CONFÉRENCE DE SAINT-GOAR
par prudence ne pas s'expliquer : il dit simplement que les projets élaborés dans ces conciliabules ressortent clair comme le jour des événements ultérieurs. C'est surtout, on peut le supposer, entre Hatton, Conrad et Gebhard d'un côté, et les seigneurs lorrains, d'autre part, que des vues furent échangées, que peut-être même un accortl fut conclu en prévision de certaines éventualités, car, dans les événements que vise l'abbé de Prûm, on doit voir, sans aucun doute, la révolte des grands contre Zwentibold, et leur soumission à son frère, devenu roi d'Allemagne'. La fin d'Arnulf ne pouvait plus tarder, on la prévoyait a bref délai, et l'on prenait à l'avance des arrangements pour le jour oîi elle se produirait. Les plénipotentiaires de Charles le Simple prirent-ils part à ces négociations secrètes? Leur maître n'avait, semble-t-il, aucun intérêt à ce que le plus jeune des fils d'Arnulf fi\t substitué à son aîné dans le gouvernement de la Lorraine, à moins toutefois qu'il n'espérât la conquérir plus facilement, lorstju'elle serait gouvernée par un souverain en bas âge et résidant de l'autre côté du Rhin.
Odacer était peut-être venu a Saint-Goar comme représentant à la fois de Charles le Simple, auquel il s'était recommandé, et des mécontents de la Lorraine, de Régnier en particulier. Mais l'on n'arriva pas à réconcilier Zwentiijold avec les deux seigneurs qu'il avait disgraciés. Après la séparation du congrès, Odacer alla retrouver Régnier à Durfost. Zwentibold, résolu à en finir avec eux, réunit une nouvelle armée et vint investir la forteresse de ses ennemis. Mais, quoiqu'il y eût employé toutes les forces dont il pouvait disposer, ses efforts restèrent inutiles. Exaspéré de ce nouvel insuccès, il intima aux évêques qui se trouvaient auprès de lui l'ordre d'excommunier les deux comtes rebelles. Les prélats s'y étant refusés, le roi s'emporta contre eux, les accabla de menaces et d'outrages 2, s'oublia même jusqu'à, frapper de son bâton l'archevêque de Trêves?. C'était là une grave maladresse, car, s'il avait
1. C'est sans aucun fondement que Digot, Histoire de Lorraine, l. I, p. i52, et Huhn, Geschichte Lothringens, t. I, p. C7, avancent qu'Arnulf et Charles s'entendirent à Saint- Goar pour enlever la Lorraine à Zwentibold. D'après Wittich, p. 44, les négociations secrètes auraient eu trait à la succession au trône d'Allemagne. Il ne peut admettre, ibid., n. 4, que, même à l'insu de Zv^^entibold, on ait dans une ville dépendant de ce prince comploté son renversement. Calmet, t. I, col. 807, Eckhart, Coinin. de reb. Franc, or., t. II, p. 785, Stein, Kœnig Konrad I, pp. i34 et 199-200, Kalckstein, op. cit., p. 112, le père Brabant, art. cité, pp. 33-34, et Dummler, t. III, p. 469, n. 5, et p. 470, sont d'avis que les délibérations des grands portaient sur le détrônement futur de Zwentibold et le remplacement de ce prince par son jeune frère. Brabant suppose, mais sans donner aucune preuve, que Gérard et Matl'rid se trouvaient à Saint-Goar. La reconnaissance de Charles comme roi de F'rance a-t-elle été à Saint-Goar l'objet de pourparlers, comme le prétend Kalckstein? C'est peu probable, car personne ne contestait au jeune Carolingien la possession de sa couronne.