‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 568 sur 764 · Nous avons parlé un peu plus haut de ce diplôme · texte numérisé non relu

Nous avons parlé un peu plus haut de ce diplôme

582 LE u'uiNE l)i: CIIAUI.KS I.K SIMIM.K (ijl i-ij:i:5).

faiulr;iit-il , [xnir rariirmcr, coMiiaitic ré[)Ot[U0 à laquelle Régnier et Otlacer allèrent faire hoiuiiKuje ;i (lliailes le Simple et l'iiivitei- ii s'emparer lie la Lorraine. xMais cette explication n'est dans tous les cas pas valable pour les tliplomes relatifs ii Salone et îi Liepvre. Les terres concédées il Salone seraient-elles la proj)riélé particulière de (]harles ? Peut-être, seulement il resterait toujours à e\'pli([uer l'acte qui concerne Liepvre ; les privilèges, par lesquels Saint-Denis se lit dans la suite confirmer la possession de ce prieuré, furent accordés non par les rois de France, mais par les souverains mêmes de la Lorraine, c'est-ii-dirc par les rois ou empereurs d'Allemagne '.

Par tout ce que nous venons de dire, on voit que (Charles le Simple avait avec la Lorraine de nombreuses attaches. Il possédait d'ailleurs sur le pays des droits incontestables, non comme roi de France, mais comme Carolingien, tandis que Conrad n'en avait aucun, ceux que lui avait conférés l'élection de Forchheim ne s'étendant pas à la Lorraine, qui constituait un État distinct de l'Allemagne. C'était donc la chose la plus naturelle et la plus légitime du monde que Charles remplaçât Louis l'Enfant sur le trône de la Lorraine^.

Nous avons dit que l'on ne connaissait pas l'époque à laquelle les grands du pavs avaient décidé d'offrir la couronne à Charles. On ne sait rien non plus des conditions dans lesquelles a eu lieu l'élection. Beaucoup d'historiens affirment que Régnier entraîna les Lorrains > ; c'est une hypothèse qui ne repose sur aucune preuve certaine. Elle offre pourtant quelque vraisemblance, si l'on se rappelle que Régnier était le cousin de Charles, qu'en 898 il l'avait appelé en Lorraine, qu'il l'avait auparavant soutenu contre Eudes, et si enfin l'on fait attention à la faveur incontestable dont jouit Régnier depuis l'avènement de Charles en Lorraine jusqu'à sa mort+. Outre les parents du roi de France, Wigeric, Etienne, Drogon, — d'autres grands durent se prononcer tout de suite en faveur de Charles, par exemple Ricuin, comte de Verdun, que l'on voit à trois reprises figurer comme intercesseur dans des diplômes de Charles le Simple. Y eut-il des opposants? Conrad trouva-t-il des partisans ? Nous n'en savons rien, mais l'insuccès de ses tentatives sur la

1. Voir, par exemple, les di])lômes d'Olloa II, du i5 octobre 980 (0". 282, DD., I. II, p. 260), et d'Henri III, du 2C janvier io56 (St. 2491, R. H. Fr., l. XI, p. G54).

2. DuMMLER, t. III, p. 587, s'écrie d'un ton traijiciue qu'à la honte de l'Allemaijne désunie, Cliarles le Simple, jouet des grands dans son propre ]iays héréditaire, pouvait rpiand même tenir sa cour dans les anciens ])alais lorrains de Thionville, de Gondreville, d'Herislal, aussi bien (lu'à Aix-la-Chapelle et à Metz, et lé()iferer sur les biens et sur les personnes. — Dum.mi.kr et la plupart des historiens allemands ou tVan(j-ais oublient toujours ce (pi'availélé la Lorraiiu-. Kllc n'était nullement un territoire détaché des royaumes voisins, et ceux-ci n'avaient sur elle aucun droit. Mettr.- la Lorraine sur le même pied (pie la Saxe, la Bavière, la Bouniocpie ou rA(iuilaine, c'est ne pas tenir compte des ("ails antérieurs, c'est défujurer l'histoire.

3. Voir ci-dessus, j). ')-]f\, n. 2 ; Wii rit.ii, p. 77, fait cependant de prudentes réserves.

4. Nous nous occu|)erous un ]»eu plus loin de la situation tpii fut faite en I..orraiiu' à Régnier et aux autres grands laies ou ecclésiastiques de ce royaume sous la domination de Charles le Simi)le.

DATE UE l'avènement DE CHARLES EN LORRALNE. 583

Lorraine semble prouver qu'il y comptait peu d'amis'. Pourtant, le fait que l'archevêque de Trêves ne conserva pas tout d'abord la direction de la chancellerie lorraine pourrait être l'indice qu'il ne s'était pas immédiatement déclaré pour Charles. Radbod d'ailleurs était d'origine souabe et non lorraine^.

Nous ne connaissons pas non plus la date exacte de l'acceptation par Charles du trône qui lui fut offert, ni les conditions qui lui furent imposées, ni le jour où il fut proclamé roi. Y eut-il un sacre, ou une simple prestation de serments ? Les chroniqueurs sont muets sur toutes ces questions. Les Annales Pruniienses placent au i**" novembre 911 le commencement du règne de Louis 5 ; évidemment, c'est Charles qu'il faut lire, mais le renseignement est-il exact ? Les diplômes de Charles, sans le confirmer, ne le contredisent pas non plus. A partir de la fin de 911, ils portent une nouvelle indication chronologique,' celle des années du règne de Charles en Lorraine, sous la forme largiore vero hereditale indepta^. Le point de départ en est la cérémonie, quelle qu'elle soit, qui a fait de Charles le souverain de la Lorraine : mais nous ne pouvons en fixer la date avec exactitude. Ainsi, deux diplômes de 91 5, l'un du 10 octobre pour Tournus, l'autre du 24 novembre pour Saint-Mihiel, portent, le premier quatrième, le second cinquième année du règne de Charles depuis l'accroissement de son patrimoine >. C'est donc entre le 10 octobre et le 24 novembre que se placerait l'avènement de Charles en Lorraine, ce qui concorde avec le témoignage des Annales Pruniienses. Mais un acte du 5 décembre 921, dont Mabillon a donné les dates d'après l'original lui-même, aujourd'hui perdu, porte largiore vero hiereditate indepta X^, alors que l'on s'attendrait à lire XI. Charles n'aurait donc été proclamé qu'après le 5 décembre ; certainement il le fut avant le 20 décembre, comme le prouvent deux diplômes pour (.ambrai de l'année 911'. Ainsi, l'avènement du nouveau roi serait postérieur au 10 octobre et antérieur au 20 décembre de cette dernière année ^.

Ce ne fut que vers la fin de décembre 911 que celui-ci vint prendre possession de la Lorraine. Nous le trouvons, le 20 de ce mois, àCroissy,

1. WiTTicH, p. 76, admet que tous les seigneurs ou prélats furent unanimes à reconnaître Charles pour souverain.

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