CHAPITRE lïl
l'église.
Provimces ecclésiastiques, diocèses et archidiaconés. — Nomination des archevêques ET des ÉVÈQUES ; rôle prépondérant du roi. DÉPENDANCE DES ÉvÈQUES
A l'Égard du souverain. — Abbayes royales et épiscopales ; abbés laïcs ; collégiales. — Services dus au roi par les évèques et les abbés. — Conciles TENUS EN Lorraine de 843 a (j23. — Alliance de l'Eglise et de la royauté contre les seigneurs. — Privilèges octroyés par les rois aux évè-
CHÉS et aux abbayes. INTERVENTION DE LA PAPAUTÉ DANS LES AFFAIRES DE
LA Lorraine.
En Lorraine, comme dans les autres royaumes francs, des liens étroits unissaient l'un k l'autre l'État et l'Église. Celle-ci, non contente de régler la foi et les mœurs des fidèles, se trouvait investie d'une part de l'autorité publique, était activement mêlée aux affaires politiques, inspirait aux rois la plupart des mesures législatives qu'ils prenaient et obtenait enfin leur concours pour la défense de ses intérêts spirituels ou temporels. Seulement, l'Église payait de sa liberté l'influence dont elle jouissait dans l'État. Les souvei^ains intervenaient en maîtres dans les élections des évêques et des abbés, traitaient ceux-ci comme de simples fonctionnaires, réunissaient et présidaient les conciles, et disposaient à leur gré des biens ecclésiastiques comme des terres du domaine royal'.
Les provinces ecclésiastiques avaient été organisées ou reconstituées par Charlemagne, les pouvoirs des métropolitains sur leurs évêques suffragants nettement définis ^. En outre, des rapports réguliers s'établissaient entre les métropolitains et le Souverain Pontife, a qui ils demandaient aussitôt après leur consécration le pallium, ornement symbolique, dont l'octroi les élevait k la dignité d'archevêques 5.
Pourtant, au ix= siècle, il se produisit encore des anomalies dans la province de Trêves. Drogon, fils naturel de Charlemagne, installé sur le siège de Metz, fut d'abord honoré du. pallium, qui lui donna le rang d'ar-
1. Sur rÉçjlise à l'époque carolingienne, consulter Waitz, D. VG., t. III, pp. 4'6 et suiv. (cf. t. VII, pp. i83 et suiv.), et Fustel de Coulanges, op. cit., pp. 524-534.
2. Voir Hauck, KG. D., t. II, pp. 190 et suiv. Pour la province de Trêves, consulter le ravail de Gœrres, Ueber die Entstehungszeit des Archiépiscopales- und Metropolitan-Ranges
der Trierischen Kirche, F. D. G., t. XVI, pp. 194-207, et t. XVII, pp. i63-200.
3. Sur le pallium, voir ce que nous avons dit plus haut, p. 3o, n. i. L'archevêque devait envoyer au pape sa profession de foi et la demande du pallium dans les trois mois qui suivaient sa consécration (Concilium Ravennense, statutum I, Mansi, t. XVII, col. 337).
yOO L EGLISE.
clit'v t"'(jii(', puis en 84^j, le jjape Seivjiiis le noimua son vicaire eu (îaule et en (jiernianie. (le ne Tut, nous l'avons vu précédemment, (ju'uii vain titre pour Drofjon, qui ne put exercer les fonctions de cette haute dignité. Mais Drojjon, archevêque et vicaire du Saint-Sicjje, devait être de ce double chef soustrait îi l'autorité du métropolitain de Trêves'.
A{)rés la mort de Drojjon, les choses rcatrèrent dans l'ordre. Advcnce ne fut ([u'un simple évoque, soumis à son métropolitain Theutgaud^. Ses deux premiers successeurs, Wala et Robert, reçurent le pdUiiiin, et h ce sujet il s'éleva même entre Wala et son métropolitain BerUilf un conllit qui, (jràce à l'interventiou d'Hincmar, se termina par la soumission de révê([ue de IMetz '. L'organisation régulière de la province de Trêves ressort d'ailleurs du discours prononcé à Metz, le g septembre 8G9, par rarchevêque de Reims +, ainsi que des démarches faites auprès de ce. dernier en S70, par Advence et Arnoul, et un peu plus tard, [)ar Bertuif lui-même : on demandait a l'archevêque d'envoyer un de ses sutlragants, pour concourir a la consécration dans le premier cas de Bertuif, dans le second d'Arnaud, neveu et successeur d'Arnoul >. Pourtant, à Verdun, après la mort de Bérard, les droits du métropolitain furent méconnus, et Dadon, élu dans des conditions irrégulières, fut consacré sans le consentement de Bertuif^.
Nous ne sommes pas moins bien renseigné en ce qui concerne la province de Cologne, et nous avons des preuves nombreuses qu'elle était constituée. (Test d'abord la résistance opposée par Ounther de Cologne à l'union de l'évêché de Brème avec le siège archiépiscopal de Hambourg, qui nous met au courant des droits que possédait le métropolitain de Cologne?. En janvier 870, Liutbert, archevêque de Mayence , a soin d'emmener avec lui, pour la consécration du successeur de Gunther, quatre des suftragants de Cologne, les évêques de Minden, de Munster, d'Osnabriick et d'Utrecht^. En 890, lorsque Herimann de Cologne demande au pape qu'il veuille bien replacer le diocèse de Brème sous l'autorité du métropolitain de Cologne, il a soin d'associer h sa démarche les cinq suffragants qui lui restent?. Enfin, l'affaire d'Hilduin (920-922) nous montre encore l'évêché de Liège dépendant de Cologne'".
Les partages politiques qui coupaient en 'deux les j)rovinces ecclésias-