LES ABBAYES ROYALES. 7O
de leurs revenus. Régulièrement, l'abbé aurait dû être élu par les moines, comme l'évèque par le clergé et le peuple. Seulement très peu d'abbayes avaient conservé ce droit ; encore fallait-il que le roi approuvât l'élection faite par les moines ; parfois même il imposait à ces abbayes leur chef spirituel au mépris des lois canoniques et des privilèges que lui ou ses prédécesseurs leur avaient octroyés. Mais la plupart des abbayes rovales, dépouillées de leur liberté par les souverains, avaient été réunies soit à un évêché, soit a un autre monastère, ou, plus malheureuses encore, se trouvaient au pouvoir de seigneurs laïcs.
Appartenaient à la première catégorie : Gornelimiinster et Werden au diocèse de Cologne ', Nivelles à celui de Liège 2, Prûni a celui de Trêves 3, Remiremont à celui de Toul+, Saint-Étienne s, Andlau^, ErsteinV, Honau » et Hohenburg 9 à celui de Strasbourg, Mi'inster '° et Mur-
1. Louis le Pieux avait conféré l'immunité à Gornelimiinster (Inden) par diplôme du 8 février 821 (B. M. 710). Louis le Jeune, Araulf et Zwcntibold ont confirmé à Werden l'immunité et la protection royale (B. M. i5i2, 1753 et 1922). Mais il n'est pas sur que celte abbaye ait appartenu à la Lorraine.
2. Nous n'avons pas de diplôme d'immunité pour Nivelles (hommes et femmes), mais le fait que l'affectation d'une partie des biens de ce monastère aux reli,|ieux et aux religieuses est l'cjeuvrc des souverains (diplômes de Charles le Chauve du 9 juillet 877 et de Zwentibold du afi juillet 897, B. 1817 et B. M. 1919), prouve qu'il dépendait unii[uement du roi. Rappelons en outre ([u'il eut pour abbesse Gisèle, fille de Lothaire II et de Waldrade, veuve du Normand Godfrid (B. M. 1915, 191g, 198/i); une princesse carolinyienne ne pouvait diriger qu'une abbaye royale.
3. L'immunité et la protection royale accordées à Prûm le 3 août 7O3 par Pépin le Bref (B. M. ij^), ont été confirmées à ce monasiére ]>ar tous les successeurs de ce prince, Gharlemagne (B. M. 193), Louis le Pieux (B. M. 552), Lothaire I" (B. M. io48), Lolhaire II (B. M. 1243), Charles le Chauve (B. 1724), Louis le Germanique (B. M. 1442), Louis le Bèque (B. i83i), Charles le Gros (B. M. 1640), Arnulf (B. M. 1746), Charles le Simple (b! 1966).
4. Nous ne possédons aucun diplôme carolingien pour Remiremont (femmes), mais la situation occupée dans la suite par cette abbaye est pour nous un indice de ce qu'elle était à l'époque que nous étudions. Le diplôme d'Henri V pour Remiremont, du 20 janvier iii3, dit formellement que le fondateur de ce monastère, saint Romaric, l'avait placé sous la protection royale (St. 3039", Calmet, t. I, pr. col., 533).
5. Le diplôme de Lothaire I'"' du 26 mai 845, conférant l'immunité à Saint-Etienne (femmes), est faux, mais a dû être fait d'après un modèle authentique.
G. L'abbaye d'Andlau (femmes) fondée par sainte Richarde, femme de Charles le Gros (B. M. i635) sur un domaine que Louis le Germanique avait concédé à son fils pour que ce dernier en constituât une dot à sa femme (B. M. i4o8), aurait été mise par l'impératrice sous la protection du Sainl-Siège, s'il fallait en croire deux dijjlômes faux sous leur forme actuelle, mais fal)ri(iués d'après des actes authenti([ues ; l'un émane de Louis l'Enfant (B. M. 2006), l'autre de Charles le Simple (B. 1937).
7. L'abbaye d'Erstein (femmes) avait été fondée par Ermengarde, femme de Lothaire I", sur un domaine que son mari lui avait donné à titre de dot (B. M. iio4), et que lui-même avait reçu de Louis le Pieux (B. M. 709). Erstein était donc une abbaye royale.
8. Pépin le Bref avait conféré à ce monastère l'immunité et la protection royale (B. M. 85 et 86), qui furent confirmées par Carloman (B. M. 121), puis par Charlemagne (B. M. 209). Charles le Gros donna aux moines le droit d'élire leur prieur (B. M. i640-
9. Louis le Pieux confirma à Hohenl)urg (femmes) l'immunité qu'im de ses prédécesseurs avait octroyée à cette abbaye (B. M. 933).
10. L'immunité accordée à Miinsler, par nous ne savons quel souverain, fut confirmée à cette abbaye par Louis le Pieux (B. M. 807), puis par Lothaire II (B. M. 1244). Ces mêmes princes concédaient e;i oulrc aux mones de Munster le droi d'élire leur abbé, droit «lue leur confirma Zwentibold (B. M. 1909),
•JIO L EGLISE.
bacli' à celui de Wàh' ; à la deuxième: Bertj*, Fosses', Saiut-Servais+, SiistenMi» au (lio(•^se de Lio(je, lîounioutier^, Ktival', Saint-Dié", Seuones9 il celui deToul, Saiut-Miliiel"^ îi celui de Verduu, Moutfaucou" à celui de Reims, Ivohhcs '^, ('lespin, Maroilles '3 à celui île (laudjrai, fi^berslieim '+
I. Murhach obliiil dt's privilèijes cl'iiiiiiuiiii'é de l'cpiii le IJref (M. M. y/j) el de (lliarleinnqne (B. M. listel 17S); de plus, (lliarles le (iros CDiifiniia aux religieux de ce moiiaslcre le droit d'élire leur ahlx; (B. M. k)!58).
a. Le inoiiasière de H-nj (Odiliciibertj) i'iil doiiiié à ré(|lise d'Ulreclit par Lulliaire II (B. M. i-2liH).
