est vrai, que les comtes Etienne du pagus Blesensis et les deux frères Gérard et Matfrid, dont nous avons déjà longuement parlé. Si les faits que rapporte le faux diplôme d'Arnulf pour Arnaud, évéque de Toul, ont un fonds de vérité, Etienne, Gérard et Matfrid se seraient trouvés indirectement en opposition avec Zwentibold, qui aurait intercédé auprès de son père en faveur de leur adversaire, l'évéque de Toul. On comprendrait qu'ils en eussent gardé et témoigné quelque ressentiment, d'où irritation du roi, qui prit les mesures que nous avons rapportées. Mais l'explication n'est-elle pas à chercher tout simplement dans le caractère despotique de Zwentibold et l'humeur indépendante des seigneurs lorrains, habitués à ne pas être gênés par l'autorité royale, et peut-être avec cela mal disposés pour un étranger 5 ? S'il est permis de supposer que la disgrâce d'Etienne, de Gérard et de Matfrid avait des causes d'ancienne date, il n'en était pas de même pour Odacer, comte du. p a g as Blesensis, qui avait joui d'une certaine faveur auprès de Zwentibold, comme en témoignent deux diplômes de ce prince où Odacer figure comme intercesseur; l'un est du 22 janvier 896, l'autre du 28 janvier 897 +.