H. II. Fr., t. VII, pp. 5G.^)-r)f
A. y/. H. t\, liv. III, ch. 2, t. Il, p. 7.
5. 847 est la date adoptée par Jafi-é-Ewald, Iteg. pont. Rom., t. I, p. X^o, et [inr SciiRŒiis, llinkmar, pp. 55-f)<>.
6. J. E. 2824, MiGNE, t. GXLX, col. uoi-iiuj. La lellrc de Nicolas est ilu ti dtccinbre 806.
LOTHAIRE l" ET HINCMAR 789
Nous possédons la réponse d'Hincmar. S'il avait obtenu le privilège de porter le pallhim tous les jours de l'année, il l'aurait fait savoir au pape, or, il n'y a pas dans sa lettre la moindre allusion au privilège que Léon IV est censé lui avoir conféré. L'archevêque repousse les calomnies que l'on a débitées sur son compte au Souverain Pontife : bien loin de revêtir le palUiim à toutes les fêtes où il aurait le droit de le faire, il ne le met qu'à Noël et à Pâques. Il n'a d'ailleurs demandé au Saint- S^ge de le porter que dans les conditions où ses prédécesseurs avaient l'habitude de s'en servir ^
Cette lettre nous paraît concluante : le droit de revêtir quotidiennement le pallium n'a jamais été conféré à Hincmar, et c'est uniquement le pallium ordinaire que Lothaire a prié le pape de lui accorder. La conséquence à tirer de ce fait est que les lettres de Léon IV à l'empereur et à l'archevêque de Reims ne sont pas authentiques dans la forme où nous les possédons. Elles renfermaient d'ailleurs des éléments de nature à les rendre suspectes. Comment admettre que Lothaire eût demandé pour Hincmar, du vivant de Drogon, le vicariat du Saint-Siège ? La chose est d'autant plus invraisemblable que l'archevêque de Reims, sujet du roi de France, n'était pas dans la main de l'empereur; celui-ci pouvait désirer entretenir avec Hincmar des relations amicales, et en demandant au pape d'accorder le pallium à Hincmar, c'est-à-dire de reconnaître ce dernier en qualité d'archevêque de Reims, Lothaire rendait au prélat, qu'il avait tout d'abord combattu, un important service, qui devait lui valoir la reconnaissance de l'obligé, sans d'ailleurs porter le moindre préjudice à ses propres intérêts. S'il avait au contraire fait attribuer à Hincmar le vicariat du Saint-Siège, l'empereur aurait commis une grave imprudence, car l'archevêque, dont il n'était pas le souverain et sur lequel il n'avait aucune prise, aurait pu à un moment donné tourner contre son bienfaiteur l'influence et l'autorité que lui conférait une dignité aussi éminente que celle de représentant du Souverain Pontife ^.
Si cette question du pallium quotidien et du vicariat, que Lothaire aurait sollicité de Léon IV, est pleine d'obscurités, on n'en rencontre pas moins dans celle de Fulcric. Ce personnage était un vassal de Lothaire I"', dont l'excommunication par Hincmar provoqua un conflit entre le prélat et l'empereur. Nous avons une double version des faits qui motivèrent la mesure dont Fulcric fut l'objet : l'une, que l'on trouve dans une lettre de Léon IV, provient de l'intéressé lui-même, l'autre, donnée par Flodoard , a pour auteur Hincmar.
1. MiGNE, t. CXXVI, col. 88-89. ScHRŒRS, Op. Cit., p. 287, n'a eu garde de faire ressortir combien il était étrange que l'archevêque de Reims gardât le silence sur l'octroi du pallium quotidien. Cependant, la seule réponse que le prélat avait à faire aux reproches de Nicolas était la suivante : Voire prédécesseur Léon IV m'a accordé le droit de porter le pallium tous les jours de l'année.
2. Nous sommes surpris que ces réflexions ne soient venues à l'esprit ni de Schrœrs, ni d'aucun des historiens qui se sont occupés d'Hincmar.
3. Flouoard, h. R. E., liv. III, ch. lo et a6, t. II, pp. 44, 47 et 334.
D'après l'archevêque , Fulcric aurait abandonné sa femme légitime ' pour s'unir à la lille d'un certain Milon, diocésain, h. ce qu'il semble, de l'archevêque de Ueiiiis ; il s'était trouvé des prêtres pour consentir k ce niariacje irrégulier-. Hincmar lança contre Fulcric une sentence d'excommunication (ju'il lui signifia et dont il aurait en outre demandé la confirmation dans un synode provincial tenu h. Quierzy ; Fulcric était d'ailleurs invité k comparaître devant ce concile, ainsi que Milon, la fille de Milon et les prêtres compromis dans l'aflaire '. Fulcric aurait paru un moment se repentir, mais il serait bientôt après retombé dans son péché, et Hincmar lança une deuxième fois l'anathème contre lui, en ayant soin de porter sa décision à la connaissance des évêques dans les diocèses desquels le coupable avait l'habitude de résider +.
D'après Fulcric, la femme dont il s'était séparé était, non sa femme légitinxe, mais une concubine, qui se retira dans un monastère où elle prit le voile. Il contracta ensuite une union régulière. Quelque temps après, Hincmar, sans l'avoir d'ailleurs fait juger par aucun tribunal ecclésiastique ni séculier, prononça la rupture de ce mariage et excommunia Fulcric?.
Quoi qu'il en soit, ce dernier s'était réfugié dans le diocèse de Trêves, qui avait alors Hetti à sa tête. Hincmar écrivit à Hetti ainsi qu'à Theutgaud au sujet de l'excommunié ^. Cependant Fulcric était parvenu à intéresser à sa cause et son propre souverain, Lothaire I", et Louis le Germanique lui-même, qui demandèrent des explications à Hincmar ; celui-ci dut justifier sa conduite 7. L'archevêque de Reims ne voulant d'ailleurs pas céder, Fulcric résolut d'en appeler au Souverain Pontife. Il partit pour Rome, muni des lettres de recommandation que lui avaient remises Lothaire et Louis ^, et il gagna le pape Léon IV, qui écrivit en sa faveur à l'archevêque de Reims, l'invitant à user d'indulgence?. C'est ici que l'afTaire prend une tournure invraisemblable.
Non seulement Hincmar n'aurait tenu aucun compte des conseils et des observations du pape, mais il aurait poussé la hardiesse jusqu'à excommunier Lothaire, Charles et leurs familles pour avoir communiqué avec un homme frappé d'anathème'°. Le pape aurait alors écrit à l'archevêque
1. Flodoaro, h. R. E.. liv. III, ch. lo cl a6, t. II, pp. 44 et 334-