3. A deux reprises, Louis l'Eiifanl conlirnia à l'cijlise de Liècje la possession de l'alibayc de Fosses (B. M. lyyo et lygi).
4. L'abbaye Sainl-Servais de Maestricbt, donnée à ré(jlisc de Trêves par Ariiulf (B. ^I. 1771), usurpée (insuite ])ar llétjnier, puis res ituée à Trêves |)ar Zwcntibold (B. >L lyaS et iya4), '"l ^l»" nouveau usurpée par Régnier; elle fui ensuite au pouvoir de Giselbert, à ([ui Charles le Simple l'enleva pour la rendre à Trêves (B. ujGa et lyO/i).
5. Arnuir avait donné ce ])etit monastère de f'eninies au prêtre et médecin Siyinand (B. M. 180G), ([ui le céda à l'abbaye de Priim ; cette dernière l'ut coufjnnée dans la possession de Siisleren pai' Zwentibold (B. M. lyoo), puis par Charles le Simple (B. lyAy)-
6. L'abbaye de Bonmoutier, à <]ni Louis le Pieux avait octroyé l'immunité (B. M. 584), fut ensuile donnée à l'église de Toul. Lothaire II l'enleva à l'évèijue Anioul pour le punir de ro]tpositian qu'il avait faite au projet de divorce. Puis Bonmoutier fut soumis à l'abbaye d'Andlau par Charles le Gros (Fî. M. ifJSf)); plus tard, Charles le Simple le restitua à l'église de Toul (B. iy3G).
7. Le diplôme de l'impératrice Richarde pour Élival nous apprend (jue ce monastère lui avait été donné par Charles le Gros (R. H. Fr., t. IX, p. Gtja).
8. D'après les Gesta e/tp. TulL, ch. 23 {SS., t. VIII, p. 63(5), et un diplôme d'Otlon II du 18 mars 975 (O". yy, DD., t. II, p. 112), Pépin le Bref aurait donné l'abbaye de Saint-Dié à l'église de Toul, qui avait alors Jacques pour évèque ; elle perdit ensuile Saint-Dié. Nous ne savons ce (pie vaut celte assertion ; toujours est-il (pi'en 769 Char!-'magne concéda Suint-Dié à Fulrad. abbé de Saint-Denis. Ce dernier monastère ne garda pas non plus l'abbays vosgienne, car celle-ci n'est mentionnée dans aucun des actes (jui confirment à Saint-Denis ses possessions lorraines. Au milieu du x* siècle, on trouve Saint-Dié au pouvoir de Frédéric I'^', duc de Haute-Lorraine.
9. Le diplôme rendu le 18 décembre 825 par Louis le Pieux et Lothaire I" eu faveur de Ricbodon, abbé de Senones, dit formellement que ce monastère dépendait de l'évèché de Metz (B. .M. 793), mais il est possible que le passage où cette déjjendance est aflirnu-e soit une interpolation j)ostérieure. Senones figiu-e dans le traité de Meerssen parmi les abbayes attribuées à Charles le Cliauve, ce (pii semble indicjuer qu'à ce moment elle n'était plus soumise à révè(pie de Metz (CC, t. II, p. up).
10. L'inmumité, accordée ]iar Pépin le Bref à Saint- .Mibiel, fut confirmée à celte al)baye par Charlemagne (B. M. i44) et par Louis le Pieux (B. M. înj')). Saint- .Mibiel avait été donné à Saint-Denis par Pépin le Bref (B. M. 76) ; Lothaire I*"' le restitua à la grande abbaye française, qui l'avait perdu pendant les guerres civiles (B. M. 107.")). Enire temps, Louis le Pieux et Lothaire l'^' avaient octroyé aux moines de Saint-.Mihiel le droit d'élire leur abbé (B. M. 811), et Lothaire 1*^ conlirnia jjIus tard ce ])rivilège (B. M. io4fi)- A partir de 843, il n'est |)lus (pieslion de la dépendance de Sainl-Mihiel à l'égard de Saint- Denis dans les diplômes concernant l'une ou l'autre de ces abbayes, et l'on peul croire qu'à un moment donné Saint-Mihiel recouvra son indépendance.
11. Arniilf donna Montfaucon à Dadon, évèque de Verdun {Fiuigmentiiin Dado.ms, SS., t. I\', p. 38, et Flodoahij, //. H. E., liv. IV, cli. l\ï, éd. Lejku.ne, t. II, p. ô(j4)-
12. L'abbaye de Lobbes, donnée à l'église de Liège par Arnuif (B. M. 1783), lui fut confirmée par Louis l'Enfant (B. .M. Hjyi).
i3. Ces deux abbayes furent soumises par Charles le Simple à l'église de Cambrai (B.
14. Nous possédons des di|ilômes d'immunité pour Eberslieim, de Carlouian (B. .M. 12a), de Charlemagne (B. M. 44o), de Louis le Pieux (B. M. 83ri). .Vriiulf, tout en donnant celte abbaye à Ballrani, (•v(^(|ue de Strasbourg, niainlint aux moines le droit d'élire leur abbé et confirma rimniunilé (B. M. 17O8).