LES LORRAINS RECONNAISSENT LOUIS POUR ROI
souverain. Les Lorrains se rendirent donc auprès du petit Louis, et l'emmenèrent dans leur pays d'abord à Thionville^ où ils le reconnurent pour roi et lui prêtèrent serment, puis à Aix-la-Chapelle^, d'où il regagna l'Allemagne. Cela n'avait été qu'une promenade : Louis se trouvait le 22 mars a Thionville, le 1 1 avril à Aix, et le 28 du même mois, il était à Francforts.
Zwentibold n'avait pas tenté de s'opposer à son frère. Où se trouvait-il au moment où s'accomplissait sa déchéance ? Le 4 janvier 900, il était dans le Brabant,-k Diest^, et depuis ce moment jusqu'à sa mort nous ne savons où il résida ; peut-être demeura-t-il dans la région de la Meuse, où il devait être tué quelques mois plus tard. Après le départ de son frère, Zvs^entibold réunit une armée et se mit à dévaster son royaume, prome-
1. RÉGixoN, Chronicon 900, p. i48. Le 22 mars, à Thionville, Louis, sur la prière des évêques Radbod (de Trêves) et Adalbéron (d'Augsbourg), confirma, d'après un diplôme de son père (B. JSL i834), aux chanoines de l'église de Trêves les domaines qu'ils possédaient : il les exemple des tonlieux qu'ils avaient à payer à Thionville pour leur villa de Méry, terres et gens, et leur donne dans cette même villa un manse avec ses dépendances en toute propriété (B. M. igSS, MR. UB., t. I, n» i^g)- — On a un diplôme d'un empereur Louis pour l'abbaye d'Œren, rendu à la prière de l'archevêque Radbod et de l'abbesse Anastasie, et daté d'Aix-la-Chapelle, 22 mars, 3" année d'empire de Louis. Une partie des formules a été empruntée à un acte émanant de Louis IV, (jui serait de l'an 900 (B. M. 1934, MR. UB., t. I, n» 49)-
2. Louis est le i3 avril à Aix-la-Chapelle, où il rend, à l'intercession de l'évèque Adalbéron et du comte Conrad, un diplôme en faveur de l'abbaye de Fulda (B. M. igSô).
3. Diplôme pour Lorsch (B. M. igSô) ; cf. Réginon, Chronicon 900, p. i48.
4. Par le diplôme rendu en ce jour Zwentibold fait connaître qu'à la prière du comte Engelrand il a, conformément aux prescriptions de la loi saliquc, affranchi en faisant sauter un denier de la main de l'évèque trois serfs d'Engelrand (B. 1\L 1931, Cartulaire de Saint-Lambert, t. L n" 7). Cet acte porte des indications chronologiques qui ne concordent pas entre elles : « Anno Incarnationis 899, ind. III, anno regni V « ; la 3^ indiction et la b'^ année du règne de Zwentibold correspondent à goo. Mijiilbacher l'a placé en cette dernière année, mais Muller, op. cit., pp. 65-67, ^ ^ru devoir préférer 899. Il est, dit-il, plus vraisembable d'admettre qu'au lieu d' « ind. II anno regni IV », on ait écrit « ind. III, anno regni V » que de supposer DCCCXCVIIII en place de DCCCC. Muller, qui croit de 898 l'expédition de Zwentibold contre les Normands, pense que c'est au retour que le roi s'est arrêté à Diest. Enfin, si l'on reporte B. M. igSi à 899, le diplôme pour Trêves du 23 janvier 899 (B. M. 1930) devient le dernier diplôme de Zwentibold. Ce prince ayant ([uelque temps après frappé Radbod, on comprend que l'archevêipie n'ait plus voulu rester archichancelier, et que depuis lors aucun diplôme n'ait été établi. Tandis que, si l'on maintient B. ISI. 1931 en 900, il y a une année presque entière (du 23 janvier 899 au 5 janvier 900) pendant laquelle nous n'avons aucun diplôme de Zwentibold, et pour expliquer ce fait on est réduit à supposer que tous les actes de cette année sont perdus. Des trois raisons alléguées par Mullkr, la première seule a quelque valeur. Nous ne pouvons accepter la seconde, ou plutôt nous la retournons contre Mijller, puisque nous plaçons en 899 la chasse donnée par le roi de Lorraine aux Normands ; c'est probablement, en effet, comme le dit Muller, en revenant de poursuivre les envahisseurs que Zwentibold sera allé à Diest, après s'être arrêté à Cambrai. Quant à l'absence de diplômes pendant douze mois consécutifs, c'est un fait qui se présente pour d'autres souverains. Nous n'avons point d'actes émanant de Lothaire II entre le i3 avril 862 et le 3o avril 863 ; nous n'en avons pas de Louis le Germanique entre le 4 septembre 845 et le 11 janvier 847, non plus qu'entre le ig juin 865 et le 28 juillet 866. Gomme d'ailleurs on trouve Zv^'cntibold à Trêves le 18 novembre 898 et le 23 janvier 899, il est très probable qu'il n'a pas quitté Trêves pendant ces deux mois. — M. Mijller, pp. 63-64, sufipose, non sans vraisemblance, (jue le prétendu notaire Francon n'est autre que l'évèque de Liège, présent à l'affranchissement et dont le nom aura été inscrit à la place de celui du notaire Waldger par le scribe qui a écrit le diplôme.
^ny\ Î.K UKGNF, DE ZWENTIBOLD (8y5-fjOo).
liant [laitoiit le [)illa(jc et riiiconclie, comme s'il espérait, dit Réginon, en foimiicttaiit tle nouveaux et plus exéciahles foi faits, ramener à lui ses sujets, ([ni l'avaient al)an(lonné pour son insolence et sa cruauté. A ces mnivelles, Louis rEnfant i'ej)rit 1(^ chemin de la Lorraine pour mettre un terme aux calaniités (pii la désolaient'. Mais il n'eut pas ;i en venir aux mains avec son frère.
Les anciens adversaires de Zwentlhold avaient repris les armes ; nous voulons palier des comtes Etienne, (îérard et Matfrid. En 898, ils n'avaient pas pris parti pour Cdiarles le Simple ; peut-être même. étaientils venus en aide à Zwentibold. L'année suivante, Gérard et Matfrid enlevèrent ;i Kéginon l'abiiaye de Prûm, et installèrent à sa place leur frère Hicliier, qui était moine dans cette abbaye^. Nous ne savons pas d'ailleurs si cet acte de violence, qui demeura impuni, eut des motifs politi([nes. Les hypothèses qu'on a faites à cet égard n'ont pas la moindre vraisemblance', et, à lire sa chronique, il ne semble pas que Réginon ait été un partisan de Zwentibold. Le passage où il expliquait les causes de sa déposition ayant disparu du manuscrit original de la chronique, il faut renoncer à connaître la vérité sur cette question. (Jérard, Matfrid et Etienne avaient sans doute été parmi les grands qui avaient appelé Louis et lui avaient rendu hommage. Ils prirent les armes et marchèrent contre Zwentibold, qu'ils rencontrèrent sur les bords de la Meuse, non loin de Siisteren probablement, puisque le roi fut enterré dans cette abbaye. Le i3 août s'engagea la bataille, qui coûta la vie au prince détrôné +. Ses restes furent inhumés à Siisteren, dont ses deux