‹ Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (843-923)Chapitre 63 sur 764 · Ann. Bert. 835, p · texte numérisé non relu

Ann. Bert. 835, p

58 LE UKGNE DK LOTIIAIRE l"" (S/i-'i-H.")')).

habitants obligés de payi'i- un tribut, Dorc^stad i>ris, Anvers incendié, ainsi ({ue l'em/'or/^im de Witlan à l'embouchure de la Meuse'. Au moment même où ces actes de piraterie se coninieltaient, l'empereur tenait h. Worms une assemblée générale et y donnait audience à des envoyés d'Horic, roi de Danemark. Ils déclarèrent au nom de leur maître que celui-ci était complètement étranger aux méfaits dont la Frise venait d'être le théâtre-'.

De nouvelles dispositions prises par Louis le Pieux, pour prévenir le retour de ces dévastations, n'eurent pas plus de succès que les précédentes. En 887, au moment où il se mettait en route pour l'Italie, les nouvelles qui lui arrivèrent du nord l'obligèrent à revenir sur ses pas. Surprises par les Normands, les troupes qui gardaient l'île de Walcheren avaient été massacrées ou faites prisonnières, et l'île elle-même mise au pillage. Puis les pirates s'étaient emparés pour la quatrième fois de Dorestad, et lui avaient imposé une contribution de guerre ; mais apprenant que l'empereur s'approchait de Nimègue, ils remirent à la voile'. Il paraît que leur succès était en partie imputable à l'indiscipline des Frisons : c'est du moins ce qu'alléguèrent pour justifier leur défaite, devant l'assemblé générale où ils durent comparaître, les officiers qui avaient reçu la mission de défendre la Frise. En conséquence, l'empereur envoya dans le pays des comtes et des abbés énergiques, à poigne, dirait-on aujourd'hui, et décidés à réprimer toute velléité d'insubordination. De plus, il ordonna de construire et d'équiper une Hotte dans les plus brefs délais : c'était, nous l'avons dit, le plus efficace, sinon le seul moyen de couper court aux incursions des Normands. Il prescrivit aussi l'emploi d'autres mesures défensives, peut-être l'établissement de postes fortifîés*.

La valeur de ce système ne fut pas mise a l'épreuve en 838, non pas que les Normands eussent renoncé devant ces préparatifs à exécuter leurs courses. Ils prirent la mer comme les années précédentes, mais une tempête les assaillit et submergea la plupart de leurs navires 5.

1. Ann. Bert. 836, p. 12 ; Ann. Fiilrl. 836, p. 27; Ann. Xant. 836 (SS., t. II, p. 22C).

2. Ann. Bert. 83(), p. la. Les ambassadeurs d'Horic élaieiil en outre chargés de se plaindre à l'enijjcreur de l'attentat (jui avait coûté la vie à des messarjers du roi d(^ Dan<'inark ; ils avaient été assassinés dans les environs de Cologne (Cf. Ann. Colon. 830, SS., l. I, p. (j7). Louis le Pieu.x fit punir les meurtriers.

3. Ann. Bert. 837, pp. i3 et i4; Ann. Fuld. 837, |). 28; Ann. Xiint. 837 et Thko.vn, Appendijr {SS., t. II, pp. 226 et 60/»); Ann. Elnonen.ies 839 (SS., t. V, p. 12). C'est le 17 juin d'après les Ann. Fuld. qu'aurait eu lieu dans l'île de Walcheren le combat (|ui coula la vie au couile Eggiliard et à Hemming, fils d'IIalpdan, un Danois converti au christianisme. Un frère d'IIeriold portail ce nom (Ann. r. Fr. 812, j). 137); d'autre part, le PoKTA Saxo, Vita Kuroli, ad. ann. 807 (^S\S'., t. I, p. 2()3), parle d'un chef normand. Alfdcn, (pii, en 807, se serait soumis à Charl(;magne. Alfden pourrait bien être le père d'Hcnuiiing tué en 837, et ce dernier ne fait tri-s probablement gu'un avec le frère d'Hcriold. SiMsoN, Jnhrbh. Karls des (lro.siten, t. II, p. 372, n. t), sans repousser cette identilicalion, admisi^ par DCmmi.kk, I. I, p. 278, la lU'-clare au moins incertaine.

l\. Ann. Tient. W>-}, \t. \l\.

LES INCURSIONS NORMANDES EN FRISE DE 834 A 84o. 69

D'autre part, quelques-uns des chefs de pirates qui avaient en ces dernières années envahi et ravagé l'empire franc, auraient été arrêtés et mis à mort sur l'ordre d'Horic. C'est du moins ce qu'il fit dire à Louis le Pieux, demandant en retour de sa fidélité la concession de la Frise et du pays des Obotrites. Inutile' d'ajouter qu'il essuya un refusa Le roi de Danemark sentit probablement qu'il avait commis une maladresse en élevant des prétentions extravagantes, et pour en détruire le mauvais effet, il adressa l'année suivante à l'empereur une nouvelle ambassade, chargée de lui offrir en présent des produits de son royaume et de solliciter le maintien de la paix. Il semble que les envoyés d'Horic aient eu à subir quelques avanies de la part des Frisons, dont ils avaient peut-être traversé le pays^. Les habitants, exaspérés contre les Normands, qui en cette année 83g étaient encore une fois venus les piller >, essayèrent probablement de venger, sur le neveu d'Horic et sur son compagnon, les maux que les compatriotes de ces deux personnages leur avaient infligés. Les ambassadeurs réclamèrent à l'empereur, qui fit droit k leurs plaintes; des ducs énergiques, dépêchés en Frise, leur donnèrent satisfaction sur tous les points^. A la fin de l'année, Louis le Pieux fît partir à son tour pour le Danemark une ambassade, qui conclut avec Horic une paix définitive 5.

Sous le règne de Louis le Pieux, la Frise avait été le principal, sinon l'unique objectif des barbares, qui k cinq reprises l'avaient dévastée. Ils la laissèrent un peu respirer jusqu'en 845 ; peut-être jugeaient-ils qu'ils n'avaient plus rien k y prendre. Puis les invasions recommencèrent, et il n'y en eut pas moins de sept pendant les dix dernières années du règne de Lothaire I^""*^. Les annales ne disent pas que ce prince ait tenté, k l'exemple de son père et de son grand-père, de se créer une marine de guerre. II combattit le feu par le feu, et confia k des Normands convertis la défense des provinces les plus exposées aux attaques des païens. Nous avons au début de ce chapitre assez longuement parlé de ce roi de Danemark Heriold, qui, après avoir passé par les fortunes les plus diverses, avait dû en 827 quitter son pays et chercher un asile définitif dans les Etats de Louis le Pieux". C'est en Saxe qu'il se retira tout d'abord, aux frontières de son ancien royaume, qu'il n'avait pas au début perdu l'espoir de reconquérir. Plus tard sans doute, il se fixa soit dans le comté de

1. Ann. Berl. 838, p. 16. Déjà en 836, alors que l'empereur se trouvait à Aix-la-Gliapelle (quel(jucs mois auparavant il avait re(^u des ambassadeurs d'Horic ; voir ci-dessus p. 58) des envoyés du roi de Danemark étaient venus lui annoncer que leur maître avait fait prendre et mettre à mort quelques-uns des pirates qui avaient pillé l'empire franc ; ils demandaient en retour une somme d'arcjent. (^Ann. Bert. 836, p. 12.)

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