CHARLES SE BROUILLE AVEC HÉRIVÉE
pouvait regretter qu'un de ses partisans eût reçu le traitement rigoureux que l'archevêque de Reims avait infligé à Erlebald, mais vu la situation toujours précaire dans laquelle il se trouvait, la prudence lui faisait un devoir de ne pas s'aliéner un homme aussi puissant qu'Hérivée, qui lui avait déjà rendu de grands services, et dont le dévouement pouvait encore lui être précieux dans l'avenir. C'était commettre une grosse faute, que de rompre avec l'archevêque de Reims, et Charles eut à s'en repentir plus tard '.
Le roi passa les premiers mois de l'année 921 en France. On le trouve à Laon le 6 janvier^, kCompiègne les 22 et 25 avril î, à Attigny le 1 1 juin+. A ce moment, il était en route, on peut le supposer, pour la Lorraine, où de nouveaux troubles avaient éclaté. Giselbert s'était encore une fois révolté, et il avait trouvé des alliés dans le comte Ricuin, de Verdun, et dans son fils Otton^. La présence de Charles était donc nécessaire en Lorraine. Il prit quelques-uns des châteaux de Ricuin, puis, sans achever de réduire les rebelles, il poussa vers l'est pour reprendre la campagne contre Henri l'Oiseleur. Mais les hostilités, s'il y en eut, furent de courte durée, et presque tout de suite une trêve vint y mettre fin. Elle devait expirer le 11 novembre, jour de la Saint-Martin. Après quoi Charles rentra en France^. Ne serait-il pas soit à l'aller, soit au retour, passé vers la fin d'août à Aix-la-Chapelle, capitale de la Lorraine? Le diplôme du 27 de ce mois, pour l'abbaye fondée à Brogne par saint Gérard, a été fabriqué au xi* siècle ; mais les indications chronologiques relatives aux années de règne de Charles, indications qui concordent entre elles et indiquent l'année 921, ont été certainement empruntées à un acte authentique 7 ; peut-être est-ce aussi le cas de la date de lieu,
1. Pour BoRGXET, op. cit., p. 4o, Hérivée est demeuré jusqu'à la fin fidèle à Charles le Simple. Ranke, Weltgeschichte, Vl'er Th., I'» Abth., p. 121, et Lippert, op. cit., p. 11 Pt n. I, croient à la brouille du roi et de l'archevêque et à l'alliance de celui-ci avec les rebelles. Lippert estime que ce n'est pas la perte de la dignité d'archichancelier (jui a motive la défection d'Hérivée ; cet auteur ainsi que Kalckstein ne semblent pas s'èlre rendu compte de la division qui existait dans la chancellerie de Charles le Simple jusqu'au début de 921. Kalckstein, op. cit., p. i53, suppose qu'Hérivée avait de lui-même renoncé à la direction de la chancellerie, pour que Charles pùl s'altacher plus fermement le puissant archevêque de Trêves. C'est la donation de Chelles à Haganon qui l'aurait mécontenté et brouillé avec le roi.